«Une façon républicaine de s'habiller» dit Blanquer. Sait-il de quoi il parle ?

Sur RTL, Jean-Michel Blanquer vient de déclarer sur le ton de l'évidence que « chacun peut comprendre qu'on vient à l'école habillé d'une façon républicaine ». Mais a-t-on des repères historiques sur « une façon républicaine » de s'habiller à l'Ecole ?

D'abord, contrairement à une légende tenace, il n'y a jamais eu d'uniformes (ou de blouses uniformes) obligatoires dans les écoles communales de la France métropolitaine (il suffit de regarder les nombreuses photos de classes du passé pour s'en convaincre), mais uniquement dans nombre d'établissements privés ou certains établissements secondaires publics (généralement les plus huppés). Et quand ces uniformes existaient, ils étaient nettement différenciés selon le genre.

Lorsque l'Ecole républicaine et laïque est fondée sous la troisième République triomphante, la question de l'habillement porte surtout non pas sur celui des élèves , mais sur celui des professeures et aussi celui des normaliens et des normaliennes des écoles normales primaires

Paradoxalement, pour l'emporter dans leur rivalité avec les congrégations enseignantes, l'habillement des normaliennes et des professeures est foncièrement calqué sur celui des... ''congréganistes'' (drôle d'habillement spécifiquement « républicain »)

La tenue exigée des normaliennes de l'enseignement primaire est en effet alors calquée sur l’habit religieux. Elles doivent avoir dans leur trousseau, selon le règlement: une robe noire en cachemire ou croisé de laine unie ; jupe unie; corsage uni; un mantelet de même étoffe fait exactement sur le modèle de l'école; un manteau de drap noir fait exactement d'après le modèle de l'école.

Il en est de fait de même pour les professeures, comme l’a souligné l’historienne Françoise Mayeur dans son maître ouvrage "L’enseignement secondaire des jeunes fille sous la troisième République". « Le chignon est la règle, tout comme le collet monté et la robe stricte de couleur sombre. Beaucoup optaient pour le noir. On pourrait en conclure que, formées à la manière des religieuses, les professeurs femmes devaient garder l’apparence de religieuses dans le siècle ».

Par ailleurs, les fameux "hussards noirs" désignés comme tels par Charles Péguy ne sont nullement les instituteurs en poste mais les normaliens de l'époque, en 1880, lorsque Péguy était élève de l'école annexe de l'école normale primaire du Loiret. Les normaliens avaient alors un uniforme (contrairement aux enseignants en poste du primaire public, qui n'en ont jamais porté).« Un long pantalon noir, avec un liséré violet. Un gilet noir. Une longue redingote noire, bien droite, bien tombante; mais deux croisements de palmes violettes aux revers. Cet uniforme civil était une sorte d'uniforme militaire [...] Quelque chose comme le fameux cadre noir de Saumur [...]. Porté par ces gamins qui étaient vraiment les enfants de la République. Par ces jeunes hussards noirs de la République. Par ces nourrissons de la République. Ils avaient au moins quinze ans. Toutes les semaines, il en remontait un de l'école normale vers l'école annexe; et c'était toujours un nouveau » (Charles Péguy, "Les Cahiers de la quinzaine'', 16 février 1913).

Alors, quid de « la façon républicaine de s'habiller à l'école », que « chacun peut comprendre » selon notre ministre approximatif de l'Education nationale de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer ?

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