Des antécédents aux mesures possibles d'Emmanuel Macron pour l'Ecole?

Si l'on en croit ce qui est paru dans la presse, elles concerneraient essentiellement le primaire et l'ENA. Elles peuvent avoir des antécédents - directs ou indirects - qui permettent de contribuer à se faire une idée de leur nouveauté, de leur faisabilité, de leur importance.

Moratoire en vue de ne fermer aucun hôpital ni aucune école (avant la fin du quinquennat?)

Le 8 avril 1993, le tout nouveau Premier ministre Edouard Balladur annonce devant l'Assemblée nationale que "toute suppression de services publics en zone rurale sera suspendue pour six mois". Ce délai devra être mis à profit par le gouvernement pour étudier un nouveau dispositif. En réalité, le moratoire va durer plus de cinq ans (durant toute la période où François Bayrou est à la tête du ministère de l'Education nationale.

Le 17 novembre 1998, le Premier ministre Lionel Jospin annonce la fin du gel de la fermeture des services publics en milieu rural devant l'Association des maires de France: "la politique d'aménagement du territoire ne doit pas se traduire par le statu quo en matière d'implantation des services publics. Elle doit tenir compte des mouvements de population et suppose une plus grande coordination entre les acteurs publics [...] Le gouvernement arrêtera dans les prochains mois un dispositif coordonné de pilotage»

Dans une première étape: limitation à 24 maximum du nombre d'élèves dans les classes de grande section de maternelle, du CP et du CE. A moyen terme, renforcer la présence des professeurs d'école pour l'ensemble des classes de maternelle, puis s'attaquer aux classes des écoles élémentaires ( avec pour objectif de s'aligner au minimum sur la moyenne des pays de l'OCDE).

Les évolutions importantes de taux d'encadrement passées montrent que cela prend nécessairement du temps et qu'elles ne peuvent avoir lieu que par des efforts (continus qui plus est...) dans différents domaines (investissements matériels qui ne prennent forme concrète que lentement, formation et financements importants de nouveaux personnels).

Dans le pré-élémentaire public , le nombre d'élèves par classe était en moyenne à hauteur de 43 élèves dans les années 1960. Il est passé de 43 à 30 élèves par classe de 1968 à 1978. Puis de 30 à environ 25 élèves par classe de 1978 à 1998. On est resté à peu près dans cet étiage là depuis.

Dans l'élémentaire, on est passé d'une moyenne de 30 élèves par classe en 1960 à 24 élèves en 1976. Puis on en est resté à peu près là depuis.

Pour ce qui concerne le passage à 24 élèves maximum dans les trois classes du primaire évoquées en première étape, , où en est-on actuellement? Les données statistiques publiées donnent des résultats précis pour la classe de CP (cf la "Note d'information'' n° 17.25 de la Depp): dans l'enseignement public (hors REP), pour la répartition des classes à cours unique: 17% à 26 élèves ou plus, 62 % entre 21 et 25 élèves,.

Dans les écoles publiques, 49% des classes pré-élémentaires, 62% des classes élémentaires et 81 % des classes mixtes accueillent moins de 25 élèves (à la rentrée 2017). Dans les écoles privées sous contrat les proportions sont respectivement de 30%, 37% et 62%. Il reste donc pas mal de chemin à parcourir pour arriver à l'objectif. Il n'est pas évident ( loin s'en faut) que l'on pourra compter pour l'essentiel sur la technique des ''vases communiquants'' ( via le sections de petits et de moyens pour les maternelles, ou via les classe de CE2, CM1 et CM2 ) pour y parvenir...

Suppression de l'ENA? Recours à une solution type l'Ecole de guerre (en réservant l'accès de l'Ecole à des étudiants ayant déjà plusieurs années d'''expérience du terrain'' )?

Par l’arrêté du 8 mars 1848, le gouvernement provisoire avait décidé la création d’une « École d’administration, destinée au recrutement des diverses branches d’administration dépourvues jusqu’à présent d’écoles préparatoires […] établie sur des bases analogues à celles de l’École polytechnique et de l'Ecole militaire ». Hippolyte Carnot, ministre de l’Instruction publique (et l'auteur d'un projet de loi sur l'enseignement primaire proche de ce qui sera voté plus de trente ans plus tard sous Jules Ferry) avait été chargé de procéder à son installation.

Les emplois auxquels les élèves fonctionnaires étaient destinés « ressortissent aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, à celles, plus importantes et plus nombreuses peut-être dans l’avenir qu’aujourd’hui, qui dépendent des ministères de l’Agriculture et des Travaux publics, enfin à toutes celles qui se rapportent aux administrations centrales ».

Jean-Louis Debré vient de prétendre que l'Ecole d'administration créée en mars 1848 dans l'élan de l'institution de la Seconde République a été supprimée par un Empereur, Napoléon III. Par Napoléon-le-petit (à l'instar d'Emmanuel Macron)?

En réalité, sa suppression a été décidée par un vote de l'Assemblée nationale (républicaine) en août 1849, le comte Albert de Falloux (le ministre de l'Instruction publique auteur de la réactionnaire ''loi Falloux'', vilipendée dès cette époque par Victor Hugo lui-même) étant à la manoeuvre . Cette Assemblée et les ministres n'étaient nullement alors à la botte de Louis-Napoléon Bonaparte. Et c'est même pourquoi il a fait un coup d'Etat le 2 décembre 1851 afin d'instaurer l'Empire et son pouvoir personnel. Falloux est arrêté le lendemain du coup d'Etat à cause de son opposition ouverte à Bonaparte. Libéré peu après, il quitte la politique.

Les raisons données par le comte de Falloux lors de la déposition de son projet en faveur de la suppression de la première Ecole d'administration résonnent d'une façon toute particulière dans le contexte actuel:

" Le but avoué du premier projet était d'assimiler les étudiants en droit administratif aux étudiants en sciences exactes et de leur appliquer le régime de l'internat tel qu'il existe déjà pour l'Ecole polytechnique et l'Ecole militaire [...] L'Ecole d'administration telle qu'elle avait été comprise par le Gouvernement provisoire avait pour inévitable résultat d'arracher aux départements des jeunes gens destinés à y rentrer et de commencer leur noviciat par l'isolement des intérêts locaux et des moeurs avec lesquels ils auront plus tard à compter. Le projet de loi actuel maintient à portée des Conseils généraux et des Conseils d'arrondissement l'étudiant destiné plus tard à concerter son action avec le leur ''Exit la première Ecole d'administration centralisée. Le Comte de Falloux propose - et il est suivi par la majorité conservatrice de l'Assemblée nationale - de créer dans des facultés des chaires de droit public et de droit administratif.

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