80% de jeunes lecteurs efficaces

Les jeunes de 17 ans sont à 80% des “ lecteurs efficaces ”, mais près de 5% peuvent être considérés comme “ illettrés ” selon une enquête réalisée en 2011 lors de la Journée Défense et citoyenneté.

Les jeunes de 17 ans sont à 80% des “ lecteurs efficaces ”, mais près de 5% peuvent être considérés comme “ illettrés ” selon une enquête réalisée en 2011 lors de la Journée Défense et citoyenneté.

Cette enquête dont les résultats viennent d’être publiés par le ministère de l’Education nationale a concerné près de 750000 jeunes hommes et jeunes filles ayant participé à la JDC ( ex-journée d’appel et de préparation à la Défense ). C’était la troisième année qu’un nouveau test de détection des difficultés de lecture était organisé à l’intention des participants à la JDC.

Selon les résultats de l’enquête de 2011, « 80% sont des lecteurs efficaces » : 70% possèdent « tous les atouts pour maîtriser la diversité des écrits et leur compétence en lecture devrait évoluer positivement », et 10% ont – malgré des « déficits importants » dans l’identification des mots - « réussi les traitements complexes de l’écrit, et cela en s’appuyant sur une compétence lexicale avérée ».
Parmi les 10% qui ont des « difficultés en lecture », la moitié d’entre eux ont « un niveau lexical oral correct mais ne parviennent pas à comprendre les textes écrits », et l’autre moitié a de « sévères difficultés face à l’écrit » . Ces derniers se caractérisent par un « déficit important de vocabulaire » et peuvent être considérés en « situation d’illettrisme selon les critères de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme ».

Des taux très variables voire ‘’abracadantesques’’ d’ « illettrés » ont été avancés ( et continuent parfois à l’être, à la ‘’Une’’ de certains journaux ) depuis les 0,5% du Mouvement ATD Quart Monde ( qui a mis en valeur ce terme au début des années 1980 ), jusqu'au taux de 40% d’ « illettrisme fonctionnel » repris à son compte par Jacques Chirac en 1995, en passant par le taux de 30% annoncé par François Bayrou en 1993 ( qui se targuait de le réduire de moitié en cinq ans ).

Dans son livre publié en 1996 ( « De l’illettrisme en général et de l’école en particulier ») le linguiste Alain Bentolila a souligné qu’ « entre 1980 et 1990, les chiffres avancés en matière d'illettrisme en France ont varié de zéro ( réponse à l’enquête européenne de 1979 ) à plusieurs millions ».
Alain Bentolila, pour mettre fin à ces poussées périodiques de statistiques ( aussi fluctuantes qu’alarmantes ) met au point un test qu’il considère comme fiable, fidèle et probant pour évaluer et classer les performances en lecture des conscrits. Il souligne que, depuis que cette évaluation a commencé, en 1990, les résultats aux tests n’ont varié que dans des proportions insignifiantes.
Cinq « familles » de « lecteurs » ont pu être distinguées, qui correspondent chacune à un même seuil de performance. En 1995, les résultats sont les suivants : « 1% des jeunes adultes sont analphabètes ; 3% ne dépassent pas la lecture d’un mot simple isolé ; 4% sont limités à la lecture de phrases simples isolées ; 12% ne sont capables que de la lecture superficielle d’un texte court et simple ; 80% ont la capacité de lire un texte de façon approfondie ».

Il est difficile de comparer en toute rigueur les résultats au nouveau test avec ceux du test pour les conscrits initié par l’équipe du linguiste Alain Bentolila et stabilisé en 1995, il y a une génération déjà ( puisque les critères et la distribution ne sont  pas identiques ). On remarquera cependant que l’on n’est pas à des années- lumières l’un de l’autre.

Et cela alors même que les jeunes hommes sont plus souvent en difficulté que les jeunes filles ( qui passent désormais ce genre de test, qui était réservé aux conscrits et donc aux jeunes hommes autrefois ).
Les résultats diffèrent ( parfois sensiblement ) entre les régions et les départements. En France métropolitaine, trois régions présentent un pourcentage de jeunes en difficulté de lecture inférieur à 8% (  la moyenne nationale étant de 10% ) : Rhône–Alpes, Bretagne, Corse ), la Picardie se distinguant en sens inverse avec un taux de plus de 13%. En Outre-mer, ces pourcentages sont élevés, parfois même très élevés : autour de 30% pour la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion ; 50% en Guyane et 70% à Mayotte.

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