«Séparatisme». Quid de certains établissements hors contrat catholiques ou juifs?

Le «séparatisme» est un syntagme utilisé actuellement par le chef de l'Etat qui vise avant tout certains dispositifs d'obédience musulmane. Peut-il être limité à cela si l'on prend connaissance de certains éléments pointés dans un ouvrage qui vient de paraître: «Refus et refusés d'école» ? Rien n'est moins sûr.

Cet ouvrage, issu d'un colloque tenu à Amiens en 2017, est paru en janvier 2020 aux Editions universitaires de Grenoble. Le chapitre 6 intitulé: "L'enseignement privé scolaire hors contrat: refuge ou refus d'école'' retient tout particulièrement l'attention. Son auteur- Bruno Poucet - est un historien de l'éducation reconnu, notamment sur l'enseignement privé.

Après avoir pris soin de préciser que "le hors contrat est un véritable kaléidoscope des interrogations de l'école dans la mesure où les refus de l'école traditionnelle reposent sur des raisons extrêmement différentes", Bruno Poucet conclut "la plupart de ces écoles, que les pratiques pédagogiques soient novatrices ou conservatrices, sont souvent liées à un projet clairement identifiable de mise en cause du caractère public de l'école, de refus de faire société avec tous, de vivre ensemble. Ce qui est nouveau, c'est que désormais une organisation nationale existe; cela devient en ce sens non plus un projet pédagogique mais un projet quasi politique" ( p. 103)

Et ce qu'il pointe (en termes parfois tranchants, ce qui est inhabituel pour lui) peut être très significatif voire préoccupant.

"Le réseau catholique de la ''tradition'' ( p. 97)

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (catholiques intégristes en dissidence avec l'Eglise catholique conciliaire) estime être porteuse de la ''tradition''. Elle est depuis les années 1970 à l'origine de la création d'environ 35 écoles et de 15 collèges, ce qui représente 4000 à 5000 élèves. Ces écoles ont de fortes caractéristiques idéologiques, à la limite sectaires, et tiennent souvent des discours radicaux: reconstruction par la base d'une France chrétienne [...]. Ces écoles rejettent la mixité dès l'âge de 10 ans [...]. Elles refusent le principe de la laïcité et en appellent à la résistance à la sécularisation de la société française"

"Le réseau juif (pp.97 et 98)

Le réseau juif s'est essentiellement développé en région parisienne à partir des années 1980: les attentats, l'antisémitisme, la volonté d'entre-soi social, de réussite scolaire, la place donnée au religieux ont renforcé le poids des écoles juive. Ce sont les courants juifs ultra-orthodoxes des haredi et des loubavitch qui ont développé ce type d'établissements (15 groupes scolaires regroupant environ 8000 élèves). Ils regrettent , en effet, que l'on soit passé, en acceptant le système du contrat, d'une école juive à une école pour les juifs; en résumé que la sécularisation a fait, là aussi, son entrée. Elles sont donc très conservatrices et à la limite aussi du sectarisme [...]. Le poids de la religion et de la cutlure juive est très fort: la moité du temps est consacrée à l'apprentissage de la culture juive - apprentissage de l'hébreu, de la Thorah et du Talmud, respect des pratiques religieuses. D'autres particularités font d'elles des cousines germaines des établissements catholiques de ''tradition'': absence de mixité dès le CP, tenue vestimentaire distincte entre garçons (costume noir, port obligatoire de la kippa) et filles (jupes longues)''

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