La mystérieuse ''suppression'' du HCE

Le très sarkoziste député UMP Lionel Tardy vient de réussir à faire adopter un amendement supprimant le Haut conseil à l’éducation qui avait été créé par la loi d’orientation de 2005, dite loi «Fillon».

Le très sarkoziste député UMP Lionel Tardy vient de réussir à faire adopter un amendement supprimant le Haut conseil à l’éducation qui avait été créé par la loi d’orientation de 2005, dite loi «Fillon».

 

Lionel Tardy, bien que novice en politique, a été élu député en juin 2007 dans la deuxième circonscription de la Haute Savoie, au deuxième tour, contre le député sortant Bernard Bosson , en bénéficiant de l’appui de nombreux élus de l’UMP qui en voulaient à Bernard Bosson ( pour son soutien jugé tiède et tardif à Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle ).

 

Lionel Tardy se vante longuement sur son blog de son récent ‘’exploit’’ au sein de la Commission des lois de l’Assemblée nationale: " Sur l’article 33, j’avais obtenu en première lecture à l’Assemblée la suppression du HCE ( contre l’avis du gouvernement ), l’un des nombreux comités Théodule dont on se demande ce qu’ils apportent, mais dont on sait qu’ils coûtent chers. Certes il produit des rapports, mais en matière d’éducation ce ne sont pas les rapports qui manquent, à commencer par ceux de l’Inspection générale de l’Education […]. J’ai donc déposé [ en seconde lecture ] un amendement CL7 rétablissant la suppression du Haut Conseil à l’éducation. Lui aussi a été adopté par la commission des lois ".

 

Pourtant le député Lionel Tardy ne doit pas ignorer que la mission dévolue au Haut Conseil à l’éducation par la loi ’’Fillon’’ de 2005 n’est pas de même nature en réalité que celle de l’IGEN, d’autant ( et c’est important en l’occurrence) que sa composition et le mode de nomination de ses membres sont tout à fait différents ( et sans précédent en France, en particulier par rapport à l’Education nationale ).

 

" Article L.230-1. Le Haut Conseil à l’éducation est composé de neuf membres désignés pour six ans. Trois de ses membres sont désignés par le Président de la République, deux par le président de l’Assemblée nationale, deux par le président du Sénat et deux par le Conseil économique et social en dehors des membres de ces Assemblées ".

"Article L.230-3. Le Haut conseil de l’éducation remet chaque année au Président de la République un bilan, qui est rendu public, des résultats obtenus par le système éducatif. Ce bilan est transmis au Parlement "

 

Last, but not least, la création de cet HCE est en liaison directe avec la question de la définition du " socle commun de connaissances et de compétences " ( cf la loi d’orientation ‘’Fillon’’ : " ces connaissances et compétences doivent être précisées par décret après avis du Haut-conseil à l’éducation " )  …et du suivi de sa mise en place.

 

Et c’est là que le bât blesse pour certains. En premier lieu parce que le " Haut conseil à l’éducation " n’est nullement un ‘’comité Théodule’’ et tient son rôle ( il ne l’a même justement que trop tenu pour certains… ). En second lieu parce que, dans son rapport sur le collège qu’il a rendu public récemment, le HCE ne s’est pas contenté de dire que le collège se trouvait " dans une situation préoccupante ", mais il a aussi souligné que la politique préconisée en principe par la loi d’orientation ‘’Fillon’’ de 2005 (une scolarité obligatoire unifiée ayant pour horizon la maîtrise effective par tous d’ " un socle commun de connaissances et de compétences ") n’avait pas été réellement conduite . Et le rapport du HCE a insisté notamment sur les mesures à prendre pour qu’il puisse y avoir une véritable continuité entre l’école primaire et le collège ( et non pas la rupture que nous connaissons, préjudiciable à nombre d'élèves, en particulier les plus ‘’fragiles’’ ).

 

En réalité, ce rapport du HCE est très largement en phase avec le rapport parlementaire dit ‘’Grosperrin’’ paru un peu auparavant ( et qui se prononce de la même façon sur ces points là ).

Mais apparemment, c’en est justement trop pour certains qui veulent mener plus ou moins ouvertement ( et c’est là tout le problème ) une politique sensiblement différente dans ce secteur du système éducatif ( à savoir, en particulier, ceux qui veulent au contraire un renforcement de la différenciation entre le moment du primaire et celui du collège en envisageant le retour d’un examen de passage avant la sixième ; cf Jean-François Coppé, le nouveau dirigeant de l’UMP, et mon billet précédent sur la persistance des évaluations en milieu de CM2 pour ‘’acclimater’’ ce retour ).

Rien ne semble pourtant joué. On y verra sans doute plus clair lorsqu’on saura si cette suppression du Haut Conseil à l’éducation est confirmée ou non, si Jacques Grosperrin devient ou non secrétaire national aux enseignements scolaires de l’UMP ( car il est manifestement de ceux qui peuvent être sur les rangs), et/ou si le projet de loi envisagé en commun par Jacques Grosperrin et Frédéric Reiss ( " l’Ecole du socle " ) sera effectivement pris en considération ou non.

Mais, pour le moment, c’est manifestement le temps des coups fourrés ou tordus.

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