Astérix ou Vercingétorix?

Astérix n’est pas un double, malgré les apparences, du Vercingétorix du roman national scolaire de la troisième ou de la quatrième République ; bien au contraire. Il y a tout juste cinquante ans, l’idée du titre d’un nouvel album –" Astérix " - est venue à l’esprit de René Goscinny en pensant à Vercingétorix. Au début de l’automne 1959, le journal " Pilote " lui avait commandé, ainsi qu’à Albert Uderzo ( le dessinateur ), une nouvelle BD.

Astérix n’est pas un double, malgré les apparences, du Vercingétorix du roman national scolaire de la troisième ou de la quatrième République ; bien au contraire. Il y a tout juste cinquante ans, l’idée du titre d’un nouvel album –" Astérix " - est venue à l’esprit de René Goscinny en pensant à Vercingétorix. Au début de l’automne 1959, le journal " Pilote " lui avait commandé, ainsi qu’à Albert Uderzo ( le dessinateur ), une nouvelle BD.

 

Et ils cherchaient, ont-ils dit, " une histoire typiquement française, mais avec des personnages décalés ". La matrice fondamentale des albums est alors trouvée, avec son mixte d’anachronismes humoristiques et d’éléments historiques plus ou moins légendaires - mais pittoresques ou significatifs - puisés le plus souvent dans les manuels d’histoire de l’école communale de la troisième République.

 

Cependant, le sens fondamental en est complètement différent. Le manuel d’histoire le plus célèbre ( et qui a servi de matrice aux autres ), à savoir le manuel écrit par l’historien nationaliste Lavisse au début de la troisième République pour les écoliers de France commence certes, on le sait, par une première leçon intitulée " Nos ancêtres les Gaulois ". Mais elle n’est pas très engageante : " Vous voyez en haut de la page un Gaulois. Son manteau est fait d’une peau de bête. Si vous rencontriez un homme comme celui-là dans la rue, vous croiriez que c’est un sauvage. Le garçon va suivre son père à la chasse. Il n’ira pas à l’école ". Et la deuxième leçon donne le sens de la première : " Vous devez être étonné de voir une si belle ville en Gaule, car vous avez vu auparavant une maison gauloise bien misérable ! Des enfants vont à l’école, et sont bien habillés. Qu’est–il donc arrivé ? Il est arrivé que les Romains sont devenus les maîtres de la Gaule, après les victoires de César. Les Romains savaient faire beaucoup de choses que les Gaulois ne savaient pas faire. Mais les Gaulois étaient très intelligents. Ils apprirent à faire tout ce que faisaient les Romains ".

 

Dans l’histoire de France de Lavisse et de ses multiples épigones sous la troisième et quatrième République, les Gaulois sont en définitive moins nos ancêtres que la figure des barbares que nous ne sommes plus et que nous ne devons plus être. La leçon est claire : on doit rendre les armes à la civilisation en marche. L’assimilation est exaltée.

 

Mais les années 1960 sont les années de la décolonisation, et de la montée en puissance d’un nouveau paradigme : le droit à la différence, aux différences. Les " irréductibles Gaulois " des albums ‘’Astérix’’, rétifs à l’acculturation gallo-romaine l’emportent désormais sur l’histoire nationale républicaine des " Lavisse " qui allaient jusqu’à glorifier le moment métaphorique où le héros national Vercingétorix, après s’être bien battu, rendait les armes - lui aussi - à César, à la civilisation romaine, à la civilisation en marche. On le voit, avec les " Astérix ", on entre dans un autre monde, un nouveau monde.

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