Ce week-end, Jean-Pierre Chevènement s'en va-t-en guerre en compagnie de Nicolas Dupont-Aignan lors de l'université d'été de « Debout La France » consacrée cette année à « l'Ecole du mérite ».

Selon le communiqué qui annonce un discours de Jean-Pierre Chevènement samedi prochain lors de ce rassemblement, « dans un contexte de démolition systématique de ses fondamentaux, l'école doit retrouver ses missions premières, à savoir l'apprentissage des savoirs fondamentaux, la lecture, l'écriture, et le calcul ». Un air connu, qui a fait le succès médiatique en son temps du ministre de l'Education nationale Jean-Pierre Chevènement.

Mais qu'en est-il exactement de cette antienne si on l'examine à l'aune des horaires d'enseignement et de leurs évolutions dans l'enseignement élémentaire (ce qui n'épuise certes pas le sujet, mais qui peut être significatif des politiques scolaires effectivement choisies)?

Durant toute la quatrième République (et même au-delà) l'enseignement élémentaire est régi par les horaires et les Instructions de 1945. Il y a alors 30 heures d'enseignement par semaine. Au CP (cours préparatoire), 15 heures doivent être consacrées au français et 3 heures 45 au calcul. Aux cours élémentaires (CE1 et CE2), 13 heures 45 sont dévolues au français et 3 heures 45 au calcul. Aux cours moyens ( CM1 et CM2), 11 heures sont dues au français et 5 heures au calcul.

Sur l'ensemble des cinq cours, en moyenne, 12 heures 54 doivent être consacrées au français et 4 heures 15 au calcul soit 17 heures 09 aux ''fondamentaux'' (57% de l'ensemble des 30 heures hebdomadaires d'enseignement, en moyenne).

Changements importants en 1969, indiqués par l'arrêté du 7 août 1969. L'horaire hebdomadaire passe de 30 heures à 27 heures (soit trois heures en moins). Pour tous les cours, 10 heures doivent être consacrées au français et 5 heures au calcul . On a donc sommairement en moyenne trois heures de moins d'enseignement par semaine, presque trois heures de moins de français, trois-quarts d'heures de plus en calcul. Au total, les ''fondamentaux'' ont environ deux heures de moins (et atteignent néanmoins presque le pourcentage précédent de l'ensemble des heures hebdomadaires d'enseignement : 55% contre 57%).

Par les arrêtés successifs du 13 mars 1977 (pour le CP), du 7 juillet 1978 (pour les CE1 et CE2), du 10 juillet 1980 (pour les CM1 et CM2) , les horaires hebdomadaires de français passent de 10 heures à 9 heures (diminution d'une heure hebdomadaire)) tandis que ceux de mathématiques passent de 5 heures à 6 heures (augmentation d'une heure hebdomadaire). Le total des horaires dédiés aux ''fondamentaux'' ne change pas (15 heures) ni son pourcentage dans l'ensemble des heures d'enseignement (55%).

Et sous le ministère de Jean-Pierre Chevènement ? Le héraut auto-proclamé de la priorité aux ''fondamentaux''va-t-il revenir sur les diminutions d'horaires d'enseignement hebdomadaire, sur les presque quatre heures de moins de français et l'heure trois quarts de plus de mathématiques  (par rapport à avant 1969) ? Pas le moins du monde !

L'arrêté du 15 mai 1985 maintient les 6 heures hebdomadaires de mathématiques dans tous les cours. Quelques changements (à la marge) ont lieu pour les horaires hebdomadaires d'enseignement du français. Au CP, l'horaire passe de 9 heures à 10 heures. Au CEI, il reste stationnaire à 9 heures . Et il baisse d'une heure (de 9 heures à 8 heures) pour le CE2, le CM1 et le CM2. Au total, les horaires consacrés aux ''fondamentaux'' baissent encore – un tout petit peu - sous le ministère de Jean-Pierre Chevènement (et aussi en pourcentage de l'ensemble des horaires hebdomadaires d'enseignement, atteignant leur étiage le plus bas : 54%)...

