Un bac indestructible mythique?

C'est une constante : le baccalauréat apparaît depuis le début de son existence comme quasi incontournable ; mais son organisation et sa valeur réelle ont toujours été sujettes à discussion.

C'est une constante : le baccalauréat apparaît depuis le début de son existence comme quasi incontournable ; mais son organisation et sa valeur réelle ont toujours été sujettes à discussion.

 

Le baccalauréat est devenu dès le XIX° siècle une institution capable de résister à toutes les attaques. Signes indéniables de son succès social : l'apparition de l'industrie de la fraude ( une véritable plaie puisque la loi du 23 décembre 1901 va jusqu'à prévoir des peines de trois ans d'emprisonnement et 10000 francs - or - d'amende ) ; et surtout le développement de l'industrie du " bachotage " ( les " fours à bachot " ).

Alors même qu'il ne s'agissait que de l'élite ( 1% d'une classe d'âge à la fin du XIX°siècle, pas plus de 3% à la fin de la troisième République ) l'examen du baccalauréat a pourtant été vite jugé ‘'léger'' et ‘'discutable''. En 1830, l'examen, qui jusqu'alors n'avait été qu'un oral, dispose désormais d'un écrit. Le ministère justifie la réforme par la faiblesse de certains bacheliers en orthographe ( un autre trait récurrent ) : " nous avons reçu des lettres d'individus pourvus de ce grade par voie d'examen, et dont le style et l'orthographe offraient la plus honteuse ignorance ".

 

De façon générale, il est le plus souvent considéré que l'organisation même du baccalauréat favorise le " bachotage " ( titre d'un livre paru en 1910 sous la plume d'un professeur de physique de l'université de Toulouse, Ernest Bouasse ).

En 1880, Jules Ferry lui-même tente une réforme de l'examen : " La question du baccalauréat, dit-il, s'est ainsi posée : arracher cet examen aux misères, aux écueils et aux mensonges de la préparation mnémonique et mécanique ". Après soixante-dix ans d'existence...

Mais le résultat de sa réforme est pour le moins incertain car, quatre-vingts ans plus tard, au tout début de la cinquième République, il ne semble pas que l'on ait été beaucoup plus avancé si l'on en juge par le rapport motivant le décret du 18 août 1959 relatif au baccalauréat : " Il est normal qu'un examen de qualité incontestable sanctionne les études de l'enseignement du second degré. Mais il est anormal que ce même examen compromette les études dont il doit couronner le terme [...]. Ces études, qui devraient être uniquement orientées vers l'acquisition de la culture générale, s'orientent de plus en plus vers le ‘'bachotage'', c'est à dire l'acquisition hâtive, superficielle et indigeste d'un savoir encyclopédique ".

 

Ainsi, alors même que durant plus d'un siècle et demi, le baccalauréat a été réservé à une élite ( 1% d'une classe d'âge sous Jules Ferry, 3% sous le Front populaire, 4 % à la Libération, moins de 10% à la fin de la quatrième République ), les mises en cause des types d'épreuve de cet examen ( et donc de sa valeur réelle ) ont été récurrentes et persistantes. Il serait sans doute bon de s'en souvenir aujourd'hui, tout en prenant clairement conscience de la réalité de la grande diversité actuelle du baccalauréat, ou plutôt des baccalauréats.

 

Le taux d'inscription dans le supérieur pour ceux qui obtiennent ‘'le'' baccalauréat est en effet très différencié selon les différentes voies : les bacheliers de la voie générale s'inscrivent à près de 100% ; ceux de la voie technologique à 76% ; enfin ceux de la voie professionnelle à 23%. Par ailleurs, le taux de réussite à la licence en trois ou quatre ans est, lui aussi, très différencié selon le type de bac : alors qu'il est de 61% pour les bacheliers généraux, il n'est que de 22% pour les bacheliers technologiques, et de 7% pour les bacheliers professionnels.

 

On le sait, l'ambition ‘'européenne'' qui a été proclamée dans le cadre des accords de Lisbonne est d'atteindre les 50% d'une classe d'âge diplômée à bac + 3 à l'horizon de l'an 2020. Nous en sommes encore loin, puisque les dernières données précises indiquent qu'en 2006 nous en étions à 25% seulement de la classe d'âge au niveau de la licence ( ou plus ), et à 16% au niveau bac+ 2 ( DUT, BTS, enseignement paramédical et social ).

Or le taux des différents types de baccalauréat par classe d'âge évolue dans un sens qui ne favorise par le redressement envisagé et proclamé ( bien au contraire ). De 1995 à 2008, le taux de bacheliers généraux a diminué, passant de 37,2% à 34,5% ; celui des bacheliers technologiques a légèrement baissé, passant de 17,6% à 16,6% ; seul celui des bacheliers professionnels - le plus éloigné d'une réussite en licence- a progressé, passant de 7,9 % à 12, 6% .

 

Beaucoup d'autres pays font pourtant d'ores et déjà nettement mieux que nous en ce qui concerne le taux de diplômé sortant de l'enseignement supérieur au niveau de la licence et au-delà. Pour la tranche d'âge des 25 ans-34 ans, nombre de pays européens sont déjà au-delà de 30% ( on peut citer la Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande, la Suède, l'Irlande et la Pologne ). En revanche, la France se distingue dans cette enquête pour le taux de diplômés de l'enseignement supérieur court : 18%, bien au-dessus de la moyenne de l'OCDE ( 10% ).

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