Une circulaire de rentrée en forme de lettre

Comme le souligne à juste titre François Jarraud dans un « flash spécial » du « Café pédagogique », « la forme n'est pas sans arrière pensée historique. La "lettre" de Vincent Peillon fait écho à celle de Jules Ferry. C'est que Vincent Peillon est un grand connaisseur de Ferdinand Buisson, le principal collaborateur de Ferry. Et le vocabulaire de la Lettre, celui des discours de V. Peillon, l'idée même de la "refondation", montrent que le ministre veut inscrire son action dans cet univers historique ».

Comme le souligne à juste titre François Jarraud dans un « flash spécial » du « Café pédagogique », « la forme n'est pas sans arrière pensée historique. La "lettre" de Vincent Peillon fait écho à celle de Jules Ferry.
C'est que Vincent Peillon est un grand connaisseur de Ferdinand Buisson, le principal collaborateur de Ferry. Et le vocabulaire de la Lettre, celui des discours de V. Peillon, l'idée même de la "refondation", montrent que le ministre veut inscrire son action dans cet univers historique ».

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Comme l’a déjà souligné  François Hollande dans son discours de février dernier à Orléans, la « refondation de l’Ecole républicaine » ne doit pas être confondue avec on ne sait quelle « restauration » phantasmée ( elle-même le fruit de malentendus voire de manipulations de certains ), en particulier en matière de pédagogie. Rien à voir avec les ‘’restaurations’’ qui furent invoquées en leur temps par notamment Jean-Pierre Chevènement. Et pour cause. Car Vincent Peillon est – lui - suffisamment informé et de première main pour ne pas croire un seul instant à l’opposition entre « République » et « pédagogie », entre  ‘’républicains’’ et ‘’pédagogues’’ ( si l’on se réfère aux grands républicains qui ont fondé l’Ecole de la République, à commencer par Jules Ferry lui-même ).

Jules Ferry au Congrès pédagogique des inspecteurs primaires du 2 avril 1880 :
« Nous voulons des éducateurs ! Est-ce là être trop ambitieux ? Non. Et je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, ces méthodes qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien, au lieu de l’enfermer dans des formules dont il ne retire que de l’ennui, et qui n’aboutissent qu’à jeter dans ces petites têtes des idées vagues et pesantes, et comme une sorte de crépuscule intellectuel. .Ces méthodes qui sont celles de Froebel et de Pestalozzi, ne sont praticables qu’à une condition : à savoir que le maître, le professeur, entre en communication intime et constante avec l’élève ».
C’est ainsi que l’on peut entendre Jules Ferry déclarer en plein congrès pédagogique des instituteurs de France du 19 avril 1881 qu’il s’agit d’abord de changer l’esprit de l’enseignement «  contre – dit-il -  la discipline mécanique de l’esprit ». Et Jules Ferry prend pour exemple l’enseignement ‘’basique’’ par excellence, l’apprentissage de la lecture. « Les hommes d’ancien régime dans l’enseignement primaire sont un peu surpris de ce que nous entreprenons ; ils sont même un peu choqués […].Il se peut que l’éducation que nous voulons donner dès la petite classe nuise un peu à ce que j’appelais tout à l’heure la discipline mécanique de l’esprit. Oui, il est possible qu’au bout d’un an ou deux, nos petits enfants soient un peu moins familiers avec certaines difficultés de lecture ; seulement, entre eux et les autres, il y a cette différence : c’est que ceux qui sont plus forts sur le mécanisme ne comprennent rien à ce qu’ils lisent, tandis que les nôtres comprennent. Voilà l’esprit de nos réformes » (Tome IV des « Discours et opinions de Jules Ferry » publiés chez Armand Colin en 1896 par Paul Robiquet, p. 250 ).
Des années plus tard, dans une lettre adressée en 1887 au directeur de la « Revue de l’enseignement secondaire et supérieur », Jules Ferry persiste et signe en attirant l’attention sur ce qui est à ses yeux essentiel, tout en notant une certaine difficulté de bon nombre d’enseignants de l’enseignement secondaire à mettre en œuvre l’orientation pédagogique préconisée  : « La réforme de 1880 [ qui concerne l’enseignement secondaire] subsistera dans ses grandes lignes. Il y faut distinguer deux choses : les programmes et les méthodes. Les programmes des classes ne sont qu’une façade : on a le droit de les trouver surchargés, démesurés, encyclopédiques ; on s’efforce avec raison de les alléger. Mais les programmes ne valent que par la méthode : c’est là la réforme même. Il faut donc se fixer sur la Note dont le Conseil supérieur a fait suivre les programmes de 1880. On pourra modifier les programmes, on ne mordra pas sur les prescriptions si claires de cette Note qui renferment en quatre pages toute la substance des controverses pédagogiques soulevées depuis vingt ans, sur ces instructions, à la fois pratiques et philosophiques, qui marquent si nettement la différence entre l’esprit ancien et l’esprit nouveau […]. Oui, vraiment, tout est là. Car les nouvelle méthodes […] fortifient la classe de tout ce qu’elles enlèvent aux routines, aux analyses à outrance, à tous les exercices mécaniques et surannés. A des méthodes nouvelles, il faut des maîtres nouveaux.  Pourquoi ne pas le dire ? C’est la résistance du corps enseignant de l’enseignement secondaire qui a, jusque là, compromis la réforme »..
 

 

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