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Billet de blog 28 août 2008

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Xavier Darcos: un grand prestidigitateur

Le ministre de l’Education nationale est à la fois (ce qui est rare dans le poste ) un très bon connaisseur du système éducatif et un fin politique ; ce qui, dans le cadre du ‘’sarkozysme’’ obligé, donne une ‘’politique éducative’’ dominée par les tours de passe-passe.

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Le ministre de l’Education nationale est à la fois (ce qui est rare dans le poste ) un très bon connaisseur du système éducatif et un fin politique ; ce qui, dans le cadre du ‘’sarkozysme’’ obligé, donne une ‘’politique éducative’’ dominée par les tours de passe-passe.

Une des grandes leçons médiatiques est qu’une actualité ( ou une ‘’annonce’’ ) chasse l’autre ( nécessairement en moins de deux semaines soutiennent certains spécialistes ). Il y a une dizaine de jours, Xavier Darcos a annoncé la suppression de 13500 postes pour l’année prochaine ( après celle de 11200 cette année ). On pourrait penser que ce n’était guère le moment d’annoncer cela juste avant la ‘’rentrée’’ des enseignants et des parents d’élèves, qui peuvent s’unir. Mais Xavier Darcos savait déjà qu’il allait faire quelques autres annonces qui occuperaient alors le champ médiatique de la rentrée scolaire. Et c’est fait avec l’annonce ce matin d’une prime relativement substantielle pour les nouveaux enseignants, d'une prime de 300 euros pour les professeurs qui feraient au moins trois heures supplémentaires, et d’une certaine amélioration des fins de carrière en vue.

Il faut dire que Xavier Darcos apparaît comme un champion rarement égalé de la prestidigitation scolaire. Il est sans doute temps de se rappeler quelques-uns de ses tours, dans leur excellence et leur diversité.

On peut commencer par la présentation des nouveaux horaires du primaire dans son article du " Monde " du 18 juillet ( " Le sarkozysme est l’allié de l’école " cf mon billet du 31 juillet ) où il affirme tranquillement que la politique voulue par Nicolas Sarkozy " permet de donner plus à ceux qui ont moins : plus aux élèves de l’école primaire, avec les deux heures hebdomadaires de soutien personnalisé ". En réalité tous les élèves ont désormais deux heures d’enseignement en moins ( 24 heures au lieu de 26 heures ) sauf ceux ‘’en difficulté’’ qui ont toujours 26 heures hebdomadaires d’enseignement : 24 heures plus 2 heures ‘’supplémentaires’’… ). Décidément, le ministre n’a pas seulement des difficultés avec le passé antérieur, mais aussi avec le calcul le plus élémentaire.

On peut dire la même chose de ses calculs concernant les répartitions horaires des disciplines. Prenons l’exemple du cycle III ( CE2, CM1, CM2 ). On aboutit à 8 H de français ( contre ‘’entre 6 H 30 et 8 H’’ dans les horaires jusque là en vigueur ), à 5 H en maths ( contre ‘’entre 5 H et 5 H 30’’ ), 2 H en histoire–géographie ( contre ‘’entre 3 H et 3 H 30’’ ), 2 H en sciences ( contre ‘’entre 2 H 30 et 3 H’’ ), 1 H 30 en langues étrangères ( contre ‘’entre 1 H 30 et 2 H’’ ), 2 H 30 en éducation artistique ( contre 3 H ) et 3 H en EPS ( contre 3 H ). Les anciens horaires ( plus copieux mais aussi apparemment plus ‘’flous’’ ) sont remplacés par une distribution apparemment plus rigoureuse ( puisque rien ne semble laissé à l’appréciation des enseignants , sans doute par crainte qu’ils ne ‘’négligent’’ les disciplines considérées comme fondamentales : les mathématiques et surtout le français ). Mais cela n’est qu’apparent : où les enseignants vont-ils prendre dans les nouveaux horaires ( 24 H sur 24 ) les 8 récréations de demi-journées qui doivent durer au moins un quart d’heure chacune ? Mais cette présentation donne l’illusion de la rigueur ( et de la ‘’gonflette’’ ). Ou comment on va faire apparemment plus, en en faisant moins, surtout dans certaines disciplines…

On pourrait multiplier les exemples. Mais on se contentera de la façon dont Xavier Darcos a justifié la diminution des horaires annuels du primaire lors de la présentation de cette réforme : en répondant que nous restions avec un horaire annuel parmi les plus élevés d’Europe. Ce qui n’est pas faux, mais permet de laisser dans l’ombre ( la prestidigitation consiste à mette en lumière le moins important pour laisser caché l’essentiel… ) une question très importante lorsqu’on prend en compte les spécialistes des rythmes scolaires, à savoir que notre journée scolaire est trop longue ( et nettement plus que la quasi totalité des autres pays comparables ) ce qui ne rend pas optimum – loin s’en faut – les apprentissages. Alors que dans la plupart des pays les horaires de chaque journée sont nettement moins chargés, mais le nombre de jours de classe beaucoup plus élevé ( 188 jours en Finlande, 190 en Grande-Bretagne, 200 en Italie et au Japon contre…140 désormais en France ). Ah, c’est sûr, ce n’est pas Xavier Darcos qui mettra l’enfant ou même l’élève au ‘’centre’’ du système éducatif.

Les tours de passe-passe peuvent être parfois plus classiques ( et plus frustes ). On se souvient certainement ( cf mon billet du 17 juin ) que des extraits d’un rapport de l’inspection générale datant de l’automne 2007 n’ont été portés à la connaissance du public ( par ‘’inadvertance’’ ) qu’en juin 2008 : ce rapport établissait qu’en raison de l’ ’’assouplissement de la carte scolaire’’ décidé par Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos, la mixité sociale s’était encore réduite. Et Xavier Darcos ( qui avait déclaré lors du lancement de cet ‘’assouplissement’’ en mai 2007 qu’il demanderait aux établissements de veiller à cette mixité ) avait choisi benoîtement de ne pas rendre public ce rapport importun…

Mais la prestidigitation à la ‘’Darcos’’ peut être beaucoup plus subtile et quasiment invisible. En choisissant de focaliser l’attention sur la réforme des lycées et surtout de sa réforme de l’enseignement primaire ( mais pas dans le cadre de l’ensemble de la scolarité obligatoire, comme l’y invitait en principe la question du ‘’socle commun de connaissances et de compétences’’ ), Xavier Darcos a fait disparaître de l’attention générale la question du collège, qui était jusque là particulièrement prégnante et difficile ( cf d’ailleurs ses déclarations d’octobre dernier, où ( à la suite de Nicolas Sarkozy ), il était question d’ ’’en finir avec le collège unique’’.

On ne s’étonnera donc pas, in fine, qu’en bon prestidigitateur, Xavier Darcos fasse disparaître des dizaines de milliers d’enseignants. Sans coup férir ?

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