Par tous les saints, ça balance pour les vacances!

La question de la durée des vacances de la Toussaint est un bon révélateur des politiques scolaires qui entendent tenir compte d'expertises établies ou bien qui n'en ont cure. D'un côté Chevènement, Jospin et Peillon. De l'autre côté Bayrou et Blanquer notamment.

Au début du XIX° siècle, les ‘’grandes vacances’’ de l’enseignement secondaire allaient du 15 août au 1er octobre. A partir de l’établissement de la troisième République, ces ‘’grandes vacances’’ vont débuter de plus en plus tôt dans l’année (et durer plus longtemps ). En 1875, il est décidé qu’elles commenceront désormais le 9 août ; puis, à partir de 1891, le 1er août. En 1912, le début des ‘’grandes vacances’’ est avancé au 14 juillet, mais elles finissent toujours le 1er octobre. En 1959, les grandes vacances sont déplacées dans leur ensemble de deux semaines : elles commencent plus tôt (le 1er juillet) et finissent plus tôt (à la mi-septembre ). Comme le premier trimestre s’est du coup allongé, il est décidé que 4 jours seront libérés à la Toussaint pour qu’il y ait une ‘’petite coupure’’.

Il faut attendre le début des années 80 pour que l'on commence à réellement écouter des chrono-biologistes et des médecins pédiatres. Il faut savoir que les spécialistes de l’étude des rythmes biologiques et psychologiques sont formels : « Pour que les écoliers profitent pleinement de leurs vacances, deux semaines sont nécessaires [ … ]. Les deux semaines sont encore plus bénéfiques lorsqu’elles se trouvent dans les périodes de l’année reconnues comme difficiles à vivre :fin octobre-début novembre et fin février–début mars » (« L’enfant et ses rythmes », François Testu et Roger Fontaine, Calmann-Lévy, 2001, p 108 ). Et il est recommandé (hors grandes vacances scolaires) une alternance de sept semaines de travail scolaire et de deux semaines de vacances

Cela se traduit finalement par un grand changement dans le calendrier scolaire de l’année 1986-1987 décidé après consultation par le ministre de l’Education nationale Jean-Pierre Chevènement. La rentrée est fixée au 3 septembre ; les vacances de la Toussaint du 25 octobre au 6 novembre ; les vacances d’hiver (2 zones) du 14 février au 2 mars ou du 21 février au 9 mars ; les vacances de printemps (2 zones) du 11 avril au 27 avril ou du 18 avril au 4 mai ; les vacances d'été du 30 juin au 3 septembre.

Ce « calendrier presque trop parfait » selon certains ne durera qu’un an ( le ministre suivant, René Monory, venant de l’Industrie et du Commerce, et ayant d’autres ''priorités''... ).

Nouveau changement de cap avec Lionel Jospin, ministre de l’Education nationale. Sa loi d’orientation promulguée le 14 juillet 1989, qui a pour ambition de mettre l’école « au service de l’élève », n’ignore évidemment pas la question des « rythmes scolaires » et fixe pour objectif le rééquilibrage de « la journée, la semaine, l’année ». La moindre des choses, dans ce cadre, est de revenir au calendrier scolaire qui avait été décidé par Jean-Pierre Chevènement en janvier 1986. Effectivement, dès juin 1989, Lionel Jospin fait adopter au Conseil supérieur de l’éducation, et à l’unanimité (notamment des représentants des parents d’élèves et des enseignants), un calendrier triennal fondé sur l’alternance de sept semaines de travail et de deux semaines de congé. Les congés de la Toussaint sont fixés à nouveau à deux semaines.

Mais en 1994, le ministre de l'Education nationale François Bayrou (qui s’était pourtant targué devant le congrès de la Fédération de parents d’élèves ‘’PEEP’’ d’être du « parti des enfants ») modifie le calendrier scolaire en réduisant la durée des vacances de la Toussaint et en créant un congé de quelques jours à l’Ascension. En contradiction formelle avec les recommandations des spécialistes des « rythmes scolaires ».

Le 8 juin 2012, le Conseil supérieur de l’Education formule un avis en faveur de rythmes réguliers et équilibrés tout au long de l’année avec une succession de 7 semaines d’école et de deux semaine de vacances. Dans une interview au quotidien « l’Est républicain » du 14 juin, le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon indique qu’il n’est pas « hostile à respecter l’avis du Conseil supérieur de l’Education pour le calendrier 2012 et d’instituer deux semaines de vacances à la Toussaint». Il s’attire les foudres de deux grands spécialistes de l’enfance et des intérêts des jeunes élèves (Jean-François Coppé et Rachida Dati), et quelques ''frottements'' avec le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Vincent Peillon tient bon en se fondant notamment sur les recommandations réitérées des chronobiologistes ; et la durée des vacances de la Toussaint est à nouveau de deux semaines.

Point final ? Non! Jean-Michel Blanquer a relancé le débat (d'où le tohu bohu actuel) en faisant preuve d'un ''égocentrisme'' stupéfiant. Le 31 juillet dernier, le ministre de l'Education nationale a déclaré en effet et tout de go sur BFM : « Si vous prenez le cas des vacances de la Toussaint, qui durent depuis quelques années deux semaines, personnellement, ça m’a toujours semblé un peu long. D’autant plus que j’ai constaté que c’était un facteur de décrochage pour certains élèves au cours du premier trimestre ».

Il a « constaté » ! Quand, comment ? Mystère (d'autant qu'il n'a jamais été professeur autrement qu'à l'université). Jean-Michel Blanquer se targue d'avoir pour originalité de fonder ses décisions sur des expertises établies ou la science. Maintenant il la fait ! On aura décidément tout vu... Mais cela devrait ouvrir les yeux de certains, qui prennent les ''déclarations de principe'' (d'une soi-disante nouvelle façon de décider de nouvelles politiques scolaires) de ''Jean-Michel'' pour argent comptant.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.