Vers quelle fin du brevet?

Le 4 juin dernier, Blanquer a annoncé une énième réforme du brevet pour 2021. Le report des épreuves du brevet donne l'occasion l'occasion à certains de reposer l'opportunité d'épreuves terminales pour cet examen «instable» aux finalités incertaines comme le montrent son histoire et ses tribulations récentes.

Au XIXème siècle, le « brevet » est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est «  en capacité » de devenir maître (ou maîtresse) d’école, et plus généralement un examen qui est  parfois requis (directement ou indirectement) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers.

Au cours du temps, le lien du « brevet » avec l’accès à certaines professions s’est  nettement distendu. En 1947, dès le début de la forte augmentation du taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire qui commence sous la Quatrième République, le « brevet » est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » (BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout , à savoir un examen qui scande un cursus scolaire - celui du secondaire - désormais clairement constitué de deux ‘’’cycles’’. Mais ce n’est nullement une condition pour passer en classe de seconde. C’est tellement vrai que l’on peut avoir la disposition inverse : ainsi, il est décidé en 1978 que les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont pas besoin de passer les épreuves du brevet pour l’obtenir.

A partir de 1981, le diplôme - désormais intitulé « brevet des collèges » - est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.

En 1986, un « examen écrit » (en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique) est réintroduit par le ministre de l’Education Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.

En 1988, pour l’essentiel sur cette base, le « diplôme national du brevet » est créé avec trois séries ( collège, technologiques et professionnelles). En 2001, prise en compte d’options facultatives. En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la note de vie scolaire ; le « contrôle continu » ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national (auparavant, il y avait des sujets différents par région ; ils sont désormais nationaux, mais les barèmes de correction restent définis localement). En 2008, l’obtention du brevet est aussi conditionnée par celle du Brevet informatique et internet (B2I) et du niveau A2  (du Cadre européen de références pour les langues) dans une langue vivante. En 2010, une nouvelle option est ajoutée : l’histoire des arts (une épreuve orale devant un jury de 2 à 3 personnes, dont un professeur d’art plastique ou de musique).

Depuis l’année 2012, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » ( ui correspond à la fin de la classe de troisième) est obligatoire. Cette attestation est renseignée dès la classe de quatrième par les professeurs principaux, après concertation avec les équipes pédagogiques lors d’un conseil de classe ou à tout moment approprié. En classe de troisième, lors du conseil de classe du troisième trimestre, le chef d’établissement valide ou non l’acquisition du socle commun.

In fine, comme l'a écrit François Jarraud dans Le Café pédagogique du 4 juin dernier, "on ne sait pas exactement ce qui est évalué vraiment au brevet. Le ministre Jean-Michel Blanquer n'a pas su trancher entre la formule de l'examen final national et celle de la validation du socle commun. Résultat il a additionné les deux en renforçant, c'était le but de sa réforme de 2017, la poids de l'examen final. A l'issue du brevet, personne ne peut dire vraiment quel est le niveau des candidats ! L'examen final n'a un impact réel que sur les élèves faibles  lors de l'évaluation du socle. Pour ces élèves, peut-être les seuls pour qui le brevet serait peut-être le dernier diplôme, l'examen final est un couperet qui ne leur laisse aucune chance. Pour les autres, c'est une simple formalité.  Ajoutons que cet examen qui pèse sur les élèves ne décide pas de leur orientation et délivre un diplôme qui n'est pas reconnu hors de l'école. Pour ces raisons, réformer le brevet semble incontournable. Jean-Michel Blanquer tire au moins les conséquences de la réforme ratée de 2017. Mais il ouvre un chantier dont on ne sait pas encore s'il sera petit ou grand. Petit chantier si le ministre envisage juste de modifier à nouveau le calcul de points pour pencher une peu plus vers l'évaluation du socle ou vers l'examen final. Grand chantier si la réforme du brevet est l'occasion de poser la question de ce qu'on évalue vraiment à la fin de l'enseignement obligatoire". 



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