"Le capital humain, le plus précieux de tous"

Cette formule a été prononcée pour la première fois il y a un siècle et demi, bien avant la théorie dite du ''capital humain'' datant des années 1950 et bien avant les politiques ''ultralibérales'' débutant au milieu des années 1970.

Cette formule a été prononcée pour la première fois il y a un siècle et demi, bien avant la théorie dite du ''capital humain'' datant des années 1950 et bien avant les politiques ''ultralibérales'' débutant au milieu des années 1970.

 

Dans le contexte des traités libres échangistes du début des années 1860, le ministre de l'Instruction publique Victor Duruy justifie en octobre 1866 sa création d'un « secondaire spécial » ( une sorte de ''secondaire technologique'' face au « secondaire classique » ) en soulignant que « par le développement de cet enseignement, on répondra à une nécessité impérieuse de la nouvelle organisation du travail : mettre l'homme en valeur, c'est un capital et le plus précieux de tous ».

Et dans une circulaire aux recteurs d'avril 1866, le ministre de l'Instruction publique précise : « Dans la lutte pacifique – mais redoutable – qui est engagée entre les peuples industriels, le prix n'est plus réservé à celui qui disposera de plus de bras ou de capitaux, mais à la nation au sein de laquelle les classes laborieuses auront le plus d'intelligence et de savoir. La science met chaque jour au service de l'industrie des agents nouveaux qui la secondent. Voilà pourquoi le progrès industriel est aujourd'hui étroitement lié au progrès scolaire ». Est-on si loin du Traité de Lisbonne et de son ''mot d'ordre'' : « l'économie de la connaissance » ? Pas sûr.

 

On sait mieux que durant les années 1950 émerge ce que l'on a appelé la « théorie du capital humain ». En plus des trois facteurs économiques fréquemment mentionnés jusque là ( terre, capital, travail ), des économistes mettent en évidence l'existence d'un quatrième facteur de croissance économique devenant de plus en plus important ( progrès technique, accroissement des connaissances et – surtout - qualification de la force de travail ). C'est sur la base de ce cadrage théorique que, à l'échelon international, on a pu recenser quelques 400 thèmes consacrés à l'économie de l'enseignement entre 1955 et 1964, conduisant certains auteurs à évoquer une sorte de révolution dans la pensée économique ( la ''théorie du capital humain'' ).

 

On peut en voir d'ailleurs l'écho même chez un Charles de Gaulle ( qui n'est pourtant pas connu pour être un fervent de l''ultralibéralisme'' ou même du ''néolibéralisme'' ) dans ses « Mémoires d'espoir » : « Puisqu'en notre temps la France doit se transformer pour survivre, elle va dépendre autant que jamais de ce que vaudra l'esprit de ses enfants à mesure qu'ils auront à assumer son existence, son rôle et son prestige […]. Il s'agit que l'enseignement qui leur soit donné, tout en développant comme naguère leur raison et leur réflexion, réponde aux conditions de l'époque qui sont utilitaires, scientifiques et techniques […] La concurrence internationale, à laquelle nous soumettent la fin des douanes à l'intérieur du Marché commun et la libéralisation des échanges mondiaux, met nos entreprises devant des problèmes que jadis leur épargnait le protectionnisme »

 

Ce petit rappel historique invite à penser que la question de l' « investissement humain » est consubstantiel à la ''modernité'', et que refuser de l'envisager est de l'ordre de la dénégation sans issue voire du ''refuge magique''. Mais la reconnaissance effective de cette dimension est une chose ; concevoir que cela doit ( ou peut être ) une dimension quasi exclusive voire prépondérante de l'ensemble de la question éducative en est une autre. Hier, le président de la République François Hollande, lors de son intervention au sein de la « Grande conférence sociale » a déclaré se fixer pour objectif d' « arriver au moins à 500000 apprentis dans les trois prochaines années » et d' « étendre cet objectif à l'enseignement professionnel qui doit être renforcé, valorisé, qualifié ». Soit ; mais...

 

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