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Billet de blog 28 juin 2017

Un «Munich pédagogique» ?

Le décret que Jean-Michel Blanquer vient de signer sur les rythmes scolaires est digne non pas d'un Salomon mais d'un Ponce Pilate. C'est la «base», à condition d'être unie, qui choisira le retour à la semaine de quatre jours. Et l'irresponsable à la tête du ministère de l'Education nationale s'en lave les mains.

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Après la décision prise en 2008 par le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos de permettre la suppression de la classe du samedi et la généralisation de la semaine de quatre jours dans l'enseignement primaire, l'historien Antoine Prost avait dénoncé « une débacle » accompagnée d' « un lâche soulagement ». Et il avait titré sa tribune parue dans « Le Monde » du 28 mai 2008 : « Un Munich pédagogique !». Bis repetita ?

Le 18 mai 2010, Jean-Michel Blanquer (alors Directeur de l'enseignement scolaire) a été auditionné sur le sujet. Et ce qui en a été consigné dans le rapport d'information déposé le 8 décembre 2010 par la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale (en conclusion des travaux de la mission sur les rythmes scolaires) vaut d'être rappelé (et sonne comme un rappel à l'ordre).

« Lors de son audition par la mission, le Directeur général de l'enseignement primaire scolaire au ministère de l'Education nationale, monsieur Jean-Michel Blanquer, a insisté sur le fait que la semaine de quatre jours n'avait pas été ''imposée'' par la réforme de l'enseignement primaire de 2008, les conseils d'école étant en effet libres de répartir l'enseignement sur 8 ou 9 demi-journées. Selon le DGESCO, le ministre de l'Education nationale de l'époque avait d'ailleurs une ''préférence implicite'', contrairement à ce que les textes pouvaient laisser croire, pour la semaine de 9 demi-journées, celle-ci présentant de réels avantages. En particulier la ''continuité de la semaine'', résultant de ce mode d'organisation, est ''bonne pour 'l'enfant'', ce dernier ayant besoin de régularité ; elle tend de plus à banaliser la scolarisation du mercredi, tout en permettant aux écoliers de bénéficier d'une vraie pause durant le week-end »

Mais la semaine de quatre jours est plébiscitée ''à la base'' et devient la norme en matière d'organisation du temps scolaire : pour l'année 2009-2010, plus de 95% des 49500 écoles l'ont choisie.

Et le rapport continue : « Il est clair que si la semaine de 9 demi-journées n'a pas été choisie, c'est parce que, comme l'a indiqué monsieur Jean -Michel Blanquer, DGESCO, ''le monde des adultes s'est entendu sur le monde des enfants'' ». Ou plutôt, un certain monde des adultes s'est entendu sur le dos du monde des enfants ?

Jean-Michel Blanquer se targue d'être un ministre de l'Education nationale qui fonde sa politique sur « la science » et le « pragmatisme ». A voir, c'est le moins qu'on puisse dire...

Pour ''la science'', il sait en l'occurrence ce qu'a préconisé le rapport de l'Académie de Médecine (« Aménagement du temps scolaire et santé de l'enfant ») : « organiser la semaine scolaire sur une journée moins longue : cinq heures par exemple et sur une semaine de quatre jours et demi ou cinq jours, comme dans la plupart des pays européens »

Pour ''le pragmatisme'', il sait que les autres pays européens sont loin de ne consacrer que 144 jours de classe par an à l'enseignement primaire. La moyenne est de 184 jours, alors même que le nombre d'heures d'enseignement annuel moyen est seulement de 785 heures par an en Europe, contre 864 en France. Nous serions les seuls ''pragmatiques'' avec ce ''ratio'' là, tout a fait exceptionnel ? Faisant normalement les journées scolaires longues, fatigantes (et/ou peu productives). Bizarre ! Où se niche le ''pragmatisme'' ? A quoi le reconnaît-on ?

Sous le ministère de François Bayrou, de juin à octobre 1994, quarante mille conseils d’école (sur 55000 établissements ) ont répondu à une vaste consultation sur l'organisation des temps scolaires. Le maintien du statu quo, avec samedi matin travaillé, ne remporte que 15% des suffrages, tandis que le report simple du samedi matin au mercredi fait le plus mauvais score. En revanche, la libération du samedi matin, avec son nécessaire corollaire du raccourcissement des vacances scolaires, connaît un franc succès (39%). Mais le plus remarquable (et le plus préoccupant pour ceux qui se situent résolument dans une prise en compte des « rythmes scolaires » et donc de la réduction de la journée de classe ), c’est que 20% des conseils n’ont pas hésité à jeter leur dévolu sur le scénario 4, qui prévoit 4 jours de classe de 6h30. Comme quoi l’on ne peut tout attendre sans problèmes de la « démocratie de proximité ».

La distance entre les parents d’élèves « de base » d’une part, et les Fédérations de parents d’élèves et certains responsables du ministère de l’Education nationale d’autre part, va d’ailleurs s’accroître sensiblement durant l’année 1994 sous l’influence des spécialistes des « rythmes scolaires », si l’on en juge par certains témoignages, ceux de François Testu en particulier.

 « Je pense que si on avait laissé faire, on serait tous aux 4 jours. A quatre ou cinq, pas plus, en particulier au congrès de Blagnac de la FCPE, en 1994, on a mis le paquet. La base de la FCPE, comme celle de la PEEP était pour les 4 jours ; et les autonomes encore plus. On a fait un appel ‘’ musclé ‘’ qu’on a fait publier un peu partout, et je suis intervenu au congrès de la FCPE. On a été entendu. Il y a eu un revirement du côté des deux fédérations de parents, l’autonome s’est rallié après. Les politiques ne savaient pas trop sur quel pied danser […]. J’ai fait une émission de télévision avec le Directeur des Ecoles, Marcel Duhamel, qui n’était pas loin de penser à l’époque que les 4 jours étaient ce qu’il y avait de mieux. Six mois après, il m’invitait à parler au ministère devant tous les responsables ; et on a mis un frein très net par rapport aux 4 jours. C’est quand même rassurant de voir des politiques faire marche arrière. On peut encore discuter ».

C'est toute la différence entre « voir des politiques faire marche arrière » (Bayrou et son directeur des Ecoles Marcel Duhamel), et des ''responsables'' « en marche arrière » (comme Jean-Michel Blanquer (en toute connaissance de cause, et en dépit de toute ''science'' ou de tout ''pragmatisme'' ).

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