claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

740 Billets

1 Éditions

Billet de blog 27 avr. 2016

Quelle place pour les agrégés?

L'agrégation a été créée le 3 mai 1766. Mais 250 ans après, on se demande plus que jamais où est la place des agrégés.

claude lelièvre
Historien de l'éducation
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C'est une question qui semble pourtant être réglée depuis le décret de 1972 : « les agrégés assurent leur service dans les classes préparatoires aux grandes écoles, dans les classes de lycée, dans les établissements de formation et, exceptionnellement, dans les classes de collège ».

A vrai dire, cette dernière exception est loin d'être exceptionnelle. Selon le Bilan social du ministère de l'Education nationale paru récemment, 20% des agrégés sont en effet affectés dans les collèges (on notera par ailleurs qu'un professeur des écoles sur cinq enseigne en éducation prioritaire, un certifié sur sept, et un agrégé sur vingt).

Selon la présidente de la Société des agrégés , la proportion de 20 % établie par le ministère est calculée sur une base comprenant les professeurs de classes préparatoires ainsi que les disciplines n’existant qu’au lycée. « Mais le chiffre exact, c’est-à-dire correspondant aux situations où l’alternative se pose réellement, approche en réalité les 25% d'affectés en collège » Pour les stagiaires, selon les calculs de la Société des agrégés, « la proportion nationale est de 33 % » ( Blanche Lochmann, 2014).

Des inspecteurs généraux de l'administration ont estimé dans un rapport paru il y a quelques mois (mais qui n'a eu pratiquement aucun écho) que «les professeurs agrégés nommés en collège devraient voir leurs obligations de service alignées sur celles de leurs collègues certifiés, soit 18 heures hebdomadaires ».

Toujours est-il que la Société des agrégés apparaît tout à fait décidée à ce qu'il y ait un mouvement de l'affectation des agrégés du ''bas'' vers le ''haut'' (des collèges vers les terminales de lycée et les enseignements supérieurs)

En 2012, la Société des agrégés avait déjà posé deux questions, tout à fait significatives, aux candidats à l’élection présidentielle:

« Vous engagez-vous à permettre l’affectation des professeurs agrégés sur des postes correspondant à leur qualification, à leurs compétences et à leur statut (c’est à dire, conformément aux textes en vigueur, dernières années du lycée et classes post-baccalauréat) et à mettre fin au gâchis que l’on observe actuellement, faute de telles affectations systématiques ? » . « De même, vous engagez-vous à ce que les postes des professeurs du secondaire affectés à titre définitif aux professeurs dans le supérieur (postes dits de « Prag ») soient réservés aux professeurs agrégés par concours dans toutes les matières où il existe une agrégation ? »

Certaines des réponses des candidats aux présidentielles (qui ont été mises comme il était prévu sur le site de la Société des agrégés ») méritent d'être rappelées.

François Hollande (PS) : « Nous voudrions avoir une véritable réflexion sur les agrégés, avec les agrégés. Il existe de vraies questions : quels enseignements faire dispenser aux agrégés ? Comment leur permettre de servir l'Etat le mieux possible en fonction de leurs capacités ? »

Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) : « L'agrégation, telle qu'elle est conçue aujourd'hui, est utilisée pour couvrir l'ensemble du système scolaire français de la sixième à l'université, et bien souvent les conditions de déroulement des carrières ne correspondent pas aux attentes des lauréats du concours. Cela engendre malaise et frustration [...]. Il convient de clarifier et de remettre à plat, afin de réassurer la pertinence de ce concours, et garantir que l'affectation dans le secondaire ne soit pas vécue par certains comme un dernier recours, une affectation par défaut

Nicolas Sarkozy (UMP) : « Oui, oui, et oui ! Il est impératif d'affecter prioritairement, je dirais même exclusivement, les professeurs agrégés sur les deux dernières années du lycée et le début des études supérieures. Les agrégés ont un rôle primordial à jouer pendant les années charnières, au cours desquelles les élèves doivent progressivement gagner en autonomie pour réussir leur passage dans le supérieur. Oui, je m'engage à faire appliquer strictement les textes existants et à mettre en œuvre des mesures assurant une affectation prioritaire des agrégés en lycée. Oui, je m'engage à ce que les postes de professeurs du secondaire affectés à titre définitif dans le supérieur (postes dits de ''Prag'') soient réservés aux professeurs agrégés par concours dans toutes les matières où il existe une agrégation ».

