Une négligence ou un titre regrettable?

Notre journaliste spécialisée dans les questions scolaires a titré son article actuellement à la Une de Médiapart : « Après les attentats, le plan sur l'école néglige l'essentiel » (à savoir, apprend-on en conclusion, « la mixité sociale »). Mais ce n'est pas évident, bien au contraire.

Notre journaliste spécialisée dans les questions scolaires a titré son article actuellement à la Une de Médiapart : « Après les attentats, le plan sur l'école néglige l'essentiel » (à savoir, apprend-on en conclusion, « la mixité sociale »). Mais ce n'est pas évident, bien au contraire.

« Point aveugle de la refondation de l’école lancée par Vincent Peillon en 2012, la mixité sociale à l’école […] a été renvoyée par Najat Vallaud-Belkacem à un « état des lieux » qui devra être réalisé au cours de l’année à venir… » conclut Lucie Delaporte.

Mais on peut opposer à cette relation, celle qui a été faite hier par un journaliste aussi indépendant d'esprit qu'elle, à savoir François Jarraud dans l'excellent site spécialisé « LeCafé pédagogique ».

« La réponse qui fera le plus parler d'elle dans les semaines à venir c'est la partie du plan qui veut lutter contre les inégalités sociales. Dans l'entourage de la ministre on assure que la nouvelle politique d'affectation des moyens, qui invite les recteurs à calculer la dotation horaire des établissements en fonction de leur composition sociale, devrait changer la donne dans les établissements populaires. Najat Valaud-Belkacem ajoute une mesure nouvelle. " Les recteurs vont travailler, à compter de la rentrée 2015, à déterminer avec les collectivités compétentes, des modalités plus équilibrées de sectorisation afin de pouvoir remplir pleinement leur rôle dans l’affectation des élèves", dit-elle. "Il est temps de prendre nos responsabilités pour enrayer le séparatisme social dans les établissements scolaires." Cette réforme de la carte scolaire s'appuiera sur le décret qui permet de créer des secteurs avec plusieurs collèges. Le texte prévoit que « lorsque le conseil général décide… de partager un même secteur de recrutement entre plusieurs collèges afin de favoriser la mixité sociale, les services académiques l'accompagnent dans cette démarche et lui apportent leur soutien, notamment dans le cadre de la procédure d'affectation des élèves qui relève de leur compétence ». En clair, dans les départements où ce choix aura été fait, les parents ne pourront plus demander un collège précis mais un secteur où il y aura au moins 2 collèges. C’est donc le dasen qui affectera les élèves dans les établissements. Et il pourra le faire avec un souci de mixité sociale. Sa circulaire d'application est parue. Mais il faudra du courage politique aux élus locaux pour prendre la responsabilité de les appliquer »

Et dans sa tribune du même jour dans le « Café pédagogique », François Jarraud insiste : « Le Cnesco montre de façon éclairante la nécessité d'oeuvrer à réduire la ségrégation scolaire. Son étude établit scientifiquement l'existence d'un apartheid scolaire en France. C'est la première bonne nouvelle de ce 22 janvier. L'autre c'est la volonté ministérielle de s'attaquer à la sectorisation des collèges. N Vallaud-belkacem se doute probablement qu'en pleines élections cantonales la tâche ne sera pas aisée.

 Ce sera difficile d'affronter le désir légitime des parents d'offrir le "meilleur collège" à leur enfant. Ce qui veut dire que cette politique ne sera possible que si elle est accompagnée d'un réel soutien de l'institution aux collèges en difficultés. En principe c'est ce que devrait permettre la nouvelle politique d'affectation des moyens. La dotation horaire des établissements devrait tenir compte des inégalités sociales, promet l'entourage ministériel. Mais il est encore trop tôt pour savoir comment les recteurs appliqueront cette mesure. Ils auront de toutes façons à faire face à des mouvements qui peuvent bloquer l'application de cette politique […] Réduire les inégalités scolaires demandera donc de la pugnacité et de la persévérance pour un résultat pas forcément populaire et de toutes façons à long terme. Voilà ce qui attend la ministre. »

On ne saurait mieux dire. 

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