Une nouvelle violence à l'Ecole? Le ''précédent'' de Porcheville.

La nouveauté n'est pas évidente, même si la diffusion des images du ''braquage'' avec une arme factice d'une enseignante par un lycéen a gagné non seulement les réseaux sociaux mais aussi les chaînes en continu (et même les autres ) inscrivant de facto cet acte inadmissible dans la sphère politico-médiatique .

Dans le livre que j'ai écrit avec Françis Lec (l'avocat conseil national de la Fédération des Autonomes de Solidarité laïque) et qui est paru chez Fayard en 2007 sous le titre "Histoire vraie des violences à l'Ecole'' , on peut trouver entre autres le passage suivant ( pages 174-175):

L’agression filmée de Porcheville : une première ?

Très à la mode chez certains adolescents en Angleterre, le jeu du « Happy slapping » (joyeuse claque) consiste à gifler ou à boxer quelqu’un au hasard dans un lieu public sans aucune raison ; la scène (qui dure quelques secondes) est filmée à l’aide d’un portable, puis mise en ligne sur Internet et diffusée dans les heures qui suivent l’agression.

Le « Happy slapping » est apparu en France depuis quelques mois, et des dizaines d’adolescents en ont été victimes lorsque, le 24 avril 2006, il atteint pour la première fois une enseignante, professeure au lycée professionnel Lavoisier de Porcheville. Avant même le début de son cours, l’un de ses élèves majeurs lui lance une chaise à la figure, l’accable de coups de poing, lui fait un croche-pied et continue de la frapper au sol. La scène est filmée durant près de quinze secondes par un camarade de classe et diffusée quelques heures plus tard sur les portables de leurs relations.

Placé en garde à vue, puis laissé en liberté, l’auteur de l’agression filmée a simplement expliqué que l’enseignante « l’énervait ». La rapide médiatisation de ces violences amène le procureur de la République de Versailles à reconnaître qu’il y avait eu mauvaise appréciation du Parquet sur cette affaire. L’agresseur est finalement renvoyé devant le Tribunal correctionnel pour violences volontaires ayant entraîné une ITT de moins de huit jours sur une personne chargée d’une mission de service public, et son complice est poursuivi pour complicité, défaut d’assistance à personne en danger et atteinte à l’intimité de la vie privée. L’auteur des violences est condamné le 15 mars 2007 à une peine de 20 mois de prison ( dont sept mois avec sursis ), assortie d’une obligation de travail et de soins médico-psychologiques.

De nouvelles préoccupations ministérielles ?

Le ministre de l’Education nationale, Gilles de Robien, prend la mesure de l’émotion du monde enseignant devant ces nouveaux ‘’risques du métier’’ et les dangers encourus par les élèves. Dans le « guide pratique » envoyé à chaque enseignant par le ministère à la rentrée scolaire 2006 ( « Réagir face aux violences en milieu scolaire » ), un passage est dûment consacré aux blogs et un autre au « Happy slapping ».

En cet automne 2018, va-t-on reprendre et continuer en l'occurrence la longue succession de ''plans contre les violences scolaires'' qui se sont succédé (et multiplié) de 1990 à 2011? Va-t-on revoir à cette occasion les annonces fracassantes (et soi-disant définitives) même au plus haut de l'Etat, sans que cela s'avère opérationnel ou même opérant? On peut le craindre. Mais on va voir.

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