Edouard Geffray a installé, ce 8 janvier, un "comité de suivi de la voie professionnelle" qui doit aboutir à un « diagnostic structuré » qui devrait permettre une remise à plat pour l'année 2027-2028, le ministre ne souhaitant pas que les entreprises y participent et voulant «plus et mieux d'école» et non pas plus de stages en milieu professionnel, contrairement aux ministres qui l'ont précédé.
Plus singulier encore, Edouard Geffray a déclaré le 18 décembre dernier sur France 2 souhaiter accompagner les collèges concentrant une «très grande difficulté scolaire» (à savoir les 15 % d’établissements où les élèves ont moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet) en indiquant qu’il s’agissait de «tout reprendre à 360 degrés». Cette annonce, et tout particulièrement la formule utilisée : «tout reprendre à 360 degrés» ne peuvent manquer d’intriguer.
Sous le ministère de Jean-Michel Blanquer la lutte contre l’échec et les inégalités scolaires est passée avant tout par l’enseignement primaire (non par le collège) avec les mesures emblématiques du dédoublement de certaines classes de CP, puis de CE1 et enfin de certaines sections de grands en maternelle. Cela était tout à fait conforme aux engagements d’Emmanuel Macron du 2 mars 2007 : «la priorité doit être accordée à l’acquisition des fondamentaux en maternelle et en primaire […]. Nous diviserons par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+ »
Selon le nouveau ministre de l’Education nationale Edouard Geffray, il n’est certes pas question de toucher à cela, même si ces mesures ont des résultats finalement fort modestes. Mais la priorité est accordée au collège avec un horizon et des critères très ciblés et très scolaires : les résultats en français et mathématiques au brevet. Un ‘’virage’’ non seulement à 180 degrés (une simple volte face) mais «à 360 degrés» («tout reprendre») ?
Il ne s’agirait pas en effet d’un simple déplacement du primaire au collège. Cet accent mis à nouveau sur le collège a en effet déjà débuté avec Gabriel Attal avec deux mesures phares : l’organisation en ‘’groupes de niveau’’ et l’importance nouvelle devant être donnée à l’obtention du brevet dans l’accès à la poursuite d’études après le collège. Deux mesures qui finalement sont abandonnées ; en l’état pour la première, totalement pour la seconde.
Serait-ce à certains égards un ‘’retour aux sources’’ de la mise en place de la politique des ZEP au début des années 1980 (tout un tour ‘’à 360 degrés’’ où l’on revient d’une certaine façon au point de départ) ? La première circulaire en date du 9 juillet 1981 indiquait qu’il s’agissait de «corriger une inégalité sociale par le renforcement de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé». Les indicateurs scolaires à retenir étaient précisés : «le poids des élèves ayant deux ans de retard ou plus au niveau de la sixième, le rapport du nombre d’élèves de troisième par rapport au nombre d’élèves de sixième, le poids des élèves de CPPN/CPA par rapport au cycle d’observation»
On voit bien que ce n’est pas tout à fait un «retour aux sources» : les critères étaient alors de l’ordre des ‘’carrières scolaires’’ et non pas des notes en mathématiques et en français au brevet. Mais il s’agissait quand même avant tout de critères scolaires et au niveau du collège.
Par ailleurs, il s’agissait aussi d’établir un diagnostic précis et un projet éducatif ad hoc. Dans le contexte de décentralisation et de déconcentration qui s’installait alors, il s’agissait était-il souligné d’une «politique qui tend à accroître la responsabilité et l’autonomie des établissements scolaires»
Durant ce premier trimestre 2026, il est demandé aux chefs d’établissement et à leurs équipes de formuler un « diagnostic » propre à chaque collège puis d’établir au deuxième trimestre un « recueil des besoins, notamment en formation ». Il leur est demandé qu’ils fixent des « objectifs à trois ans » et des « jalons pour les atteindre » en précisant les « indicateurs» ad hoc.
L’importance d’un « diagnostic » précis suivi de ses conséquences opérationnelles permet peut-être de référer l’expression singulière «reprendre tout à 360 degrés » à une méthode de diagnostic ( le «à 360 degrés») réalisée en interne dans certaines entreprises. La pointe avancée du «nouveau management» ?
Et cela doit-il être couplé - pour être bien entendu - avec certaines déclarations faites par Emmanuel Macron il y a déjà quelque temps, même si cela arrive plutôt tardivement. « Nous devons avoir l’audace de changer de méthode. Il faut inverser la pyramide. C’est une révolution culturelle» (2 juin 2022). Précisé dans sa deuxième lettre présidentielle aux professeurs et personnels de l’Education nationale du 16 septembre 2022 : « Pour transformer l’école en profondeur, nous devons revoir toute son organisation […] Nous devons permettre aux équipes et aux professeurs de retrouver des marges de manœuvre. C’est vous qui connaissez le mieux vos élèves et leurs besoins, c’est donc vous qui savez le mieux comment les faire réussir […] C’est par rapport aux réformes engagées jusque là, une révolution copernicienne ». Tout reprendre à 360 degrés ?