C'était il y a tout juste 190 ans, le 26 août 1824. Certains voient dans cette dénomination le signe d'une priorité accordée d'abord à « l'instruction » avant celle qui se serait imposée ensuite, à savoir une priorité donnée à « l'éducation ». Et, de fait, le ministère dévolu à l'Ecole ne sera appelé ministère de «  l'Education nationale » qu'en 1932.

Mais cela ne signifie pas du tout qu'en réalité l'Ecole est passée de ''l'instruction'' à ''l'éducation'' (de ''l'instructif'' à ''l'éducatif'') si l'on regarde de près ce qui a eu lieu (contrairement à ce qui a été soutenu par quelques ''étourdis'', tels Jean-Claude Milner dans son célèbre pamphlet « De l'Ecole » paru en 1984, ou encore récemment Natacha Polony par exemple).

Le premier ministère de plein exercice dévolu à l'Ecole a d'ailleurs été institué en pleine période ''ultra-royaliste'' et ''cléricale'' par l'ordonnance du 26 août 1824 qui crée un « ministère des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique » confié à...un évêque (Mgr Denis Frayssinous, qui était déjà le « grand-maître de l'Université », la supervision de l'Ecole étant alors jusque là intégrée au ministère de... l'Intérieur). Il y allait de ce que l'on appelait le ''gouvernement des esprits''.

Et si la dénomination '' instruction publique'' a alors été préférée à celle d'''éducation nationale'', c'est parce que ce dernier intitulé renvoyait pour l'essentiel au moment le plus révolutionnaire de la Révolution française (et ceci aussi a du sens...).

La dichotomie éducation-instruction (même si elle ne peut jamais être tenue jusqu’au bout) a en effet structuré en profondeur depuis la Révolution française le débat public sur l'Ecole, et on peut la saisir au mieux dans son sens originel par l’intervention emblématique de Rabaut Saint-Etienne devant la Convention en décembre 1792 : « Il faut distinguer l’instruction publique de l’éducation nationale. L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit ; l’éducation nationale doit former le cœur ; la première doit donner des lumières et la seconde des vertus; l’instruction publique est le partage de quelques-uns ; l’éducation nationale est l’aliment nécessaire à tous. Elles sont sœurs , mais l’éducation nationale est l’aînée  ».

Si l'on doutait encore de l'option ''éducative'' (et même'' ultra-éducative'') de la création du ministère de l' «Instruction publique » (en dépit de son intitulé), le mieux est alors de suivre son premier titulaire, Monseigneur Frayssinous, dans sa première circulaire aux recteurs, on ne peut plus révélatrice : « Sa Majesté, en appelant à la tête de l'Instruction publique un homme revêtu d'un caractère sacré, fait assez connaître à la France entière combien elle désire que la jeunesse de son royaume soit élevée dans des sentiments religieux et monarchistes ». Et l'évêque se fait menaçant : « celui qui aurait le malheur de vivre sans religion ou de ne pas être dévoué à la famille régnante devrait bien sentir qu'il lui manque quelque chose pour être un instituteur de la jeunesse ».

PS: Situation inédite à'' l'Education nationale''. Jusqu'ici tous les ministres de l'Education nationale de la cinquième République ( 24 en tout) ont fait au moins une rentrée scolaire, même les trois qui ont duré moins d'un an: Jean Berthoin ( 1er juin 1958 au 8 janvier 1959), Edgar Faure ( 13 juillet 1968 au 21 juin  1969) et Jack Lang ( 4 avril 1992 au 29 mars 1993).

 

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