Baccalauréat : Blanquer a tranché. Une décision historique?

Le choix que le ministre de l'Education nationale a fait hier rapidement et publiquement est de respecter l'annonce d'Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle : quatre épreuves terminales, le reste en «contrôle continu». Encore convient-il d'être très clair en l'occurrence.

Les tenants de ce type de proposition (ainsi que ses adversaires) ont toujours compris ''contrôle continu'' dans le sens qu'il a dans l'une des propositions faites par la mission Mathiot. C'est d'ailleurs l'un des trois scénari proposés : les matières autres que celles figurant dans les épreuves terminales seraient évaluées en ''contrôle continu'' (c'est à dire avec les notes de première et de terminale). L'autre scénario prévoit, en sus des cinq épreuves terminales proposées, des épreuves nationales anonymisées, administrées sous forme de partiels tout au long de la scolarité ; et l'on peut penser que ce baccalauréat là serait encore plus lourd et plus encombrant que ne l'est l'existant (tout en étant en désaccord formel avec l'annonce d'Emmanuel Macron lors des présidentielles). Quant au troisième scénario proposé (le ''mixte''), il risque de cumuler les inconvénients des deux autres scénari plutôt que leurs avantages.

Certains prétendent que la réforme des épreuves du baccalauréat serait difficile voire impossible. Mais les épreuves du baccalauréat ont beaucoup et plusieurs fois changé. A l'origine, l'examen ne comportait qu'une seule épreuve orale d'une durée de 30 à 45 minutes, jugée par des professeurs de faculté. Les élèves étaient interrogés en fin de terminale sur les auteurs classiques aux programmes de première et de terminale. En 1830, on décide d'ajouter une courte épreuve écrite, car on estime que certains bacheliers sont bien médiocres en orthographe ! Les élèves doivent donc réaliser à la fin de l'épreuve orale une petite rédaction ou traduire un passage d'auteur classique en français Au cours du XIXe, on intègre de nouvelles matières (l'histoire-géographie, les sciences, les langues...), tant et si bien que l'on va dédoubler le baccalauréat qui va se passer à la fois en première et terminale. En 1927, le baccalauréat se compose d'un écrit et d'un oral en première et en terminale. C'est alors que l'on crée deux sessions : une en juin, et une en septembre (durant laquelle les élèves qui avaient échoué devaient tout repasser). En 1959, on supprime l'oral sauf pour les langues vivantes. En 1960, on supprime la seconde session de rattrapage, mais on la remplace par un oral de rattrapage qui a lieu sur le champ pour les élève qui ont au moins 7/20. Le bac se déroule toujours en deux temps : un en première, un en terminale. En 1965, on rétablit la session de rattrapage en septembre pour ceux qui ont 7/20, avec un écrit et un oral. En 1967 on supprime à nouveau la session de septembre, mais on rétablit un oral de rattrapage pour les élèves qui ont obtenu entre 8 et 12. En 1969, fin du bac en deux temps: ne subsiste en première qu'une épreuve de français ''par anticipation'''. On finit par trancher pour une seule session de rattrapage à l'oral... configuration qui a prévalu jusqu'aujourd'hui !

Beaucoup a changé. Mais il n'y a jamais eu de ''contrôle continu'' pour les baccalauréats généraux à l'exception peut-être du remplacement fugitif en 1962 et 1963 des épreuves terminales en classe de première (mais pas en classe de terminale) par ''un examen probatoire'' interne à chaque lycée . Mais la Société des agrégés avait fait alors courir la rumeur que les examinateurs ''maison'' avaient eu tendance à faire preuve d'une bienveillance coupable pour leurs élèves (ce qui est d'ailleurs infirmé si l'on prend connaissance des statistiques des taux de reçus, qui diminuent en fait un petit peu..) Toujours est-il que la suppression de l'examen probatoire est décidé dès 1964 (l'agrégé de lettres classiques Georges Pompidou étant devenu Premier ministre à la place de Michel Debré).

L'absence de ''contrôle continu'' pour les baccalauréats généraux (en dépit de leurs nombreux changements de forme par ailleurs) a donc été jusqu'ici une quasi constante historique. On mesure ainsi à quel point Jean-Michel Blanquer est face à une décision d'ordre historique. Sera-t-il à la hauteur ? Va-t-il réaliser ce que d'autres personnages illustres ont envisagé mais n'ont pas réussi à faire ? Entre autres Emile Combes en 1896, Michel Debré en 1950, Lionel Jospin en 1989, Claude Allègre en 2000 et François Fillon en 2005 ?

Les réformes scolaires d'une certaine ampleur n'ont jamais réussi sous la cinquième République sans le soutien déterminant et déterminé du Chef de l'Etat. Qu'en sera-t-il cette fois-ci ?  On se souvient du précédent de la réforme du lycée avec le fier à bras Nicolas Sarkozy. A peine élu président de la République, Nicolas Sarkozy proclame qu'il faudrait un lycée « où la seule règle serait la diversité des voies proposées, où chacun pourrait, selon ses goûts, ses compétences et sans référence à une norme préétablie, construire un parcours qui lui ressemble ». Son ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, annonce en mai 2008 qu'il s'agit de bâtir « le lycée à la carte ». En juillet, il précise que l'emploi du temps des élèves serait composé de modules semestriels d'une cinquantaine d'heures dans l'esprit de ce qui se pratique à l'université. Il reçoit le soutien appuyé de Nicolas Sarkozy qui ironise par ailleurs sur le nombre de manifestations lycéennes ( « 18 durant les 25 dernières années ») qui ont « en général conduit à ce que tous les ministres de l'Education successifs, avec un grand courage, ont dit : ''eh bien, puisque les lycéens sont dans la rue, on renonce !'' »

Mais quelques mois plus tard, face à la mobilisation des jeunes dans la rue en décembre 2008, le Chef de l'Etat Nicolas Sarkozy dessaisit son ministre de l'Education nationale du dossier de la réforme du lycée, et confie en janvier 2009 à Richard Descoing une mission « d'analyse, d'écoutes et de propositions »...

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