"Une politique européenne d'éducation"?

François Fillon vient de déclarer sur Europe n°1 qu' « une politique d'éducation européenne est la troisième priorité de redressement de l'Europe » et que « c'est le principal défi que l'Europe va devoir relever ».

Le décret d’application du 11 juillet 2006 de la loi d’orientation (dite loi Fillon) relatif au “  socle commun de connaissances et de compétences ” indique (déjà?) - quant aux “ compétences sociales et civiques ” - qu’ “ il s’agit aussi de développer le sentiment d’appartenance à son pays, à l’Union européenne, dans le respect dû à la diversité des choix de chacun et de ses options personnelles ”.

En janvier 1993, à la suite du traité de Maastricht, la Communauté économique se transforme en principe en Union politique. Désormais, l’objectif affiché des pays n’est plus seulement d’œuvrer en commun pour le développement de leurs économies, mais aussi de réaliser progressivement une véritable union politique.Dans ces conditions, il n’est plus question de laisser l’éducation en dehors des compétences communautaires. Alors que ce sujet n’avait été évoqué par aucun des traités antérieurs, le traité de Maastricht comporte deux articles qui précisent que la formation professionnelle et la formation générale peuvent donner lieu à une véritable politique de l’Union, sans toutefois que cette politique conduise à déposséder les États de leurs compétences propres en la matière. Et les recommandations d’origine européenne deviennent de plus en plus insistantes et consistantes au fil des années, même si chaque État garde toujours la possibilité de décider, in fine.

En proposant la création d’un “ espace éducatif européen ” juste après la signature du traité de Maastricht, la Commission – suivie par les ministres et le Parlement européen – avait choisi dès 1994 de privilégier toutes les initiatives, linguistiques et culturelles, qui, de l’école à l’université, “ contribuent à renforcer le sentiment d’appartenance à l’Union européenne ” selon les propres termes d’Antonio Ruberti, alors commissaire européen à l’Éducation et à la Formation (“  Le Monde ” du 23 juin 1994).

Le décret du 11 juillet 2006 relatif au socle commun de connaissances et de compétences indique certes que “ le socle commun est le ciment de la nation : il s’agit d’un ensemble de valeurs de savoirs, de langages et de pratiques ”. Mais ce décret souligne aussi explicitement que “ la définition du socle commun prend également appui sur la proposition de recommandation du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne en matière de compétences clés et des compétences nécessaires tout au long de la vie ”.

Quid à ce sujet de la loi d'orientation de juillet 2013 ? Le mieux est sans doute de reproduire la réponse du ministre de l'Education nationale Vincent Peillon à une question du député Christophe Sirugue le 23 juillet 2013 : « Le ministre de l'éducation nationale a inscrit la dimension européenne de l'enseignement dans la loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République qui dispose que ''l'école doit favoriser l'intégration des futurs citoyens français dans l'espace politique de l'Union européenne et rendre possible la mobilité professionnelle dans l'espace économique européen''. ''Elle assure conjointement avec la famille l'éducation morale et civique qui comprend, pour permettre l'exercice de la citoyenneté, l'apprentissage des valeurs et symboles de la République et de l'Union européenne, notamment de l'hymne national et de son histoire'' ».

 

 

 

 

 

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