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Billet de blog 21 avr. 2021

Jules Ferry et Combes à l'index de la laïcité «intransigeante»?

Ces deux hérauts historiques de la laïcité de l'école seraient sûrement mis au pilori par les tenants sectaires actuels de « la laïcité intransigeante » si l'on en juge par certaines de leurs positions certes tombées dans l'oubli, mais qui ont bel et bien existé. Surprises et pièces à conviction garantis.

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Discours de Jules Ferry au Sénat le 10 juin 1881 : « Nous sommes institués pour défendre les droits de l'État contre un certain catholicisme, bien différent du catholicisme religieux, et que j'appellerai le catholicisme politique. Quant au catholicisme religieux, qui est une manifestation de la conscience d'une si grande partie de la population française, il a droit à notre protection […]. Oui, nous sommes entrés résolument dans la lutte anticléricale ; je l'ai dit et la majorité républicaine m’a acclamé quand j'ai tenu ce langage. Oui nous avons voulu la lutte anticléricale, mais la lutte antireligieuse, jamais, jamais. »

On notera que Jules Ferry s'est montré très ferme sur le plan directement politique, par exemple en plaçant les manuels d'histoire et d'instruction civique mis à l'index par l'Église de France parmi les manuels recommandés en annexe de sa célèbre « Lettre-circulaire aux instituteurs » du 17 juin 1883.

On notera aussi que dans cette même « Lettre-circulaire », Jules Ferry donne le cadre à ne pas dépasser : « Parlez donc à chaque enfant avec force et autorité, toutes les fois qu’il s’agit d’une vérité incontestée, d’un précepte de la morale commune ; avec la plus grande réserve, dès que vous risquez d’effleurer un sentiment religieux dont vous n’êtes pas juge »

Les « devoirs envers Dieu »

Les « devoirs envers Dieu » sont inscrits dans le texte réglementaire (publié le 27 juillet 1882) du programme de morale au cours moyen par le Conseil supérieur de l'Instruction publique. Le ministre Jules Ferry a laissé faire le Conseil (composé surtout d'universitaires spiritualistes- donc déistes)
« Devoirs envers Dieu. L'instituteur n'est pas chargé de faire un cours ex professo sur la notion et les attributs de Dieu ; l'enseignement qu'il doit donner à tous indistinctement se borne à deux points. D'abord, il leur apprend à ne pas prononcer légèrement le nom de Dieu ; il associe étroitement dans leur esprit à l'idée de la Cause première et de l'Être parfait un sentiment de respect et de vénération ; et il habitue chacun d'eux à environner du même respect cette notion de Dieu, alors même qu'elle se présenterait à lui sous des formes différentes de celles de sa propre religion. »

« Politique musulmane » et Coran

Dans la séance du Sénat du 26 février 1891, Jules Ferry critique le manque d'une réelle « politique musulmane » et invite le Sénat à constituer une grande commission (J. O. du Sénat, Débats parlementaires, séance du 26 février 1891, p. 117). Une commission d'étude sur l'Algérie de 18 membres est instituée, et elle est présidée par Jules Ferry lui-même. Sept rapports publiés en 1892 vont en découler, dont le rapport confié par Jules Ferry à Émile Combes sur « l'instruction primaire des indigènes ».
On ne manquera sans doute pas d'être quelque peu surpris en prenant connaissance de ce rapport si l'on a à l'esprit à quel point Émile Combes s'est distingué dans la lutte anticléricale (il a été, entre autres, le principal responsable de l'interdiction des congrégations enseignantes en 1904).

« Ce peuple aime sa religion et il entend qu'on la respecte […]. Ce qu'on a regardé comme une opposition religieuse n'était que le désir bien naturel à un peuple croyant de s'assurer que sa religion nationale ne courait aucun danger dans les écoles ouvertes à la jeunesse […]. Le sentiment religieux et le sentiment patriotique s'unissent pour recommander le Coran, qui est à la fois le symbole de la doctrine religieuse et le monument par excellence d'une littérature. Le Coran tenant au cœur de l'arabe par ce double lien, il est naturel que l'arabe s'irrite d'une attaque dirigée contre le Coran comme d'une offense faite à sa croyance et à sa race. De là pour nos instituteurs, l'obligation étroite de témoigner le plus profond respect à la religion indigène, c'est à dire au livre qui en est l'expression. » (Rapport Combes, Documents parlementaires, Sénat annexe n° 50, 18 mars 1892, p.244.).

Pour en savoir plus, consulter mon dernier ouvrage paru en mars dernier aux éditions Odile Jacob : « L'école d'aujourd'hui à la lumière de l'histoire. Surprises et contre-vérités »

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