Blanquer: accès d'autoritarisme et affaissement d'autorité

Il est sans précédent historique que les deux principaux syndicats de chefs d''établissement du public et du privé s'adressent publiquement à leur ministre - chacun de son côté mais en même temps - pour mettre en cause la gouvernance ministérielle et mettre en évidence la défiance qui s'installe.

C'est pourtant ce qu'ils viennent de faire; et ils n'ont pas mâchés leurs mots, en toute connaissance de cause et ''sans réserve''.

Extraits de la lettre adressé à Jean-Michel Blanquer par le SNCEEL ( Syndicat National des Chefs d'Etablissement d'Enseignement Libre); ""Monsieur le Ministre, vous ne semblez pas , au final, manifester beaucoup de respect pour notre mission de chef d'établissement. Pourtant cette crise aurait dû vous démontrer combien l'engagement de chacun de nous était nécessaire à l'efficience du système éducatif dans son ensemble. Si l'Ecole a survécu à cette crise, c'est bien par la somme des actions remarquables déployées par les acteurs de terrain [...]. Peut-être trouverez-vous ces propos un peu vifs. Pourtant ils ne traduisent pas encore le degré d'exaspération de l'ensemble des quelques 2300 collègues que représente le SNCEEL. Nous espérons qu'ils auront la vertu de vous alerter sur l'érosion de la confiance que nous avions placée en vous lors de votre prise de fonction"

Extraits de la lettre adressée à Jean-Michel Blanquer par le SNPDEN (Syndicat National des Personnels de Direction de l'Education Nationale). ''"Sur la base d'un bilan unanime fait par nos représentants académiques, nous constatons aujourd'hui, dans un contexte toujours incertain, que la profession est dans un état de fatigue, de démotivation, d'exaspération rarement atteint. Cette situation d'épuisement professionnel s'accompagne maintenant, ce qui est plus grave à nos yeux, d'un sentiment majoritaire de défiance vis à vis de notre institution, responsable pour beaucoup de nos mandants, d'accroitre, par des modes de gouvernance injonctifs et coercitifs,la difficulté d'exercice au quotidien de notre métier, là où devraient se mettre en place confiance, accompagnement et soutien''

Les deux syndicats de chefs d'établissement pointent bien les ''accès d'autoritarisme'' du ministère et du ministre qui ont finalement pour effet un ''affaissement d'autorité"; et même, ce qui est effectivement ""plus grave" comme l'écrit la direction du SNPDEN, "un sentiment majoritaire de défiance vis à vis de notre institution"

Et cela dans un contexte où chacun se souvient que le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer a pu être démenti dans la journée même par le Chef de l'Etat lorsque le confinement a été décidé, ou une nouvelle fois encore lorsque les modalités du déconfinement prévus par le ministre de l'Education nationale ont été immédiatement recadrées par le Premier ministre. Deux épisodes qui ont montré à l'évidence que Jean-Michel Blanquer ne compte guère (c'est le moins que l'on puisse dire) dans un contexte de décisions pressantes pour les chefs de l'exécutif (voire que le ministre de l'Education nationale - et sans doute l'Ecole elle -même - sont d'une certaine façon la "cinquième roue du carrosse" pour les têtes de l'exécutif ).

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