La passion de Chirac pour l'éducation culturelle et l'homme d'Etat velléitaire

S'il est un secteur auquel Jacques Chirac tenait vraiment dans le domaine éducatif, c'est celui de l'éducation artistique. Et pourtant, là aussi, il s'est avéré - comme souvent - un homme d'Etat finalement velléitaire...

Certaines des reculades dans le domaine éducatif lorsque Jacques Chirac était en position d'homme d'Etat (soit comme Premier ministre, soit comme Président de la République) sont restées dans les mémoires: le retrait du projet ''Devaquet'' de modification des conditions d'entrée dan l'enseignement supérieur en 1986, celui d'un nouveau baccalauréat porté par François Fillon en 2005 ou celui du CPE ( contrat première embauche) soutenu par l'un de ses préférés, Dominique de Villepin. Il est vrai que ces projets avaient suscité contre eux de puissantes mobilisations de la jeunesse (sans compter que certes Jacques Chirac s'était prononcé pour ces projets publiquement, mais sans que l'on puisse être assuré qu'il y tenait personnellement très fortement). 

Il en va tout autrement pour la question de l'Education culturelle. Et c'est pourquoi elle est exemplaire et vaut d'être évoquée assez longuement (d'autant qu'elle est passée assez inaperçue, alors qu'elle est pourtant fort significative). 

Jacques Chirac, lorsqu’il devient Premier ministre, fait déjà une tentative en ce sens. Lors de sa déclaration de politique générale devant l’Assemblée nationale le 9 avril 1986, il se présente en quelque sorte comme le nouveau Jules Ferry de l’éducation artistique : « Un projet me tient particulièrement à cœur. Ce que Jules Ferry a fait, voici un siècle, dans le domaine des disciplines de la connaissance, nous devons aujourd’hui le faire pour les disciplines de la sensibilité en généralisant l’initiation et la pratique artistiques ». Il nomme un chargé de mission, Marcel Landowsky. Il s’agit d’élaborer une loi spécifiquement consacrée aux enseignements artistiques. Elle est présentée conjointement par François Léotard (ministre de la Culture) et René Monory (ministre de l’Education nationale), et elle est votée en seconde lecture le 17 décembre 1987. Tout le monde, ou presque, s’accorde pour reconnaître que le résultat final n’est pas à la hauteur de ce qui avait été espéré. Et le député UDF Jean-Paul Fuchs s’interroge : « Pourquoi avoir choisi la voie de l’évolution plutôt que celle de la révolution ? Il faudra une détermination farouche pour changer les mentalités et l’environnement ».

On est donc loin du compte, et c’est sans doute ce qui incite Jacques Chirac à reprendre le problème par le biais des « rythmes scolaires ». Dans l’entretien télévisé qu’il accorde à TF1 le 12 décembre 1996, le Président de la République est très explicite : « Il y a un peu plus de cent ans on a donné à tous l’accès aux disciplines du raisonnement, aux disciplines intellectuelles. Mais, aujourd’hui, celui qui n’est pas dans des conditions privilégiées n’a aucun accès à la culture. Regardez un pays comme l'Italie, qui a une histoire très récente par rapport à l’ancienneté de l’histoire de France. Les petits Italiens, à l’école, ont un enseignement artistique très poussé. Le résultat est qu’ils ont la conscience d’appartenir à une même culture, et c’est un élément de cohésion sociale et d’ouverture d’esprit considérable. Il faudra faire impérativement la réforme des rythmes scolaires et développer l’accès de tous à la culture par les enseignements artistiques».

Dès la rentrée scolaire 1995, le président de la République Jacques Chirac revient à la charge dans l’entretien télévisé qu’il accorde à France 2 , en marquant bien le modèle à imiter (Epinal) et le délai de réussite de l’action projetée (le septennat) : « L’égalité des chances, c’est aussi une modification forte des rythmes scolaires. On a vu les résultats exceptionnels de l’expérience qui se déroule à l’initiative de Philippe  Séguin à Epinal. Eh bien ! je crois que sur la durée du septennat, il faut que nous ayons partout, en France, un système qui consacre le matin aux disciplines de la connaissance traditionnelle et l’après-midi aux disciplines sportives et aux disciplines de la sensibilité, les enseignements artistiques au sens le plus large du terme ».

Pour des raisons d’équilibre politique de la majorité présidentielle, François Bayrou a été reconduit à la tête du ministère de l’Education nationale. Mais on sait qu’il n’est pas favorable à un référendum sur l’Ecole, et qu’il se montre prudent et réservé sur la question des « rythmes scolaires ». C’est donc à Guy Drut, un fidèle de Jacques Chirac, qu’est dévolu le rôle de créer une dynamique à partir de... son ministère de la Jeunesse et des Sports. Et tout va se brouiller et s'enliser. 

 

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