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Le Club de Mediapart dim. 24 juil. 2016 24/7/2016 Dernière édition

Des évolutions de notation difficiles

Benoît Hamon veut relancer le débat. Mais ce ne sera pas simple si on en juge par des évolutions significatives dans le passé.

Et d'abord dans les classes d'examen, au premier chef au niveau de l'examen emblématique par excellence en France, le baccalauréat. Dans la première moitié du XIXème siècle, le jury évalue les candidats à l'aide d'un boulier. Blanche, l'avis est favorable ; noire, défavorable ; et rouge, le sort du candidat dépend des autres membres du jury. Sous le Second Empire, ce vote du jury est traduit en chiffres. L'aspirant bachelier se voit alors évalué sur une échelle de 0 à 5. La notation sur 20 apparaît en 1890, en même temps que le baccalauréat''moderne'' avec plusieurs séries, et à l'écrit.

Certaines des considérations qui ont eu lieu durant les deux décennies suivantes ne manquent pas encore d'intérêt aujourd'hui.

En 1900, la Direction de l'enseignement secondaire, fait le point d'une façon quelque peu embarrassée (ou faussement balancée ?) : « C'est une chose très digne de remarque que notre pays soit le seul, ou peut s'en faut, où les compositions ont pris dans l'éducation publique la part que nous leur accordons, le seul où la notation peut se faire sur 20. Nos usages à cet égard font sourire les étrangers et leur cause plus de surprise que d'envie. Ce n'est pas une raison pour rompre avec une tradition séculaire, qui, pour nous être venue des Jésuites, n'en répond pas moins à un trait de notre caractère, et, passée comme elle l'est dans les mœurs, a du moins les avantages de ses inconvénients. Mais il faut faire en sorte d'en corriger un peu les inconvénients tout en en gardant les avantages ».

Il est encore plus significatif ( et digne de méditation...) que Ferdinand Buisson ( qui a été placé par Jules Ferry à la tête de l'enseignement primaire où il restera 17 ans) estime dans l'édition de son « Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire » ( paru en 1911 ) que « si ce souci de la prééminence est un mal, c'est un mal nécessaire qui paraît devoir s'imposer non pas à toute éducation, mais seulement à l'éducation de toute une classe d'enfants de la bourgeoisie : dès qu'il s'agit des millions d'enfants de nos écoles primaires, l'émulation normale les stimule à faire effort pour obtenir l'approbation du maître sans se préoccuper de l'obtenir à l'exclusion des autres ou à un plus haut degré qu'aucun d'eux ».

En mars 1968 se tient à Amiens un colloque des plus surprenants avec la participation de la fine fleur des hauts fonctionnaires de l’Education nationale et des chercheurs en éducation. Le rapport final indique « les grandes lignes d’une rénovation pédagogique », et stigmatise en particulier « les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation qualitative et une indication de niveau ( lettres A,B,C,D,E ) ».

Les événements de mai 68 ont sans aucun doute précipité le mouvement et certaines prises de décision. Le nouveau ministre de l’Education nationale - Edgar Faure - fait aboutir les réformes qui étaient prêtes ou prêtes à être acceptées dans une certaine mesure , en particulier la suppression des compositions, des classements et des remises de prix ; et le remplacement de la notation de 0 à 20 par une notation de A à E dans le primaire et aussi le secondaire. Sa circulaire du 6 juin 1969 incrimine l'arrêté du 5 juillet 1890 en indiquant qu'il s'agit « d'éluder l'obsession de la note presque aussi pernicieuse que l'obsession de la ''place'' ». Et les enseignants sont invités à abandonner « sans regret » le système de notation mis en place à la fin du XIXième siècle pour revenir à des « appréciations globales » symbolisées par les lettres A,B,C,D accompagnées d'indications détaillées.

Les enseignants, dans leur ensemble, se sont montrés très partagés sur les évolutions, leur ampleur et leur rapidité. Nombre de réformes se sont heurtées à de sérieuses résistances, en particulier celle de la notation ( notamment dans l’enseignement secondaire ). La circulaire ministérielle d'Olivier Guichard du 9 juillet 1971 en tient partiellement compte : « pour les classes d'examen, les résultats seront exprimés sous forme de notes de 0 à 20 sans exclure nécessairement d'autres éléments d'appréciation. En particulier on devra indiquer les notes extrêmes – la plus haute et la plus basse – données dans la division ».

Dans le secondaire, durant ces années post-soixante-huitardes, le SGEN ( le syndicat enseignant qui s’est le plus engagé pour des évolutions éducatives et pédagogiques ) perd nettement des voix, tandis que le syndicat le plus conservateur ( le SNALC ) en gagne – lui - très nettement.

 

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Chacun "apprend", de toute façon, chaque jour de sa vie , qu'on "s'en occupe" ou pas.

La question, c'est "qu'apprend-on, comment, et pourquoi?" On triomphe bien mieux dans la "compétition" pour le fric en magouillant, qu'en se construisant une intelligence bien organisée, et demandeuse de découverttes, riche d'inventions personnelles. En considérant autrui comme ennemi, ou proie, plutôt que comme semblable-différent, vous apportant des points de vue, des talents, autres que les vôtres., et donc indispensable pour concevoir un projet commun et y oeuvrer efficacement. Mais dans ce dernier cas, plus l'autre est "fort", et "autre",mieux cela vaut pour les deux...

Dans l'éducation, aussi, c'est "la politique de l'offre" et de la "valeur" financière qui est choisie.

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