Vers une Renaissance?

C’est ce que veulent croire les deux inspecteurs généraux qui ont rédigé un rapport (jusqu’alors ‘’censuré’’) sur « l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité dans le second degré ».

C’est ce que veulent croire les deux inspecteurs généraux qui ont rédigé un rapport (jusqu’alors ‘’censuré’’) sur « l’enseignement des langues et cultures de l’Antiquité dans le second degré ».

« Durant les cinquante dernières années [ écrivent-ils ] aucune étude sur les langues anciennes n’a été conduite de façon exhaustive par l’Inspection générale. Si ce rapport revêt une importance toute particulière, c’est sans doute parce qu’il est la manifestation de la volonté, ou de la nécessité, de rompre ce silence en 2011 ».
Eh bien, il n’y a eu aucune « volonté » de l’ancien ministre Luc Chatel de rompre ce « silence » à l’occasion de ce rapport rendu en août 2011, puisqu’il fait partie des 17 rapports qui accèdent enfin à l’espace public en ce mois de mai 2012 grâce à la décision du nouveau ministre de l’Education nationale Vincent Peillon.

Les auteurs du rapport prennent soin de rappeler les principaux arguments traditionnels en faveur ( ou en défaveur ) de l’enseignement du latin ou du grec, avant d’en venir  aux perspectives qu’ils envisagent eux-mêmes.

En faveur du latin, trois types d’arguments ont été et demeurent traditionnellement avancés :
Un argument linguistique : le latin, langue-mère des langues romanes, favorise l’apprentissage du français .
Un argument culturel : Rome et Athènes sont les deux sources de notre culture intellectuelle, tant littéraire que scientifique ; de notre culture politique (démocratie, institutions, droit).
Un argument méthodologique : la traduction comme « gymnastique » intellectuelle irremplaçable, pour donner la maîtrise des formes du discours, développer les capacités à  argumenter et à délibérer, et, surtout, pour travailler les capacités intellectuelles.

Contre les langues anciennes, trois types d’arguments traditionnels symétriques :
Réputé « élitiste » et « conservateur », le latin a été combattu comme instrument par excellence de la « reproduction » sociale, au sens de Bourdieu : un enseignement réservé aux « héritiers », et avant tout destiné à maintenir leur « distinction » sociale.
La médiocrité des résultats obtenus, les élèves étant incapables, au terme de leur scolarité, de lire de façon cursive les anciens dans le texte .
On peut parvenir aux mêmes bénéfices par d’autres voies :
- on peut acquérir une culture authentique sans étudier les langues anciennes (sciences, sciences sociales, littératures française moderne et étrangères…),
- contestation de l’intérêt méthodologique du latin et du grec : on peut apprendre « la rigueur » intellectuelle aussi bien par les mathématiques ou les sciences.

Selon les deux inspecteurs généraux auteurs du rapport (Catherine Klein et Patrice Soler ), ces arguments n’ont guère varié «  et pourtant, aujourd’hui, la question est renouvelée à partir d'une interrogation plus profonde sur la nécessité de la transmission du patrimoine gréco-latin, au-delà des contingences historiques et de la tradition scolaire, et sur la nécessité notamment de l’enseignement de la langue latine. Cette nécessité trouvera dans une pédagogie rénovée les raisons de sa légitimité, ressourcée aux origines culturelles de l'Europe. En repensant la notion d’identité européenne, ce rapport intègre l’enseignement des langues classiques dans un horizon de multi-culturalité […].  L’enseignement de langues et cultures de l’Antiquité doit s’ouvrir à l’Europe et au-delà à l’Euroméditerranée dans un dialogue interculturel devenu aujourd’hui encore plus nécessaire ».
Et les deux auteurs du rapport d’ajouter in fine que « ces interrogations sont portées par bon nombre de pays européens dont l’Allemagne et l’Italie ».
 

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