Blanquer craint-il que sa «mémoire» flanche (et ne soit guère valorisée)?

Toujours est-il qu'il a créé le 21 mai dernier un «comité d'histoire de l'Education nationale». Le Gellec dans L'obs et Goigoux dans plusieurs journaux viennent de montrer qu'il n'hésite pas à triturer les statistiques à sa convenance. Il a supprimé le CNESCO pour avoir un organisme d'évaluation à sa main. De là à penser qu'il en va de même en matière de «valorisation historique»...

D'autant que l'article 1 indique expressément qu'"il est créé auprès du ministre chargé de l'éducation un comité d'histoire de l'éducation, chargé de valoriser l'histoire des institutions et des politiques d'éducation dont il a la charge". Bigre!

La suspicion se renforce lorsqu'on constate à l'article 2 que le comité sera "présidé par un recteur (ou un ancien recteur) désigné par le ministre pour un mandat de trois ans renouvelable" et que ''les membres du comité sont nommés par arrêté du ministre pour un mandat de trois ans".

Certains d'entre eux sont membres de droit et énumérés es qualité: "outre le secrétaire général du ministère, le directeur général de l'enseignement scolaire, le doyen de l'inspection générale de l'éducation nationale et le chef de service de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (ou leurs représentants)". Plus "quatre personnes exerçant des fonctions d'enseignement ou d'administration, deux personnalités qualifiées, huit enseignants-chercheurs ou chercheurs"

Mais l'on doit à la ''vérité historique'' qu'il en avait été sensiblement de même lors de la première tentative de mise en place d'une sorte de ''comité d'histoire de l'éducation'' au début des années 1970.

Les arrêtés du 6 juillet 1970 et du 5 juillet 1972 du ministre de l'Education nationale Olivier Guichard mettent en place un haut fonctionnaire (Maurice Bayen, recteur au moment de sa nomination) et une ''commission permanente d'histoire de l'éducation'' de 24 membres nommés pour 3 ans par le ministre (6 membres de droit; et 18 autres, la plupart étant des universitaires historiens ou spécialistes de l'histoire de l'éducation).

On est certes sensiblement dans le même cas de figure; mais on remarquera que les historiens ont été largement majoritaires dans les nominations autres que celles ''de droit''. Il est d'autant plus frappant qu'il n'est nullement question d''historiens'' es qualité dans l'énumération faite pour la composition des membres du nouveau "Comité pour l'histoire de l'Education nationale'' concocté par Jean-Michel Blanquer...

Maurice Bayen part vite à la retraite (en décembre 1973) et il est remplacé par Camille Duquesne (précédemment directeur de l'administration générale des affaires sociales) qui décède dès décembre 1973. Finalement, une mission est confiée à Guy Caplat (inspecteur général de l'administration) et son rapport remis au ministre de l'Education nationale René Haby aboutit à la décision prise en octobre 1976 de transformer la ''commission ministérielle permanente'' en "service d'histoire de l'éducation" au sein de l'Institut national de recherche pédagogique (ce service étant intégré en janvier 2011 à l'Ecole normale supérieure de Lyon) .

On remarquera aussi que la ''commission d'histoire de l'éducation" avait pour mission de "favoriser la recherche et la conservation des documents utiles à l'histoire de l'éducation" et de "faire établir et tenir à jour le bilan des études et recherches portant sur l'histoire de l'éducation". Une mission à l'évidence nettement plus large et beaucoup moins orientée que celle qui vient d'être dévolue au nouveau "comité d'histoire de l'Education nationale": "valoriser l'histoire des institutions et des politiques d'éducation dont il [ le ministre chargé de l'éducation ] a la charge."

Jean-Michel Blanquer ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse) s'est fait la main en compagnie de Laura Flessel (alors ministre des Sports) lors de l'écriture de l'Arrêté du 3 novembre 2017 portant "création d'un comité d'histoire des ministères chargés de la Jeunesse et des Sports".

On notera pourtant que ce comité d'histoire là est composé de 32 membres répartis en 3 collèges: ''le premier collège comprenant huit membres de droit''; le ''deuxième collège, qui constitue le comité scientifique, comprenant douze membres, constitué d'historiens, d'enseignants, de chercheurs et d'universitaires''; le ''troisième collège constitué de douze personnalités qualifiées choisies pour leurs compétences dans le domaine de la jeunesse et des sports".

On aura remarqué la présence es qualité des ''historiens'' dans la liste des membres du "comité d'histoire des ministères chargés de la Jeunesse et des Sports'' (contrairement à ce qui a été ''arrêté '' par Jean-Michel Blanquer seul pour le ''comité d'histoire de l'Education nationale'').

On peut noter également que, s'il est bien prévu que les membres du comité "sont nommés par arrêté des ministres chargés de la Jeunesse et des Sports pour un mandat de trois ans", il est dûment précisé que cela se fait, pour "les membres des deuxième et troisième collèges , sur proposition du président du comité d'histoire".

Rien de tel n'est prévu pour ce qui concerne le "comité d'histoire de l'Education nationale''. On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Pour la nomination effective des membres du nouveau "Comité d'histoire de l'Education nationale", pas de souci! S'il y a un domaine pour lequel on peut faire ''confiance'' à Jean-Michel Blanquer (un seul...), c'est bien celui du ''souci de soi'' et de sa ''propre mise en valeur'': il saura choisir pour qu'il y ait une ''valorisation'' adéquate de ''son ministère''.

"J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien

Quel pouvait être son prénom et quel était son nom

Il s'appelait, je l'appelai, comment l'appelait-on?

Pourtant c'est fou ce que j'aimais l'appeler par son nom

 

J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus très bien

De quelle couleur étaient ses yeux, je crois pas qu'ils étaient bleus

Étaient-ils verts, étaient-ils gris étaient-ils vertdigris?

Ou changeaient-ils tout le temps de couleur, pour un non, pour un oui?"

 

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