Propositions explosives pour l'évaluation des élèves et des établissements scolaires

C'est le titre donné dans les «Echos» par Marie-Christine Corbier au rapport du CEC publié ce jeudi. Un titre justifié parce que cette publication prend à revers ceux qui prétendent qu'il n'y a pas de liens envisagés entre les évaluations des uns et des autres; et aussi par le fait que ce rapport prend à rebours toute une évolution historique en France.

C'est le Premier Consul Napoléon Bonaparte qui a institué les ‘’inspecteurs généraux’’ : ils sont alors chargés de visiter les lycées tous les ans, afin d’examiner «toutes les parties de l’enseignement et de l’administration» (et ils n'ont alors aucune spécialité disciplinaire particulière). Devenu Napoléon Ier, il crée en outre les académies et leurs responsables : les recteurs, assistés d’inspecteurs d’académie.

Les professeurs sont inspectés par les inspecteurs généraux au moins tous les deux ans.  Ils reçoivent aussi ‘’la visite’’ du recteur et/ou d’un inspecteur d’académie au moins une fois par an. Tous les ans, les proviseurs (pour les lycées) et les principaux (pour les collèges municipaux) adressent une notice sur chacun de leurs professeurs, qui est complétées par les appréciations successives de l’inspecteur d’académie et du recteur.

Au début de la troisième République, la visite globale par les inspecteurs généraux cède le pas à une visite essentiellement dans la classe, ce qui amène la spécialisation disciplinaire en trois groupes : lettres, sciences, langues vivantes. Et à partir de la fin du XIXème siècle, le mouvement fédératif des professeurs de lycée dénonce le jugement de membres de l’administration qui ne peuvent être compétents dans d’autres disciplines que la leur. Il lui est donné assez vite raison. Enfin, depuis le ministère  d’Alain Savary, en 1983, l’inspection ne doit plus être inopinée.

Ce mouvement général ne s’est pas fait sans mal, sans à coups et tout d’un coup. Mais les professeurs tiennent à ces ‘’acquis’’ et ne peuvent que voir d’un très mauvais œil tout ce qui (de loin ou de près)  peut leur apparaître comme un retour en arrière et une menace sur leurs ‘’libertés ’’, voire leur ''émancipation''.

Un rapport du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques (CEC) a été présenté à l’Assemblée nationale ce 27 septembre, par les députés Régis Juanico (Génération.s, Loire) et Marie Tamarelle-Verhaeghe (LRM, Eure) et prétend avancer des « pistes transpartisanes »

Selon la journaliste du "Monde'' Mattéa Battaglia "le rapport veille à ne pas franchir certaines lignes rouges : il n’est pas question, pour ses auteurs, d’utiliser les données issues des évaluations en classe pour apprécier la valeur des enseignants et des établissements, ou pour réguler l’allocation des moyens – ce qu’a pu préconiser la Cour des comptes". Signe - a contrario - que rien n'est clair à ce sujet; ni véritablement tranché pour l'avenir

« Ces démarches, qui mélangent les finalités, ont conduit à des ratages retentissants », rappellent ces députés, citant des exemples au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. De quoi rasséréner les esprits ? Pas sûr : nombre d'enseignant redoutent, déjà, qu'une part de leurs salaires soit indexée (d'une façon ou d'une autre) à l'avenir sur les résultats de leurs élèves (comme cela est arrivé dans certaines régions des pays cités) ou dépende de « bonnes pratiques » ou de ''projets'' ad hoc.

"Mesurer la valeur ajoutée des établissements est, en revanche, une logique que ces députés assument, à condition que l’exercice soit collégial (impliquant enseignants, direction, inspection, parents et anciens élèves) et qu’il associe à l’évaluation externe une part d’auto-évaluation", souligne Mattéa Battaglia (dans "Le Monde" du 27 septembre).

Mais les questions sont multiples (et préoccupantes): elles n'ont pas seulement trait à comment sera établi l'audit de l'établissement (un processus qui peut avoir ses vertus de prise de conscience), mais par qui et pour qui . Et surtout pour quoi, in fine...



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