Les orphelins de 16 heures abandonnés par Sarkozy?

Il avait beaucoup promis. Peu tenu. Et cela empire.

Il avait beaucoup promis. Peu tenu. Et cela empire.

Au début de la campagne de la dernière présidentielle, le 25 octobre 2006, Nicolas Sarkozy a plaidé sur TF1 pour une généralisation des études surveillées : «Je souhaite qu’on généralise les études à l’Ecole pour que l’ensemble des familles de France puissent venir chercher leurs enfants une fois les devoirs faits, à 18 heures». Et il a évoqué alors ces «orphelins de 16 heures qui se trouvent libérés de leurs obligations scolaires, collèges et lycées, parce que c’est terminé, et qui ne rentrent pas tous spontanément chez eux pour faire leur travail».

 

Le point 10 du projet législatif pour l’éducation adopté par l’UMP en 2007 ( pour la législature de 2007 à 2012 ) est un engagement précis en ce sens, mais plus fort encore ( études dirigées et non pas simplement surveillées ) : " Organiser des études dirigées dans tous les établissements après 16 h 30 pour les familles qui le souhaitent ".

 

Que se passe-t-il ensuite, une fois les élections gagnées ? Le 19 juillet 2007, le ministre de l’Education nationale Xavier Darcos précise ce qui va être engagé ( dans des limites bien plus étroites que ce qui avait été promis ) tout en développant un argumentaire moins fruste que celui de Nicolas Sarkozy." Aujourd’hui, dit-il, de nombreux enfants et jeunes adolescents se retrouvent livrés à eux–mêmes en fin d’après-midi dans l’attente du retour de leurs parents. Après les cours, à l’heure du goûter, ils ne trouvent pas chez eux l’aide dont ils auraient besoin pour faire leurs devoirs et progresser. Pendant ce temps, d’autres enfants peuvent profiter de la présence et de l’assistance de leur entourage familial ou de répétiteurs particuliers pour réviser leurs leçons et acquérir les savoirs inscrits dans les programmes scolaires. Cette asymétrie est porteuse d'injustices [...]. Il convient de repenser le temps scolaire pour répondre à l'attente des familles et aux évolutions sociales contemporaines. Il faut surtout rétablir l’équité par un effort volontariste […] Aujourd’hui l’école doit ouvrir ses portes, après les cours, à ceux que le Président de la République a appelé les ‘’orphelins de 16 heures’’ ".

 

C’était un diagnostic non dénué de fondement. Mais on peut aussi aller plus loin en prenant conscience d’un paradoxe très fâcheux quand on y pense, à savoir que la ‘’démocratisation’’ ( ou plutôt la ‘’massification’’ ) du secondaire s’est accompagnée de la quasi disparition des études dirigées qui constituaient pourtant un dispositif essentiel de l’enseignement secondaire sous la troisième République, voire même sous la quatrième République ; et cela alors même que cet enseignement secondaire ne s’adressait alors qu’à une élite très sélectionnée ( moins de 5% d’un classe d’âge sous la troisième République, moins de 10% d’une classe d’âge sous la quatrième République ). Il y avait pourtant alors un fort dispositif d’études dirigées ( par un corps de ‘’maîtres-répétiteurs’’ ) en direction non seulement des élèves internes, mais aussi des demi-pensionnaires et des externes. Et ce corps a disparu ( ainsi que la quasi totalité du dispositif d’études dirigées ) lors de la première vague de la ‘’massification ‘’de l’Ecole, qui a d’abord concerné le collège.

Le moins que l’on pourrait faire pour l’avenir, ce serait de s’interroger sur le paradoxe de cette évolution, et reconsidérer les temps et les aides aux apprentissages et aux ‘’devoirs’’ pour tous. Pour tous.

 

Force est pourtant de constater que, malgré les promesses électorales et les considérations émises par le ministre de l’Education nationale, ce qui est mis en place à la rentrée 2007 est un dispositif d’ "accompagnement éducatif " limité pour l’essentiel aux collèges d’éducation prioritaire, même si le principe de l’étendre à l’ensemble des collèges a été prise à la rentrée 2008 ( en fonction des opportunités, et sur la base du volontariat ).

Dans une interview parue dans le journal " Le Monde " du 10 mars dernier, j’ai déjà relevé ce qui me paraît constituer un autre paradoxe ( de même sens d’ailleurs ) à savoir que c’est au lycée que l’on vient de décider la mise en place – pour tous - de deux heures d’accompagnement ( pour des élèves, donc, qui ont déjà subi une certaine sélection ) alors que ce n’est pas le cas pour les élèves de la scolarité obligatoire ( où cela ne concerne, par principe, que certains d’entre eux )… Le ministère ( interrogé là dessus par " Le Monde ", et sur ce ‘’paradoxe’’ ) avait bien voulu reconnaître que le dispositif avait besoin d’être repensé pour le collège…

 

Mais, à l’évidence, on n’en prend pas le chemin ; bien au contraire, si l’on en juge par ce qui se passe en Seine-Saint-Denis. Une circulaire communiquée aux établissements à la veille de cette rentrée scolaire a annoncé une limitation du financement à 300 heures supplémentaires par collège au titre de l’ " accompagnement éducatif ". Alors que, selon Clément Dirson, secrétaire du SNES-FSU de Seine-Saint-Denis, " les montants de l’année précédente atteignaient ou dépassaient fréquemment 1000 ou 1200 heures ". Par ailleurs le vice-président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, assure que le ministère de l’Education nationale " supprime quasi intégralement les moyens alloués " à ce dispositif " utile et qui a fait ses preuves ". Où va-t-on, si l’on en est là, et dans ce département ?

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