Brighelli: le bonnet d'âne de Blanquer?

Dans Marianne, Jean-Paul Brighelli interroge: «Qui veut le scalp de Jean-Michel Blanquer?» et lui offre en couvre-chef les saillies qu'il réserve habituellement à son blog judicieusement intitulé: «Bonnet d'âne». Dirait-il tout haut ce que certains pensent tout bas?

Jean-Paul Brighelli s'est en tout cas surpassé en matière d'ânerie dans cet article paru dans l'hebdomadaire Marianne de cette semaine. Par exemple cette affirmation qui laisse pantois : "lorsque madame Vallaud-Belkacem détruisait de fond en comble l'école , le collège et le lycée- en un an". Au moins deux contre-vérités pharamineuses en moins d'une ligne (il faut le faire! salut l'artiste!) car le ministère de Najat Vallaud-Belkacem a duré plus de deux ans (d'août 2014 à mai 2017) et elle n'a en rien touché au lycée durant tout ce temps. C'est vérifiable et incontestable. Mais Jean-Paul Brighelli est au-dessus de tout cela de toute éternité, en pur produit de ''l'élitisme républicain'' qui sait tout sur tout de façon aussi péremptoire qu'approximative voire carrément fausse.

Comme il dit encore dans cet article: "non, nous ne sommes pas tous égaux, figurez-vous". O que oui, Jean-Paul Brighelli: surtout s'il s'agit d'être ''amis de la vérité''!

A propos d'amis, certains disent que l'on a les amis que l'on mérite. En l'occurrence, on peut s'inquiéter pour Jean-Michel Blanquer. Il y a encore peu de temps, la popularité du ministre de l'Education nationale était la plus forte - et de loin - parmi les électeurs qui avaient voté Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, puis nettement en-dessous parmi les électeurs de François Fillon, et ceux de Nicolas Dupont-Aignan (dont Jean-Paul Brighelli était le ''conseiller éducation'').

Si on en juge par le dernier tableau de bord mensuel des personnalités politiques ''IFOP-Paris Match- Sud Radio'' , le taux d'opinions favorables à Jean-Michel Blanquer est désormais plus haut parmi les anciens électeurs de François Fillon (63%) que parmi ceux d 'Emmanuel Macron (57%) et se situe à 53% pour les anciens électeurs de Nicolas Dupont-Aignan (étant entendu qu'il est de 36% pour l'ensemble des sondés).

Signes que les perspectives ne lui apparaissent pas bonnes, Jean-Paul Brighelli se fait grinçant voire menaçant.

Grinçant auprès de ceux qu 'il pensait faire partie de sa mouvance: "dans l'hypothèse où Blanquer ne succéderait pas à Banquer [sic, ''Banquer banco''?], les syndicats (qui ont sonné du cor pour chasser le ministre , y compris ceux dont on aurait pu attendre qu'ils appuient son combat contre les pédagos) devraient se méfier". Menaçant vis à vis des hauts fonctionnaires de l'Education nationale qui ont fait paraître une tribune dans le ''Café pédagogique'' contre le ministre de l'Education nationale :"le prochain ministre [...] réglera quelques comptes en suspens - à commencer par ces ''hauts fonctionnaires'' traîtres à leur fonction, dont le ministère a les noms, figurez-vous". On le voit, Jean-Paul Brighelli adore la formule péremptoire dominatrice voire méprisante : "figurez-vous''!

Mais méprisant voire offensant, il l'est surtout envers la grande majorité des enseignants. En réponse à la tribune des ''hauts fonctionnaires'' qui reprochent au ministre de l'Education nationale de distribuer "des guides au mépris de leur expertise", Jean-Paul Brighelli répond tout de go: "ah, quelle belle expertise que celle de ces enseignants qui, en trente ans, depuis la réforme Jospin, ont laissé le niveau s'effondrer de façon si visible". Puis, en point d'orgue, ce morceau d'anthologie typiquement'' brighellien'' revisité et revivifié dans le contexte actuel (et d'autant plus significatif): l'enseignement ''en distanciel'' plébiscité ces derniers jours par une foule de profs [sic] qui refusent de reprendre le collier, permettrait, si on le pérennisait, d'économiser 80% des 850000 enseignants. Il suffirait d'évaluer finement ce qui a été fait pendant ces deux mois de confinement, de privilégier ceux qui ont vraiment travaillé à maintenir le niveau de leurs élèves, et de virer les autres - tous les autres qui ont besoin d'être présents pour faire de l'enseignement diversifié, de la classe inversée, des sorties scolaires et autres lubies de pédagogues qui n'ont pas renoncé à ne rien foutre en laissant l'élève construire ses savoirs tout seul"

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