La dyscalculie en question

Cette remise cause peut-elle conduire à revoir le fondement, voire le bien fondé de toute la série des ''dys''?

La dyscalculie fait partie de la série dyslexie, dysorthographie, dysgraphie dont les éléments ont eu des fortunes diverses en raison de l’importance du soulagement qu’ils pouvaient apporter aux enseignants, et de la justification qu’ils pouvaient conférer à l’intervention de tel ou tel corps de spécialistes. Tout cela en raison essentiellement de l’importance accordée dans l’école et dans la société à telle ou telle compétence. On comprend alors pourquoi la dyslexie a connu une fortune sans pareille, suivie de la dysorthographie ; alors que la dyscalculie et la dysgraphie sont méconnus du grand public et même de la plupart des enseignants. La lecture et l’orthographe sont en effet des compétences de premier plan en France, loin devant l’écriture graphique et le calcul. N’oublions pas en effet que, même si les mathématiques sont devenues une base essentielle de sélection scolaire, on peut encore se vanter plus ou moins d' " être nul en maths ", alors que ce n’est nullement le cas en lecture ou en orthographe.

 

Dans leur principe, tous ces ‘’dys’’ ( dyslexie, dysorthographie, dyscalculie ) renvoient à l’idée de difficultés d’apprentissage très spécifiques, limitées à un domaine très spécifique, et qui ne renvoient donc pas, en particulier, à des difficultés d’apprentissage généralisées. Actuellement, on diagnostiquera une dyscalculie si l’enfant présente des problèmes sérieux à propos du calcul, avec un écart d’au moins deux ans par rapport aux enfants de son âge. Encore faut-il, pour parler de ‘’dyscalculie’’, que l’origine de ces difficultés puissent être considérées comme spécifiques. L’enfant devra donc avoir été scolarisé ‘’normalement’’ et avoir bénéficié d’un développement intellectuel considéré comme normal. Il ne devra pas présenter de troubles émotionnels. Et ses difficultés en calcul devront montrer un fort écart avec ses autres performances dans les autres disciplines. Alors on pourra parler de ‘’ dyscalculie’’.

 

Pour ceux qui s’intéressent à ce type de question, le n° 102 de la revue ANAE ( la revue de neuropsychologie des apprentissages chez l’enfant ), consacré aux travaux sur la dyscalculie développementale de Jean-Paul Fischer et de son équipe à l’université de Nancy, est une véritable remise en cause de ce qui semblait acquis, voire de la notion même de ‘’dyscalculie’’. Il y a une cinquantaine d’années, quand les différentes notions de ‘’dys’’ ont fait florès, la plupart des chercheurs pensaient que la ‘’dyscalculie’’ était d’origine génétique, puisqu’ils la retrouvaient dans tous les pays et toutes les cultures. Et l’on recensait alors environ 7% de dyscalculiques dans la population. Mais les investigations de Fischer et de son équipe montrent que les enfants ayant des difficultés sérieuses avec le calcul ( numération, dénombrement, opérations simples ) présentent aussi souvent des difficultés dans les autres matières. Et finalement, il s’avère que lorsqu’on a un enfant considéré comme ‘’dyscalculique’’, il faut aussi aller voir du côté de la dyslexie, des autres difficultés d’apprentissage et vice et versa. Mais, s’il y a des liens entre les divers ‘’dys’’, cela n’implique-t-il pas de revoir le fondement et la nature des remédiations actuelles, voire la conception même des ‘’dys’’ ?

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