L'os de Darcos

Ce jeudi, au congrès de la PEEP, le ministre de l’Education nationale a proposé la création d’ " une force mobile d’agents " intervenant en milieu scolaire " sur des missions de prévention et de contrôle de la violence ".

Ce jeudi, au congrès de la PEEP, le ministre de l’Education nationale a proposé la création d’ " une force mobile d’agents " intervenant en milieu scolaire " sur des missions de prévention et de contrôle de la violence ".

 

Xavier Darcos est décidément un fameux phénomène qui ne manque pas d’air. Le 27 novembre 2002, alors qu’il était ministre délégué à l’enseignement scolaire auprès de Luc Ferry, il avait déclaré dans " Le Parisien " : " Mon credo est de faire changer les mentalités. L’objectif est de faire baisser la violence de moitié en cinq ans. Je veux lever le tabou de la violence scolaire, prendre l’opinion à témoin et montrer ce qui a lieu réellement dans nos écoles. Si chacun prend conscience de la gravité de ce qui se passe, nous aurons plus de facilité à combattre le phénomène ". Et on n’a pas vu grand chose…

Devenu ministre de plein exercice de l’Education nationale en mai 2007, il n’a pratiquement rien fait à ce sujet ( sinon quelques rares effets d’annonces ) et il s’est plu à dire à ses interlocuteurs durant ces deux dernières années que moins on parle de la violence à l'école, mieux ça vaut

.

 

Il est vrai qu’entre temps la commission Thélot avait fait des propositions concrètes précises à ce sujet, qui avaient été entérinées sans réserve par les parlementaires UMP présents dans la commission , mais qui n’ont été reprises depuis ni par Fillon, ni par de Robien, ni par Darcos.

Elles méritent d’être rappelées et détaillées ici, car elles constituent dans une certaine mesure une véritable alternative aux gesticulations ou propositions (dangereuses ) sur le thème o combien sensible des violences scolaires.

 

Partant du fait qu’un grand nombre de travaux américains ont établi que les facteurs les plus explicatifs de l’augmentation des violences scolaires sont l’instabilité de l’équipe enseignante et le manque de clarté et l’injustice dans l’application des règles, la commission Thélot, très consciente de la nécessité d’ " un fonctionnement plus collégial " en la matière, a proposé que " l’apprentissage de la civilité – élément du socle commun – relève au collège de l’ensemble de l’équipe éducative, sous la responsabilité conjointe d’un directeur de la vie éducative et d’un professeur coordonnateur. L’efficacité éducative requiert en effet que les mêmes règles de comportement soient observées dans chaque cours, ce qui est impossible sans un travail collectif des enseignants pour s’accorder sur des règles cohérentes ".

Et la commission a proposé un corollaire institutionnel de ces préconisations : la création dans les écoles, collèges et lycées d’un " conseil de la communauté éducative " chargé de " l’élaboration du règlement intérieur et de la réflexion relative aux obligations réciproques des différents acteurs ", un ‘’conseil’’ devant " se saisir des questions de violence, d’incivilités, de non-respect du règlement intérieur ", et se réunir " en conseil de discipline quand les circonstances le demandent ".

Dans le cas particulier des établissements jugés ‘’sensibles’’ la commission Thélot a indiqué que " dans tous les établissements, une part variable et parfois importante ( de 0% à 25%) des moyens qui leur sont alloués devrait être définie en fonction des caractéristiques des élèves qu’ils accueillent. La plus grande responsabilité devrait en outre être laissée aux établissements confrontés à de réels problèmes pour mobiliser des équipes volontaires autour d’un projet. L’institution devrait s’engager à ne pas nommer des enseignants débutants dans des établissements difficiles, sauf évidemment les volontaires " .

 

Il faut savoir en effet qu’il existe sans vergogne une " surexposition criminogène des jeunes enseignants ". Selon l’enquête MGEN de 2005 portant sur " La santé et les conditions de travail des enseignants en début de carrière " ( par comparaison avec les enseignants ayant plus de cinq ans d’ancienneté ), 28% des jeunes professeurs des écoles ( contre 14% des enseignants plus anciens ) se retrouvent dans les zones prioritaires, et 4,4% ( contre 1,8% ) dans les " zones prévention violence " ; par ailleurs, dans le secondaire, 20% des jeunes professeurs se retrouvent dans les zones d’éducation prioritaire ( contre 11% des enseignants plus chevronnés ) et 11,4% dans les " zones prévention violence " ( contre 4,7% ).

Pour que cela puisse cesser, encore faudrait-il mettre dûment en place des services et des carrières d’enseignants en quelque sorte dérogatoires en faveur de ceux qui vont se porter volontaires pour une période d’une durée significative ( sans quoi l’on est condamné à y nommer des débutants ). Et c’est ce qui explique pour une part les préconisations suivantes de la commission Thélot :" Dans les écoles et collèges très difficiles, de l’ordre de quelques centaines, la commission recommande des mesures dérogatoires : aussi bien quant au mode de nomination et à la définition du service des personnels ( poste à profil, réduction du temps de service ), qu’aux pratiques pédagogiques ( individualisation accentuée, mise en œuvre de dispositifs spécifiques.) ou encore au renforcement d’une éducation concertée avec les familles et les principaux partenaires. La constitution d’équipes pédagogiques motivées et stables est, on le sait, une des conditions de la réussite dans ce genre de contexte ".

 

 

Bien sûr cela serait plus difficile ( et plus coûteux ) à mettre en place que les gesticulations ou les rodomontades ( et les théâtralisations dramatiques ) auxquelles on assiste périodiquement sur le sujet. Il y faudrait de la détermination, de l’esprit de décision ( car rien ne va de soi en cette affaire ), de la continuité et de la ténacité. Et, par dessus tout, le souci prioritaire d’un service public de qualité pour tous ( pour tous les élèves et pour tous les personnels de l’Education nationale )

 

Mais l’on doit saluer tout spécialement dans cet art de l’esquive délétère un artiste confirmé, Xavier Darcos. Son parcours remarquable et sans vergogne a déjà été esquissé, on l’a vu, en début de billet. Et au moment de quitter l’Education nationale il se surpasse encore. Ecoutons-le en ce jeudi 21 mai ( deux ans après sa prise de fonction ) au congrès de la PEEP ( la deuxième fédération de parents d’élèves de l’enseignement public ) :

" Puisqu’il faut des moyens, mais des moyens bien utilisés, je veux mettre en débat la possibilité de créer, auprès des recteurs, une force mobile d’agents de la prévention et de contrôle de la violence qui pourront intervenir dans les établissements".

De l’art de bien ronger son os… ( l’os des violences à l’Ecole )

 

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