Les Roms: un cas d'école?

Avec sa délicatesse coutumière, Nadine Morano (secrétaire d’Etat à la Famille !) a ajouté avec zèle sa petite musique à la partition sarkozienne en affirmant que les enfants ne devaient pas servir d’alibis aux Roms pour rester en France.

Avec sa délicatesse coutumière, Nadine Morano (secrétaire d’Etat à la Famille !) a ajouté avec zèle sa petite musique à la partition sarkozienne en affirmant que les enfants ne devaient pas servir d’alibis aux Roms pour rester en France.

 

Interrogée jeudi dernier sur le devenir des enfants expulsés qui étaient scolarisés en France, elle a répondu : " Ils seront scolarisés dans leur pays d’origine ; il n’y a pas d’école qu’en France ". Tout en s’empressant d’ajouter : " Quand on voit les personnes qui sont assises dans la rue, qui se servent des enfants – dont certains d’ailleurs sont sous cachets, pour être un petit peu drogués et endormis – en train de faire de la mendicité, je dis qu’il ne faut pas accepter ce genre de comportement "

 

On estime que le nombre, en France, d’enfants roms âgés de 6 à 16 ans se situe entre 5000 et 7000, dont moins de 10% empruntent le chemin de l’école.

C’est l’effet de multiples causes, souvent complexes et enchevêtrées.. Et il convient plus que jamais, en ces temps très durs, de ne pas sous estimer en l’espèce le rôle des conditions effectives de leur accueil et de leur inscription scolaire.

Les expulsions répétées des lieux de vie ( qui ne datent pas de ce mois d’août 2010, même si cela se fait actuellement sous des auspices bien particulières ) ne sont pas de nature à favoriser la scolarisation. Par ailleurs, les démarches d’inscription relèvent souvent du parcours du combattant ( dissuasif ) : les familles doivent faire face à des exigences de justificatifs difficiles pour elles à satisfaire ( justificatifs de domicile ou domiciliation administrative, certificats de naissance traduits en français par un traducteur assermenté, vaccinations à jours, radio des poumons ). Et il arrive , en particulier dans un nombre non négligeable de communes que, une fois l’inscription passée, les délais d’affectation dans un établissement soient anormalement longs.

 

Selon Michel Fèvre, président de Romeurope 94, interviewé en décembre 2009 dans la " Revue des parents ", " à Marseille, par exemple, sur 600 enfants rom de 6 à 16 ans, seuls 50 ont été inscrits à l’école au cours de l’année 2008-2009 " . Mais , ajoute-t-il, " dans certaines communes, aucun enfant rom n’est accepté alors que dans d’autres, on observe une scolarité complète ; c’est bien la preuve que des solutions existent ".

 

En l’occurrence, il est sans doute bon de se rappeler qu’un collectif d’associations ( dont la FCPE et des syndicats et ONG ) mené par le réseau Romeurope, avait lancé le 4 novembre dernier un appel national ( www.romeurope.org ) qui interpellait le ministère de l’Education nationale, l’association des maires de France ainsi que les conseils généraux, afin de tenter de lever les blocages ( au niveau national, au niveau des préfectures ou au niveau local)…

 

PS: Le principal syndicat des enseignants des écoles primaires, le SNUipp-FSU, a demandé mercredi, dans une lettre au ministre de l'Education nationale Luc Chatel, des ''garanties'' pour la scolarisation des enfants de Roms."Je vous demande de rappeler le droit à l'éducation pour tous les enfants et de donner des garanties que les familles Roms ne seront pas menacées par le fait d'emmener leurs enfants à l'école" a écrit le tout nouveau secrétaire général du SNUipp, Sébastien Sihr.

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