Blanquer: une inflexion dans le rôle officiel dévolu aux bacs professionnels

Le ministre vient d'indiquer qu'en terminale de lycée professionnel, les élèves auront le choix entre ''un module d'insertion professionnelle'' et un ''module de poursuite d'études'' modifiant ipso facto le rôle qui avait été officiellement donné aux bacs pros lors de leur création.

Lors de sa conférence de presse de lundi dernier sur la réforme des lycées professionnels, Jean-Michel Blanquer a souligné qu'en terminale, les élèves auront désormais le choix entre « un module d'insertion professionnelle et d'entrepreneuriat », avec rédaction de CV et préparation aux entretiens de recrutement, et un « module de poursuite d'études ».

Le 22 mai 1985, au cours de l’émission télévisée ''Parlons France'', le Premier ministre Laurent Fabius annonce que le gouvernement prépare «une loi-programme sur cinq ans pour l’enseignement technique ». Il s’agit de favoriser «un gigantesque bond en avant, fondamental pour la modernisation du pays». Laurent Fabius précise que cette loi permettra la création de nouveaux établissements scolaires, les «lycées professionnels», et la mise en place d’un nouveau baccalauréat, le «baccalauréat professionnel»

Le 28 mai 1985, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, commente cette annonce au cours d’une conférence de presse. Selon Jean-Pierre Chevènement, la décision de s’engager dans cette loi-programme constitue «l’initiative la plus importante du gouvernement pour l’éducation nationale». Il s’agit en premier lieu de répondre aux besoins de la modernisation du pays en formant des ouvriers de plus en plus qualifiés, «souvent au niveau du baccalauréat, quelquefois à un niveau supérieur encore ». Le ministre de l’Éducation nationale souhaite « effacer l’image de parent pauvre de l’Éducation nationale attachée à l’enseignement technique professionnel », en l’adaptant «à cette partie de la jeunesse qui a le plus besoin qu’on lui offre des perspectives» mais aussi aux professeurs, dont la carrière a été «trop souvent bornée par l’horizon du système même ».

Le 8 octobre 1985, le ministre précise qu’il s’agit « d’offrir, à l’issue de la classe de troisième, trois voies d’égale dignité » : la voie générale, dans laquelle « peuvent s’engager ceux qui ont les capacités de poursuivre des études aux niveaux les plus élevés de l’Université » ; la voie technologique, «  qui conduira la majorité des jeunes qui s’y engagent vers un niveau de technicien supérieur » ; et la «voie  professionnelle, qui assure, après l’obtention d’une qualification de niveau V, une possibilité de poursuivre la formation jusqu’au niveau du baccalauréat et même vers un niveau plus élevé ».

Il y a donc l’affirmation (symbolique) par le titre même de ‘’baccalauréat’’ d’une égalité de dignité, mais non d’un égalité de parcours (même si, compte tenu de sa ‘’double nature’’, l’obtention du bac permet juridiquement l’entrée à l’Université ).

Au fur et à mesure des années et du développement de la place des baccalauréats professionnels, une partie accrue (et non négligeable) des lauréats de bacs professionnels ont tenté leur chance avec plus ou poins de réussite à l'Université ou dans les différente sections conduisant au BTS.

D'une certaine façon, le ministre de l'Education nationale prend acte de cette évolution historique en mettant désormais officiellement à égalité le choix pour un lauréat de baccalauréat professionnel de poursuivre des études supérieures et celui de s'insérer immédiatement dans la vie active.

 

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