Ferry es-tu là?

A l'occasion d'une étude menée auprès de 4000 directeurs d'école, l'édito d' « Aujourdhui en France » titre : « Attention danger ! On sait que l'instituteur a depuis longtemps perdu le prestige qui l'entourait dans l'école de Jules Ferry […]. Lorsque l'autorité des maîtres n'est plus reconnue, c'est une racine essentielle du lien social qui disparaît ».

A l'occasion d'une étude menée auprès de 4000 directeurs d'école, l'édito d' « Aujourdhui en France » titre : « Attention danger ! On sait que l'instituteur a depuis longtemps perdu le prestige qui l'entourait dans l'école de Jules Ferry […]. Lorsque l'autorité des maîtres n'est plus reconnue, c'est une racine essentielle du lien social qui disparaît ».

 

L'un des problèmes de ce ''raccourci'', c'est qu'il ne tient pas historiquement la route ( même s'il fait partie du ''mythe Ferry'' ) car les instituteurs ont été invités à s'affirmer ( et cela n'a pas été facile, ni véritablement gagné) par Jules Ferry lui-même pour asseoir leur autorité et celle de l'école républicaine. Cela fut vrai en matière d'éducation civique (leur premier rôle était de ''faire des républicains'' alors que seulement un peu plus de la majorité des pères de famille votaient républicains... ) et en matière d'éducation morale ( la fameuse lettre de Jules Ferry aux instituteurs leur indiquant que « la religion, c'est l'affaire des parents et de l'Eglise ; et la morale, celle de l'Ecole »).

L'Eglise, justement, leur a alors disputé et contesté leur autorité dans ces deux rôles en se lançant dans une ''guerre des manuels'' où elle a mis à l'index un certain nombre de manuels d'éducation civique et de morale. Opération renouvelée à la fin de la première décennie du XX° siècle, en plus déterminée encore, les évêques de France dans une déclaration en date de septembre 1909 préconisant la création d'''associations de pères de famille'' : « il faut que vous connaissiez les maîtres qui dirigent l'école et l'enseignement qu'ils y donnent. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit échapper à votre sollicitude : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous […]. Aussi nous interdisons l'usage de ces livres dans les écoles, et nous défendons à tous les fidèles de les posséder, de les lire et de les laisser entre les mains des enfants, quelle que soit l'autorité qui prétende les leur imposer ».

 

On le voit, l'autorité des enseignants du primaire n'a jamais été ni donnée ni complètement acquise. Elle a toujours été plus ou moins contestée (de façon certes plus ou moins vive, et surtout plus ou moins concertée selon les périodes), sous Jules Ferry comme à d'autres moments. Et notre période, en y incluant entre autres les mises en cause du programme ABCD dans le primaire, n'échappe pas à la règle (pour l'essentiel, ni plus ni moins). Il s'agit donc d'un ''combat'' toujours renouvelé où, si l' on tient à faire appel aux mânes de Jules Ferry, il ne convient pas fondamentalement de céder .

 

On peut comprendre ainsi que le principal ''danger'' (« Attention danger » ! ) c'est de croire qu'il y eut un âge d'or (sans difficulté et sans combat), une croyance susceptible de nous détourner de notre tâche et de notre responsabilité (au XXI° siècle, pour le XXI° siècle)

 

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