claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

758 Billets

1 Éditions

Billet de blog 23 nov. 2011

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Du bégaiement au passage à l'acte?

A la suite de la dernière convention de l’UMP sur l’éducation, on a une curieuse impression de «déjà vu», et que «l’histoire», comme on dit, «bégaie». Mais est-ce si sûr?

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la suite de la dernière convention de l’UMP sur l’éducation, on a une curieuse impression de «déjà vu», et que «l’histoire», comme on dit, «bégaie». Mais est-ce si sûr?
Certaines des 30 mesures préconisées par l’UMP lors de cette convention sur l’éducation en vue des présidentielles et législatives de 2012 ont été particulièrement remarquées. Notamment celles-ci : 4) « Rendre publiques les évaluations-bilan existantes des écoles primaires et des collèges , afin de montrer la valeur ajoutée de chaque école et de chaque collège » ; 10 ) « Le renforcement de l’autonomie des établissements doit signifier la possibilité pour le chef d’établissement ( principal de collège, proviseur de lycée, mais aussi, à terme, directeur d’école ) de recruter librement son équipe enseignante et d’administration » ; 15 ) « Mettre en place une évaluation des enseignants par le chef d’établissement », les chefs d’établissement étant eux-mêmes notés « en fonction des résultats qu’ils obtiennent ».
En septembre 1999, le parti d’Alain Madelin, « Démocratie libérale », avait déjà indiqué clairement quelle devait être désormais l’orientation ultra libérale à suivre, et la méthode préconisée : « donner davantage de liberté et de responsabilité aux acteurs du système éducatif, rendre aux parents la liberté de choisir l’école de leurs enfants : on ne propose pas une énième réforme du système éducatif, comme ce fut la tentation au cours des dernières années, mais une méthode de changement pour une révolution tranquille ».
Et lors de la convention tenue par l’UMP sur l’Ecole le 22 février 2006, Nicolas Sarkozy a fait du « libre choix des établissements par les parents » son credo en arguant que le libre choix crée « une émulation entre les établissements et incite chacun d’eux à améliorer ses performances ».
Le sentiment d’un certain « déjà vu » se confirme lorsqu’on prend la peine de relire le programme l’UMP datant de 2007 en vue, là aussi , des présidentielles et législatives :13) « Permettre aux parents de choisir l’établissement scolaire de leurs enfants en assouplissant, puis en supprimant, lorsque les conditions en seront réunies, la carte scolaire » ; 6) « Donner plus de poids aux chefs d’établissements scolaires et revaloriser leur statut » 11 ) ; « Evaluer chaque établissement par un organisme indépendant et rendre public cette évaluation » ; 2) « Garantir la liberté pédagogique des enseignants en les évaluant sur les progrès des élèves et non pas sur les méthodes utilisées »
Bis repetita aussi, en cette année 2011, pour ce qui concerne les propos de Nicolas Sarkozy et de Luc Chatel sur la « révolution » en cours et sur la « méthode » préconisée ( dans la droite ligne de celle déjà tracée par « Démocratie libérale » en 1999 ). Le 11 juin , le chef de l’Etat n’a pas hésité à dire que l’éducation en est à sa « troisième révolution », après celle de Jules Ferry et celle de la ‘’massification ». Dans « Le Monde » du 28 août 2010, le ministre de l’Education nationale Luc Chatel avait déjà affirmé que « l’école doit aujourd’hui relever plusieurs défis […]. Tous ces défis reposent sur un changement dans notre manière d’appréhender la question scolaire. Sans bruit, une véritable révolution s’opère sons nos yeux. Une révolution copernicienne : nous sortons d’une approche quantitative du ‘’toujours plus’’ pour aller vers le ‘’toujours mieux’’. Une révolution silencieuse : l’école a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens ». Et, à l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, en septembre de cette année, Luc Chatel a repris avec constance et ostentation le thème de la « troisième révolution ». Comme pour toute « révolution », il s’agit bien sûr de « changer de base » ; mais « silencieusement » ( « insidieusement » ), car l’enjeu est en réalité de saper les bases et les principes mêmes du service public d’éducation.
Il paraît cependant y avoir ces derniers temps une nouveauté, de taille ; car, par delà le bégaiement des propositions et des propos ( présidentiels, ministériels, de l’UPM ), ne passerait-on pas aussi à l’acte dans un domaine qui semble de plus en plus stratégique : les modalités d’évaluation ? C’est en tout cas ce qui paraît se profiler avec les textes d’origine ministérielle rendus publics il y a quelques jours portant sur une évaluation des professeurs confiée aux chefs d’établissement. Un vrai défi, relevé immédiatement par les professeurs concernés.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Après l’embargo sur le pétrole russe, l’Europe dans le brouillard
Annoncée depuis des mois, la guerre du pétrole contre la Russie est une réalité depuis lundi 5 décembre. L’Europe a engagé un embargo, les membres du G7 imposent un plafonnement du prix du baril à 60 dollars pour les pays tiers. Avec quelles conséquences ? Personne ne sait.
par Martine Orange
Journal
Devant la cour d’appel, Nicolas Sarkozy crie son innocence
Rejugé pour corruption, l’ancien chef de l’État s’en est pris à une enquête illicite selon lui, et a réaffirmé ne rien avoir commis d’illégal en utilisant la ligne téléphonique « Paul Bismuth ».
par Michel Deléan
Journal
Les enjeux d’un second procès à hauts risques pour l’ancien président
Nicolas Sarkozy, l’avocat Thierry Herzog et l’ex-magistrat Gilbert Azibert sont rejugés à partir de lundi devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire de corruption dite « Paul Bismuth », et risquent la prison.
par Michel Deléan
Journal — Corruption
Pourquoi les politiques échappent (presque toujours) à l’incarcération
Plusieurs facteurs expliquent la relative mansuétude dont bénéficient les politiques aux prises avec la justice, qui ne sont que très rarement incarcérés, malgré les fortes peines de prison encourues dans les affaires de corruption.
par Michel Deléan

