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Billet de blog 27 nov. 2017

Pour un «module» qui ne soit pas en retrait: un nouveau paradigme

Un «module d'enseignement» consacré «à la prévention et à la lutte contre le sexisme, le harcèlement et les violence » va être mis en place pour toutes les écoles. On peut exiger un nouveau paradigme pour qu'il soit à la hauteur du défi permis par la situation actuelle, et que ne se reproduise pas ce que Farida Belghoul a appelé «la victoire de la convergence islamo-catholique».

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Cette appréciation de Farida Belgoul n'est certes pas sans exagération et montre surtout son sens de la formule qui peut faire mouche. Mais elle n'est pas non plus sans aucun fondement.

Farida Belghoul s'en est pris effectivement à la mise en place expérimentale à la rentrée 2013 du programme dit « ABCD » en prétendant qu'il s'agissait d'« apprendre l’homosexualité » aux enfants et à « éliminer toute différence entre les sexes ».

Le 13 décembre 2013, Farida Belghoul lance l'initiative « Journée de retrait de l'école » (dite JRE), accompagnée de diverses calomnies dans les réseaux sociaux. Elle se rapproche également du collectif ''La manif pour tous'' et contribue à mobiliser certaines associations musulmanes intégristes.

Face à la mobilisation dans la rue contre notamment le « mariage pour tous » et ses corollaires, et face aux appels à des journées de « retrait de l'école », le nouveau gouvernement nommé en avril 2014 avec à sa tête le Premier ministre Manuel Valls met ''la pédale douce''. Et le ministre de l'Education nationale Benoit Hamon est chargé de mettre en musique cette nouvelle orientation.

Farida Belghoul se félicite alors de cette « victoire exceptionnelle » et de « la convergence islamo-catholique », rendant au passage « hommage aux alliés, Christine Boutin, Béatrice Bourges et Alain Escada [président de Civitas] ».

Au contraire, un collectif réunissant des associations de promotion de l’égalité femmes-hommes, des parents d’élèves, syndicats des personnels de l’Éducation nationale, des étudiants et des lycéens attendaient « l’annonce de la généralisation du dispositif des ''ABCD de l’égalité'' [...] parce que ce dispositif a fait ses preuves sur le terrain. ». Parmi les signataires figurent « Osez le féminisme! » et le « Collectif éducation contre les LGBT phobies en milieu scolaire et universitaire » (qui regroupe la FCPE, la FEP-CFDT, la FERC-CGT, la FSU, le SGEN-CFDT, SUD éducation, l'UNEF, la FIDL et l'UNL).

Il ne faudrait surtout pas être désormais en retrait de ce qui a été établi au début de notre millénaire. Les dispositions de l’article 22 de la loi du 4 juillet 2001 complètent le Code de l’éducation par un nouvel article  : «  une information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées ».

La circulaire d’application préparée sous le gouvernement Jospin paraît le 17 février 2003 sous le gouvernement Raffarin, sans modification sensible (ce qui est non moins significatif de ce tournant majeur). La circulaire insiste sur le fait que la loi du 4 juillet 2001 a « désormais confié à l’Ecole une mission éducative dans le champ bien spécifique de l’éducation à la sexualité ».

« Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle est à la fois constitutive d’une politique nationale de prévention et de réduction des risques ( grossesses précoces non désirées, infections sexuellement transmissibles, VIH/sida ) et légitimée par la protection des jeunes vis-à-vis des violences ou de l’exploitation sexuelles, de la pornographie ou encore par la lutte contre les préjugés sexistes […]. Ces pratiques éducatives impliquent une nécessaire cohérence entre les adultes participant au respect des lois et des règles de vie en commun qui s’exercent aussi bien dans le cadre de la mixité, que de la lutte contre les violences sexistes et homophobes contraires aux droits de l’homme »

Il conviendrait aussi de s'inscrire résolument (et définitivement) dans le cadre d'un nouveau paradigme (si l'on veut être enfin efficace) indiqué de fait dans un remarquable rapport de l'Inspection générale de mai 2013 sur « Les inégalités scolaires entre filles et garçons dans les écoles et les établissements » :« La focalisation initialement portée sur l'orientation et principalement sur celle des filles a durablement marqué les politiques d'égalité entre filles et garçons . Or cet effort a rencontré ses limites en intervenant assez tard dans le processus d'orientation, en fin de collège (au moment où les représentations stéréotypées sur les métiers et les formations qui y conduisent sont déjà construites) et il a ciblé prioritairement sur les filles, envoyant un message ambigu. Est-il plus dérangeant que les filles n'aillent pas assez en séries scientifiques, ou que les garçons évitent les séries littéraires ? Que les filles désertent les séries industrielles, ou les garçons les services ? Qu'il n'y ait pas assez d'ingénieures ou de puériculteurs ?». Enfin ce rapport a souligné que « l'enseignement primaire a été l'angle mort » des politiques de réduction des inégalités scolaires sexuées (même si, ici ou là, d'intéressantes initiatives ont pu avoir lieu).

Si l'on veut rompre avec des logiques antérieures qui ont montré leurs limites, il convient donc sans doute d'aller dans le sens d'un changement de paradigme qui concernerait - en même temps et d'un même mouvement - les filles et les garçons, notamment dans le domaine fondamental de la lutte contre les stéréotypes, en la menant par ailleurs de façon résolue beaucoup plus tôt (dès le primaire ), mais pas non plus exclusivement à ce niveau là.

PS : cela fait longtemps que j'accorde une grande attention aux questions de l'égalité filles-garçons et de l'éducation sexuelle. J'ai écrit là-dessus plus d'une quarantaine de billets sur Médiapart, en particulier durant les années 2010-2014, ainsi que trois ouvrages. Le dernier en date (écrit avec maître Françis Lec, avocat-conseil national de la Fédération des Autonomes de Solidarité laïque) s'intitule « Les Profs, l'Ecole et la sexualité » et est paru aux éditons Odile Jacob en 2005. Quelques titres de chapitres significatifs : « Une révolution : la revendication du droit de cité de l'homosexualité à l'école »  ; « Une éducation sexuelle impensable (1968-1973) ; « Une éducation sexuelle facultative. Trente ans d'échecs » ; « L'éducation obligatoire d'une sexualité dangereuse (2001-2004) » ; « La fin du sanctuaire » .

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