Où en est-on finalement ? Nouveau décrochage avec les horaires signés par le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos le 19 juin 2008.L'horaire d'enseignement hebdomadaire se situe désormais à 24 heures. Les horaires dédiés au français sont à la hauteur de ceux décidés sous Jean-Pierre Chevènement : 10 heures au CP, 8 heures aux CE2, CM1 et CM2, avec une augmentation d'une heure pour le CE1 (10 heures au lieu de 9 heures) . En revanche, les horaires hebdomadaires de mathématiques sont seulement de 5 heures pour tous les cours. Au total, le pourcentage des horaires consacrés aux ''fondamentaux'' est de 57% ( par rapport aux 24 heures hebdomadaires d'enseignement).

En résumé, le pourcentage des horaires dévolus aux ''fondamentaux'' (français et ''calcul'' ou ''mathématiques'') par rapport au total hebdomadaire des horaires d'enseignement n'a guère varié : 57% en 1945, 55% en 1969 et à la fin des années 1970, 54% sous le ministère Chevènement, 57% en 2008.

Mais (et ce ''mais'' est de taille...), l'horaire hebdomadaire des enseignements dans l'élémentaire est passé de 30 heures en 1945 à 27 heures en 1969, à 26 heures en 1989 et enfin à 24 heures en 2008 (avec en quelque sorte une diminution quasi proportionnelle des horaires consacrés aux ''fondamentaux'').

A noter cependant que ce sont les horaires de français qui ont été le plus souvent concernés par les diminutions (au delà parfois de la ''proportionnelle'') alors que ceux de ''calcul'' ou ''mathématiques'' ont fait plus que résister au ''reflux' (tous cours confondus en moyenne hebdomadaire :  4 heures 15 en 1945, 5 heures en 1969, 6 heures vers la fin des années1970, 5 heures en 2008).

Quant à l'ex-ministre de l'Education nationale Jean-Pierre Chevénement, le plus remarquable est qu'il ne s'est pas fait remarquer dans les faits en l'occurrence

PS : Jean-Pierre Chevènement a failli me faire oublier François Bayrou, le champion attitré de la lutte contre l'illettrisme. Quid des horaires décidés sous son ministère, en 1995 ? Alors là, on va de surprise en surprise

Certes, pour les mathématiques, c'est clair : 5 heures hebdomadaires au CP et au CE1 : et 5 heures 30 au CE2, CM1 et CM2. Soit une moyenne hebdomadaire pour l'ensemble des cinq cours de 5heures 18.

Mais pour le français, il devient difficile de calculer et d'y voir clair. Il est dit en effet que les horaires hebdomadaires sont de 9 heures au CP et au CE1 (mais qu'au CE1 une heure de langues vivantes peut être prise sur cet horaire de 9 heures). Pour le CE2, le CM1 et le CM2, il est indiqué un horaire hebdomadaire de 9 heures avec cet ajout : l'enseignement des langues vivantes peut être assuré dans ce cadre horaire, dans la limite maximale d'une heure trente.

S'il n'y a aucun enseignement de langues vivantes dans aucun des cours, on peut dire que les horaires indiqués jouent à plein pour uniquement le français qui se retrouve alors avec unemoyenne hebdomadaire de 9 heures (ce qui, cumulé avec celle de mathématiques, donne 14 heures 18 hebdomadaires aux ''fondamentaux, soit un pourcentage de 55%, car les horaireshebdomadaires d'enseignement sont passés à 26 heures en 1989) . On est toujours dans la mêmezone en pourcentage.

En revanche, si toutes les plages horaires possibles pour l'enseignement des langues vivantes sont utilisées au maximum dans tous les cours, le français se retrouve alors avec une moyenne hebdomadaire d'à peine 8 heures (la plus basse de toutes celles enregistrées : bravo le champion de la lutte contre l'illettrisme!). Et, in fine, la moyenne hebdomadaire des horaires consacrés aux ''fondamentaux'' dépasse alors de peu les 13 heures (soit seulement 50% deshoraires d'enseignement, le pourcentage de loin le plus faible enregistré également..)

 

 


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