Les «devoirs faits» de Blanquer: bis repetita?

«Il doit y avoir des devoirs et ils doivent pouvoir être faits au sein de l'établissement grâce à un temps d'étude accompagnée». D'où l'annonce d'un dispositif «devoirs faits» . Mais cela a déjà un passé voire un passif (personnel?).

Interrogé par « Le Point », Jean-Michel Blanquer déplore la « querelle stérile » entre « ceux qui affirment que les devoirs sont indispensables à une qualité de l’apprentissage et ceux qui y voient un risque d’accroissement des inégalités sociales. » Pour le ministre, « les deux ont évidemment raison. Il est important que chaque enfant puisse travailler individuellement, au calme, pour faire des exercices, répéter ses leçons ou exercer sa mémoire et son sens de l’analyse ». Mais il souligne qu' « il est évident aussi qu'il y a des disparités entre les élèves suivant la situation familiale ». Pour lui, il faut donc une « ligne claire: il doit y avoir des devoirs et ils doivent pouvoir être faits au sein de l'établissement grâce à un temps d'étude accompagnée ». Le ministre veut mettre en place un dispositif qui s'appellera "devoirs faits".

Ce ne sera pas obligatoire pour les élèves : ils seront volontaires ou non pour participer à ce dispositif où ils pourront être accompagnés par des professeurs mais aussi par des ''bénévoles'' (c'est-à-dire des retraités, des étudiants, des associations, des jeunes en service civique..). Chaque établissement sera libre de trouver sa solution.

Le point 10 du projet législatif pour l’éducation adopté par l’UMP en 2007 ( pour la législature de 2007 à 2012 ) avait pris un engagement précis : " Organiser des études dirigées dans tous les établissements après 16 h 30 pour les familles qui le souhaitent ".

Que se passe-t-il ensuite, une fois les élections gagnées ? Le 19 juillet 2007, le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos précise ce qui va être engagé. « Aujourd’hui, dit-il, de nombreux enfants et jeunes adolescents se retrouvent livrés à eux–mêmes en fin d’après-midi dans l’attente du retour de leurs parents. Après les cours, à l’heure du goûter, ils ne trouvent pas chez eux l’aide dont ils auraient besoin pour faire leurs devoirs et progresser. Pendant ce temps, d’autres enfants peuvent profiter de la présence et de l’assistance de leur entourage familial ou de répétiteurs particuliers pour réviser leurs leçons et acquérir les savoirs inscrits dans les programmes scolaires. Cette asymétrie est porteuse d'injustices [...]. Il convient de repenser le temps scolaire pour répondre à l'attente des familles et aux évolutions sociales contemporaines. Il faut surtout rétablir l’équité par un effort volontariste […] Aujourd’hui l’école doit ouvrir ses portes, après les cours, à ceux que le Président de la République a appelé les ‘’orphelins de 16 heures’’ »

C’était un diagnostic non dénué de fondement. Mais on peut aussi aller plus loin en prenant conscience d’un paradoxe très fâcheux quand on y pense, à savoir que la ‘’démocratisation’’ du secondaire s’est accompagnée de la quasi disparition des études dirigées qui constituaient pourtant un dispositif essentiel de l’enseignement secondaire sous la troisième République, voire même sous la quatrième République ; et cela alors même que cet enseignement secondaire ne s’adressait à cette époque qu’à une élite très sélectionnée ( moins de 5% d’un classe d’âge sous la troisième République, moins de 10% d’une classe d’âge sous la quatrième République ). Il y avait pourtant alors un fort dispositif d’études dirigées (par un corps de ‘’maîtres-répétiteurs’’) en direction non seulement des élèves internes, mais aussi des demi-pensionnaires et des externes. Et ce corps a disparu (ainsi que la quasi totalité du dispositif d’études dirigées) lors de la première vague de la ‘’massification ‘’de l’Ecole, qui a d’abord concerné le collège.

Le moins que l’on pourrait faire pour l’avenir, ce serait de s’interroger sur le paradoxe de cette évolution, et reconsidérer les temps et les aides aux apprentissages et aux ‘’devoirs’’ pour tous. Pour tous.

Force est pourtant de constater que, malgré les promesses électorales et les considérations émises par le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos, ce qui est mis en place à la rentrée 2007 est un dispositif d’ "accompagnement éducatif " limité pour l’essentiel aux collèges d’éducation prioritaire, même si le principe de l’étendre à l’ensemble des collèges a été prise à la rentrée 2008 (en fonction des opportunités, et sur la base du volontariat ).

Mais non sans difficultés ou obstacles. Par exemple, en Seine-Saint-Denis, une circulaire communiquée aux établissements à la veille de la rentrée scolaire de septembre 2010 annonce une limitation du financement à 300 heures supplémentaires par collège au titre de l’ " accompagnement éducatif ". Alors que, selon Clément Dirson, secrétaire du SNES-FSU de Seine-Saint-Denis, « les montants de l’année précédente atteignaient ou dépassaient fréquemment 1000 ou 1200 heures ». Par ailleurs le vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, assure que le ministère de l’Education nationale « supprime quasi intégralement les moyens alloués » à ce dispositif « utile et qui a fait ses preuves ».

Passé voire passif ? Le 23 décembre 2009, Jean-Michel Blanquer est devenu directeur général de l'enseignement scolaire (DGESCO) du sarkoziste Luc Chatel au ministère de l'Education nationale. Il était auparavant recteur de l'Académie de Créteil depuis mars 2007.

 

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