Un droit de cité (difficile) de l'homosexualité à l'Ecole

L'UMP vient de dénoncer "un nouveau couac gouvernemental" après la proposition de Najat Vallaud-Belkacem, de "passer en revue" les manuels scolaires à propos de l'homosexualité.

L'UMP vient de dénoncer "un nouveau couac gouvernemental" après la proposition de Najat Vallaud-Belkacem, de "passer en revue" les manuels scolaires à propos de l'homosexualité.

Dans un entretien au magazine « Tétu », la ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a déclaré en effet qu’il faut « passer en revue » les manuels scolaires à propos de l’homosexualité : « aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre  comme Rimbaud », tout en estimant également qu’il « serait utile que des familles homoparentales soient représentées dans les campagnes de communication généraliste du gouvernement, afin de banaliser ce fait ».
 
Dans un communiqué paru ce mardi après midi, le secrétaire national de l'UMP Bruno Beschizza accuse Najat Vallaud-Belkacem de « revendiquer le droit de s'adonner à la censure des manuels scolaires de nos enfants pour imposer sa vision de la famille» et exige « un démenti de la ministre sur cette initiative qui - dit-il - ne précise évidemment pas les critères appliqués pour dévoiler ou pas les orientations sexuelles de tel ou tel personnage historique ou tel auteur ! ».

« Je pense qu'il faut éviter de tomber dans la caricature sur ces sujets » a réagi la ministre des Droits des femmes sur RTL. «  D'abord, ce n'est pas le gouvernement qui écrit les manuels scolaires ou qui va les revoir. Mon propos est simplement de dire que, dans la lutte indispensable à mener contre l'homophobie, contre les discriminations, contre les violences faites notamment aux plus jeunes d'entre nous qui se découvrent une orientation homosexuelle, il faut faire en sorte à tous les stades et particulièrement dans les cours d'écoles, on lutte contre des représentations qui sont stigmatisantes pour ces jeunes […] Lutter contre ces représentations, c'est permettre à chaque enfant d'avoir des références naturelles dans l'histoire. On peut s'identifier à telle ou telle personnalité. Or la difficulté de beaucoup de nos enfants qui se découvrent cette orientation homosexuelle, c'est qu'ils ne peuvent s'identifier à personne et qu'ils se considèrent donc comme anormaux et c'est cette souffrance-là qu'il faut prendre en considération »

Cela fait d’ailleurs quelque temps que, à l’instar des groupes féministes ( qui condamnent la représentation stéréotypée - dénoncée comme discriminatoire - des femmes et des hommes de la famille hétéroparentale dans les livres de lecture pour enfants ou les manuels de langues vivantes par exemple ), des groupes d’enseignants homosexuels s’en prennent à la représentation stéréotypée ( dénoncée comme discriminatoire ) de la famille ‘’normale’’ dans ces mêmes manuels ( cf le chapitre intitulé « une révolution : la revendication du droit de cité de l’homosexualité à l’école » de l’ouvrage que j’ai fait paraître aux éditions Odile Jacob en 2005 : « Les professeurs, l’école et la sexualité » ).

Cette question de la lutte contre l’homophobie à l’Ecole ( sous toutes ses formes, patentes et agressives, ou latentes ) peut prendre parfois une certaine intensité voire même une certaine provocation en retour comme en témoigne par exemple le titre même d’un ouvrage ( paru en 2004 ) de Guillaume Tanhia : « Enculé ! L’école est-elle homophobe ? », qui s’attache à démontrer que l’enseignement n’est certes pas ouvertement antihomosexuel, mais que la discrimination se fait insidieusement ( « par ignorance, par omission ou par lâcheté »).
Dans les livres d’histoire, les rares lignes consacrées aux homosexuels sont limitées à leur déportation par les nazis : « Ils n’apparaissent dans l’histoire que lorsqu’on veut les anéantir ! ». Le constat qui est fait pour les manuels de littérature est de même nature. On étudie communément Rimbaud et Verlaine en euphémisant leurs rapports : on évoque des « liaisons tumultueuses » ou des « amitiés particulières ». Idem pour Wilde, Gide ou Genet. Et Michel Ange est qualifié d’ « homme tourmenté ». La même occultation a lieu dans les cours de sciences de la vie et de la terre, qui pourraient être le lieu où évoquer toutes les formes de sexualité. Guillaume Tanhia conclut que, en omettant que d’autres façons d’aimer et de vivre la sexualité existent, « on impose un modèle de société patriarcal et hétérocentré ».
Autant d’’oublis’’, poursuit l’auteur, qui montrent que l’homosexuel n’a pas sa place à l’Ecole, qu’il soit élève ou professeur. Alors même que, dans la société, il la prend bien davantage : « On va parler partout de l’homo de service qui apparaît désormais dans chacune des émissions de télé-réalité ; mais on n’en dira jamais rien à l’Ecole ! ».

En tout cas, si l’on en juge par l’évolution ( fort lente, et toujours incertaine ) des manuels quant au ‘’sexisme’’, il y a fort à parier qu’il en sera pour le moins de même en ce qui concerne le ‘’droit de cité’’ de l’homosexualité à l’école et dans les manuels.




 
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