Le baccalauréat n'est pas d'origine «républicaine»

Notre baccalauréat serait l'un des fleurons de la «méritocratie républicaine». Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en serait le héraut, et il vient de récidiver. Or cela relève tout bonnement de la plus totale fantasmagorie.

Qu'est-ce qui serait d'origine ''républicaine'' dans la ''méritocratie'' attribuée au baccalauréat (jusqu'à sa dernière session , celle du baccalauréat 2019)? En fait, rien!

Le fait que les examinateurs ne peuvent appartenir au lycée d'origine du candidat? Mais c'est instauré dès la fondation du baccalauréat que nous connaissons par... l'empereur Napoléon I. Le baccalauréat étant avant tout alors un examen d'entrée à l'Université, le jury n'est composé que d'universitaires ( il ne saurait donc a fortiori être question que des professeurs du lycée d'origine du candidat soient membres du jury). Et c'est seulement à partir de... la troisième République que seront peu à peu adjoints des professeurs de lycée, au point qu'il ne restera plus finalement qu'un seul universitaire en tant que président du jury (ce qui peut être admissible si le baccalauréat est considéré avant tout comme un examen de fin du secondaire, dans ses différentes composantes très diverses: général, technologique, professionnel )

La possibilité d'un écrit évalué anonymement?

Sous le Premier Empire et la Restauration, le baccalauréat était uniquement oral. L'écrit apparaît sous... la Monarchie de Juillet (Louis-Philippe), avec assez vite une évaluation distincte du moment de l'oral et anonyme.

Des sujets nationaux (sur lesquels insiste Jean-Michel Blanquer pour ... les ''épreuves communes'' du contrôle continu qu'il va instaurer)?

La principale innovation du règlement du 14 juillet 1840 (toujours donc sous... la Monarchie de Juillet) met en place une une liste récapitulant les 350 questions qui peuvent être posées par les jurys. Dans cette dernière initiative, on perçoit ce qui fait tout l'enjeu à cette époque (royale!) d'une réforme du baccalauréat : la normalisation des épreuves, destinée à garantir qu'un niveau minimal identique a été atteint par tous les nouveaux bacheliers de France.

Les mentions ( typiques d'une visée ''méritocratique'')?

Jean-Michel Blanquer leur fait un sort à part tout à fait significatif dans son long entretien sur le baccalauréat paru dans le 1 Hebdo du 11 septembre "Le baccalauréat contribue à la dimension d'unité du pays; à celle de méritocratie, très présente dès les origines - bien que la démocratisation de l'institution ait atténué cette dernière dimension , elle l'a conservée, notamment par le maintien des mentions. Le baccalauréat est donc bien une institution républicaine".

Petit rappel historique - et il ne manque pas de sel en l'occurrence - les mentions au baccalauréat ont été créées en 1840, c'est à dire en pleine... monarchie constitutionnelle (celle de Louis-Philippe) et en un moment ''libéral'' (ce qui est leur véritable sens, les ''libéraux '' historiques étant pour la reconnaissance et le classement des ''mérites'', des ''capacités'')

On terminera par le rappel des propos de Jean-Michel Blanquer au sujet des perturbations de la session 2019 du baccalauréat ( ô combien significatifs )

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer n'avait pas hésité à affirmer le 7 juillet dernier sur TF1 que "c'est un sacrilège d'abîmer le baccalauréat, un des plus beaux rendez-vous républicains". Et Jean-Michel Blanquer a réitéré dans son long entretien sur le baccalauréat paru dans le 1 Hebdo du 11 septembre: "c'est évidemment à dessein que j'ai utilisé l'expression ''sacrilège''. Le viol de certains principes et valeurs républicaines représente lorsqu'il est commis, un sacrilège. C'est le cas lorsqu'on s'attaque au baccalauréat et à sa passation. Le sujet n'est pas divin , mais le mot sacrilège peut s'adapter à la situation car la République est ce qui nous relie et, à ce titre peut être considérée comme sacrée''

De la part d'un ministre de l'Education nationale qui va disperser les ''épreuves communes'' du baccalauréat ''façon puzzle'' tout au long des deux dernières années du lycée , l''outrance de la stigmatisation d'"abîmer le baccalauréat, un des plus beaux rendez-vous républicains'' aurait du être sanctionnée par un immense éclat de rire. Ou bien par de la ''pitié'' pour la méconnaissance historique abyssale d'un ministre de l'Education nationale; ou bien par de l'envie pour la virtuosité politicienne de Blanquer dans la dramatisation et l'intimidation. Mais rien.

 

Faut-il pleurer, faut-il en rire

Fait-il envie ou bien pitié

Je n'ai pas le coeur à le dire

On ne voit pas le temps passer

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