La journée de l'élimination de la discrimination

 

Elle a lieu le 21 mars. Mais l'Ecole n'y est guère sensibilisée, en raison sans doute du sentiment que les enseignants sont l'un des milieux les moins sensibles au racisme.

 

Ce sentiment est sans doute fondé. Mais cela n'empêche pas que la discrimination existe bel et bien (en dépit éventuellement de ''bons sentiments'') dans l'Ecole française, et à certains égards plus qu'ailleurs. Et cela a été récemment reconnu d'une certaine façon au plus haut niveau de l'institution, le 19 avril dernier, par G. Pau Langevin ( la ministre déléguée à la réussite éducative ) : « L'école qui est pétrie de morale laïque, qui veut lutter pour l'égalité se retrouve en train de laisser perdurer des situations de discrimination. On n'a qu'à aller en lycée professionnel voir les jeunes qui y sont et on comprend pourquoi pour eux ça correspond à une logique discriminatoire. Visuellement on a une impression de mécanisme discriminatoire ».

Les résultats de l'enquête internationale PISA de 2012 sont sans appel. En France, les élèves issus de l'immigration sont au moins deux fois plus susceptibles de compter parmi les élèves en difficulté. La proportion d'élèves issus de l'immigration se situant sous le niveau 2 en mathématiques ne dépasse pas 16% en Australie ou au Canada, mais atteint 43% en France ( et globalement plus de 40% uniquement en Autriche, en Finlande, en Italie, au Mexique, au Portugal, en Espagne et en Suède ).

 

Même après correction du milieu socio-économique, en France, les élèves issus de l'immigration accusent des scores inférieurs de 37 points à ceux des élèves autochtones, soit presque l'équivalent d'une année d'études ( contre 27 points en moyenne dans les pays de l'OCDE).

 

 S'attaquer à la discrimination suppose que ses mécanismes soient mis à nu. Et c'est difficile, car ils sont sont complexes, et qu'ils ne se situent sans doute pas d'abord là où on le croit : « On a tendance à confondre la question de la discrimination dans une question de racisme et à l'aborder du point de vue des questions de mentalités, d'idéologie. Cette approche anti-raciste entre, si on peut dire, par en haut, par les côtés ''idéels''. Or la question discriminatoire entre plutôt par en bas, par la question des pratiques : est-ce qu'on traite tout le monde de la même manière ? Et la réponse est non » soutient à juste titre le sociologue F. Dhume dans un article paru récemment et opportunément dans l'excellent site  « Le Café pédagogique » qui conclut par la voix de son rédacteur en chef François Jarraud : « La meilleure façon de célébrer cette journée pourrait être justement de s'intéresser à ces mécanismes et à en prendre conscience. Ce qui suppose déjà de se doter des éléments objectifs d'observation plutôt que se voiler la face ».

PS: pour approfondir, je ne saurais trop conseiller la lecture du dossier de veille de l'IFE ( Institut  Français de l'Education), consacré aux "Discriminations et inégalités à l'école'' ( le numéro 90 de février 2014, par Rémi Thibert)

Revoir aussi deux articles de Lucie delaporte dans Médiapart:

http://www.mediapart.fr/journal/france/240214/pourquoi-les-enfants-d-immigres-peinent-davantage-l-ecole

http://www.mediapart.fr/journal/france/130612/grenoble-une-demarche-inedite-sur-les-discriminations-lecole

 

 

 

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