La sélection du Club

Billet de blog
L’électricité, un bien commun dans les mains du marché
Le 29 août dernier, le sénateur communiste Fabien Gay laisse exploser sa colère sur la libéralisation du marché de l’électricité : « Ce sont des requins et dès qu’ils peuvent se goinfrer, ils le font sur notre dos ! ». Cette scène témoigne d’une colère partagée par bon nombre de citoyens. Comment un bien commun se retrouve aux mains du marché ?
par maxime.tallant
Billet de blog
À Brioude, itinéraire d'une entreprise (presque) autonome en énergie
CN Industrie vit en grande partie grâce à l'électricité produit par ses panneaux solaires. Son modèle énergétique est un bon éclairage de ce que pourrait être un avenir largement éclairé par les énergies renouvelables. Rencontre avec son patron précurseur, Clément Neyrial.
par Frédéric Denhez
Billet de blog
L'électricité est-elle un bien commun ?
[Rediffusion] L'électricité est-elle un bien commun, comme Yannick Jadot l'a fait récemment ? La formule produit un effet électoraliste garanti. Mais cette opération rhétorique est sans intérêt s’il s’agit, à partir de la fonction sociale actuelle de l’électricité, de faire apparaître dans le système énergétique des options qui méritent un positionnement politique.
par oskar
Billet de blog
Nationalisation d’EDF : un atout pour la France ?
Le jeudi 24 novembre, c’est dans un contexte bien particulier que le nouveau PDG d’EDF Luc Rémont prend ses fonctions. De lourds dossiers sont sur la table : renationalisation du groupe, relance du parc nucléaire et des renouvelables, négociation avec Bruxelles sur les règles du marché de l’électricité et gestion de la production avant les trois mois d’hiver.
par Bernard Drouère