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Billet de blog 25 oct. 2013

"L'identité malheureuse" et "Astérix chez les Pictes"

Alain Finkielkraut vient de sortir « L'identité malheureuse », et les albums d' Astérix survivent à leurs créateurs avec la parution d' « Astérix chez les Pictes ».Triomphe des problématiques de ''l'identité''?

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Alain Finkielkraut vient de sortir « L'identité malheureuse », et les albums d' Astérix survivent à leurs créateurs avec la parution d' « Astérix chez les Pictes ».Triomphe des problématiques de ''l'identité''?

 Dans son dernier livre qui vient de paraître chez Stock, Alain Finkielkraut centre son propos sur la question redoutable et controversée (voire ambiguë) de "l'identité nationale'' qu'il estime malmenée et peu défendue ( en citant notamment Renan, Barrès, Péguy et Jules Ferry).

Le premier album, « Astérix le Gaulois » est paru en 1959 et l'essentiel est déjà en place : d' « irréductibles Gaulois » défendent leur village et leurs façons de vivre ( leur ''particularismes'', leur ''culture propre'', leur ''identité particulière'' ) contre non seulement les Romains mais aussi les tentations ou les tentatives ''gallo-romaines''.

On est à l'opposé de la tradition historiographique des manuels d'histoire de l'école primaire de la troisième République, et en particulier de leur 'best seller'' , les « Petites histoires de France » d'Ernest Lavisse.

 Première leçon de son « Histoire de France pour le cours élémentaire"( parue en 1883, en pleine période ''ferryste'') : « Autrefois, notre pays s'appelait la Gaule. Vous voyez en haut à droite de la page un Gaulois. Il a les cheveux très longs. Son manteau est fait d'une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c'est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n'ira pas à l'école pour une bonne raison : c'est qu'il n'y a pas d'écoles en Gaule. Vous, vous ne voudriez pas être ignorants comme ces petits-là »

 Deuxième leçon : « Vous voyez maintenant une ville gauloise . Vous devez être étonnés de voir une si belle ville en Gaule, car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable ! Des enfants vont à l'école. Ils sont sérieux comme de petits hommes et bien habillés . Voilà bien des changements. Mais qu'est-il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les Gaulois étaient très intelligents. Ils apprirent à faire tout ce que faisaient les Romains. Alors ils bâtirent de belles villes. Ils s'habillèrent comme les Romains . Et les enfants allèrent à l'école ».

 On a beaucoup glosé sur les manuels d'histoire (en métropole et hors métropole) commençant par « nos ancêtres les Gaulois ». Mais le mythe fondateur (d'une politique foncièrement ''assimilatrice'') est en réalité ''gallo-romain'' : le passage de ''la sauvagerie'' à ''la civilisation'' dans un cadre national, à l'opposé des ''irréductibles Gaulois'' des albums d'Astérix. Et des problématiques ''identitaires''?

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