Un examen de passage pour la sixième?

En mal de reconnaissance et de «distinction», Jean-François Copé s’est dépêché d’avancer «une idée forte» (mais singulièrement régressive) en vue de la réunion mardi prochain de son club de réflexion Génération France, qui sera focalisée sur l’enseignement primaire, avant la convention de l’UMP sur le thème du Tout commence par l’éducation qui aura lieu le 3 novembre.

En mal de reconnaissance et de «distinction», Jean-François Copé s’est dépêché d’avancer «une idée forte» (mais singulièrement régressive) en vue de la réunion mardi prochain de son club de réflexion Génération France, qui sera focalisée sur l’enseignement primaire, avant la convention de l’UMP sur le thème du Tout commence par l’éducation qui aura lieu le 3 novembre.

Dans le journal " Le Parisien " du 24 octobre, Jean-François Copé a annoncé qu’il veut " défendre une idée forte : l’entrée au collège ne doit se faire que pour l’enfant qui maîtrise totalement les savoirs fondamentaux ". " Mon idée – ajoute-t-il – est de créer un examen de fin de CM2, d’évaluation des enfants. Ce serait un examen de passage en sixième ".

 

Mais cela a déjà existé dans le passé. Or l’ " examen d’entrée en sixième " ( qui est une référence plus ou moins mythique dans notre mémoire de l’Ecole républicaine ) a finalement duré fort peu de temps ( à l’échelle de l’histoire ) puisqu’il n’est apparu que vers la fin de la troisième République et qu’il a disparu dès la fin de la quatrième République.

 

Il a été créé par deux arrêtés successifs ( du 1° septembre 1933 et du 13 février 1934 ) à la suite de la décision de rendre progressivement gratuit l’accès aux classes de l’enseignement secondaire des lycées et collèges publics ( car, on l’oublie trop souvent, Jules Ferry avait institué la gratuité de l’enseignement primaire public, mais non celle du secondaire public : les enfants du peuple d’une part, les enfants de privilégiés d’autre part… ). A la " barrière de l’argent " qui jusque là limitait l’accès à l’enseignement secondaire aux classes socialement favorisées ( à l’exception des rares boursiers triés sur le volet par des concours de bourses difficiles ) est substituée une autre " barrière " ( un examen d’entrée ), car il n’est pas envisagé un seul instant que l’école de l’élite ( le secondaire ) soit submergée par l’entrée massive des enfants du peuple.

 

Le décret du 23 novembre 1956 supprime " l’examen d’entrée en sixième pour les élèves de l’enseignement public dont les résultats de la dernière année scolaire auront été égaux ou supérieurs à la moyenne ".

On est alors dans une période où l’on considère que l’âge de la fin de la scolarité obligatoire doit être repoussé. C’est décidé finalement par Ordonnance en 1959 ( dès le début de la Cinquième République ) : il est prévu que les enfants ayant six ans cette année là auront obligatoirement deux années de scolarisation supplémentaire. Et, en 1963, la réforme Cappelle-Fouchet, très fermement soutenue par Charles de Gaulle, institue le collège d’enseignement secondaire ( le CES ) par lequel doivent désormais transiter tous les élèves de 11-12 ans à 15-16 ans.

 

C’est dire si la proposition de Jean-François Copé va à contre-courant de la politique scolaire gaullienne !

Elle va aussi à contre-courant de la loi d’orientation ( dite loi Fillon ) de 2005 qui a inscrit pour la première fois " le collège " ( avec " le primaire " ) dans une même entité : " l’Ecole obligatoire ".

Elle va aussi en sens contraire de la plupart des pays de l’OCDE qui obtiennent de bons résultats aux évaluations ‘’PISA’’, et qui mènent une politique de forte continuité entre le primaire et le collège.

On ferait mieux d’aller dans ce sens-là, tout revalorisant à bien des égards le moment du primaire ( l’élève français de l’enseignement élémentaire coûte 15% de moins que celui de la moyenne des pays de l’OCDE ) en accordant une attention toute particulière au moment des premiers apprentissages.

 

A ce sujet, on est à l’heure des choix résolument prioritaires ( en évitant le piège de vouloir ‘’contenter tout le monde’’ ). Et cela me paraît personnellement de bon augure que le projet actuel du PS pour l’éducation, indique que "le premier cycle des apprentissages nécessite un engagement particulier : classe à petits effectifs là où cela est nécessaire, renfort éventuel d’un deuxième professeur dans certaines classes pour personnaliser l’enseignement, etc ( après avoir affirmé que " l’école primaire est scandaleusement sous-dotée en France. C’est pourtant là que l’essentiel se joue, là qu’il faut intervenir pour combattre l’échec scolaire. C’est donc là qu’il faut concentrer les moyens " ).

 

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