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Billet de blog 21 oct. 2021

Les directeurs d'école : un nouveau rôle sans précédent ?

Peut-être et à voir. Mais il y a eu le précédent de la création des maîtres-directeurs en 1987 par René Monory, interrompu par la victoire de la gauche et un nouveau décret signé Lionel Jospin annulant le décret Monory. Le précédent principal est peut-être là : on ne voit pas actuellement la gauche revenir au pouvoir.

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Un article paru dans « Le Café pédagogique » de ce matin met bien en évidence la nouveauté : « Ce que Fillon, de Robien et Chatel ont échoué à faire, JM Blanquer vient de le réussir. L'exception française d'une école primaire gérée par une petite république des professeurs disparait. Le Sénat a adopté le 20 octobre la proposition de loi Rilhac. Elle donne aux directeurs d'école une autorité "fonctionnelle" et une délégation de compétences de l'IEN qui en font de vrais chefs dans leur école. Pour autant la loi ne règle rien ni pour les moyens qui leur sont attribués ni pour leur régime de décharge ».

En 1987, sous le gouvernement Chirac, la création des « maîtres-directeurs » sous l’égide du ministre de l’Education nationale de René Monory défraye la chronique. Bien que certaines de ses propositions initiales qui allaient très loin dans le renforcement du pouvoir des directeurs transformés en « maîtres-directeurs » aient été vite abandonnées  (à savoir l’évaluation des « adjoints », ainsi que la mention « représentants du service public d’éducation nationale » qui indisposait particulièrement les inspecteurs), le projet de décret suscite l’opposition déterminée d’une grande majorité d’instituteurs. En  particulier l’ajout de « il s’assure de leur application » après la mention traditionnelle du « il veille à la diffusion auprès des maîtres de l’école des instructions et programmes officiels » . Le décret est finalement signé par Jacques Chirac le 2 février 1987.

Mais la gauche revient au pouvoir en 1988 ; et le nouveau ministre de l’Education nationale Lionel Jospin fait adopter un nouveau décret qui abroge et remplace celui de René Monory. Exit les « maîtres-directeurs ». Retour des « directeurs » et de leurs « adjoints ». Réécriture du texte dans le sens de la « collégialité ». Le nouveau texte « prend en compte la tradition de confiance qui a toujours existé entre les directeurs d’école et les instituteurs »

René Monory, ancien chef d'entreprise, voyait surtout dans la création des « maîtres-directeurs » la possibilité d'un « new management ». Il avait d'ailleurs renforcé parallèlement les pouvoirs des chefs d'établissement du secondaire.
Cette préoccupation n'est pas absente dans l'esprit du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer ; mais s'y ajoute aussi fortement une conception très verticale du pouvoir accompagnée de tentatives de mises en place d'une chaine hiérarchique ad hoc.

Sans compter ses admonestations ou mises en garde publiques adressées aux enseignants qui se multiplient au fur et à mesure que la sortie de son ministère se rapproche et qu'il s'insère de plus en plus directement dans la sphère politique voire politicienne. On peut prendre comme cela sa dernière saillie à propos  de la laïcité, fort mal prise - à juste titre - par le corps enseignant. Non la laïcité n'est pas, comme il le soutient, « la » règle de la République. C'est la règle avec laquelle Jean-Michel Blanquer tape sur les doigts et qu'il brandit pour se faire remarquer parmi les politiciens.

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