En revanche, aucune allusion à la problématique de la place des agrégés dans le dernier livre de Nicolas Sarkozy (« La France pour la vie », 2016), ni dans la synthèse des « Journées de la refondation de l'Ecole» organisées début avril par « Les Républicains » sous la houlette du même Nicolas Sarkozy (sur 15 pages de propositions ou recommandations...). Rien non plus sur le sujet dans le livre de François Fillon (« Faire », 2015) ou dans celui d'Alain Juppé (« Mes chemins pour l'Ecole », 2015). Rien non plus dans l'ouvrage de Bruno Lemaire (« Ne vous résignez pas !», 2016), si ce n'est la mention suivante (page 97) : « Aucune tradition qui nous ferme un avenir meilleur ne doit être défendue. Dans le primaire et le secondaire cohabitent des professeurs des écoles qui travaillent 27 heures par semaine environ, des professeurs certifiés qui travaillent 18 heures, des agrégés qui font 15 heures. Qui sont les mieux rémunérés ? Les professeurs agrégés. Je ne suis pas certain que la justice y trouve son compte quelle que que soit la difficulté des concours. Je ne suis pas certain non plus que cette organisation garantisse les meilleurs résultats pour les élèves ».

PS : sur France Culture, le dimanche 1er mai, de 17 H à 18 H, je participerai à une émission consacrée à l'agrégation (en compagnie de Blanche Lochmann, présidente de la Société des agrégés), dans le cadre de « Rue des écoles » animée par Louise Tourret (accompagnée de Marie-Caroline Missir).

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Gauche(s)
Parlement : ce que peut espérer la Nupes
Et si la gauche devenait la première force d’opposition au Palais-Bourbon en juin prochain ? Un scénario plausible qui pourrait, dans une certaine mesure, transformer le paysage politique, explique Olivier Rozenberg, spécialiste de la vie parlementaire.
par Pauline Graulle
Journal
Ukraine : divisé, le monde occidental peine à dessiner une issue
Alors que le spectre d’un conflit long se précise, faut-il continuer, et jusqu’à quand, à livrer des armes à Kyiv ? Est-il encore possible de ménager une « porte de sortie » à Vladimir Poutine pour faciliter de futures négociations de paix ? Aux États-Unis comme en Europe, des dissensions commencent à affleurer sur ces sujets clés.
par Ludovic Lamant
Journal — Migrations
La guerre a déplacé des milliers d’orphelins et d’enfants placés
Les enfants représentent, avec les femmes, la majeure partie des déplacés internes et des réfugiés ukrainiens. Dans l’ouest de l’Ukraine, des orphelins de la guerre et des enfants placés tentent de se reconstruire une vie, loin de leur maison et de leurs habitudes.
par Nejma Brahim
Journal
Législatives : des candidats de la majorité préfèrent s’afficher sans Macron
Contrairement à 2017, où la plupart des candidats macronistes avaient accolé la photo du président de la République à côté de la leur, nombre d’entre eux ont décidé cette année de mener campagne sur leur propre nom. Face à la gauche et à l’extrême droite, certains veulent éviter d’agiter « le chiffon rouge ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
Prendre les chemins de traverse… mais à plusieurs !
Nous sommes un collectif d'une petite dizaine de personnes, qui avons décidé, à la fin de nos études en politiques locales, de prendre à bras le corps les questions climatiques, énergétiques, sociales de demain, pour y trouver des réponses radicales. Voilà l'histoire de notre parcours, depuis notre rencontre en 2018, sur les bancs de l'université.
par Collectif La Traverse
Billet de blog
Remise des diplômes AgroParisTech : appel à déserter
Lors de leur cérémonie de remise de diplôme, huit jeunes ingénieur·es AgroParisTech ont appelé leurs camarades de promotion à déserter de leurs postes. « N'attendons pas le 12ème rapport du GIEC qui démontrera que les États et les multinationales n'ont jamais fait qu'aggraver les problèmes et qui placera ses derniers espoirs dans les révoltes populaires. Vous pouvez bifurquer maintenant. »
par Des agros qui bifurquent
Billet d’édition
Hebdo #123 : Parole à celles et ceux qui ont déjà bifurqué
À la suite du retentissant appel des jeunes diplômés d’AgroParisTech à déserter les postes dans l’agro-industrie, nous avons recueilli de nombreux témoignages d’anciens étudiants « en agro » devenus paysans, chercheurs, formateurs, etc. Ils racontent leur parcours, les embûches et leur espoir de changer le système. Bifurquer, c’est possible. Mais il faut s’organiser !
par Sabrina Kassa
Billet de blog
Bifurquer, c'est tout le temps à refaire (et ça s'apprend)
Je suis diplômée ingénieure agronome depuis décembre 2019. On m'a envoyé mille fois la vidéo du discours des diplômés d’AgroParisTech qui appellent à bifurquer et refusent de travailler pour l’agro-industrie. Fantastique, et maintenant ? Deux ans après le diplôme, je me permets d'emprunter à Benoîte Groulte pour répondre : ça dure toute la vie, une bifurcation. C'est tout le temps à refaire.
par Mathilde Francois