Vers un Certificat de fin d'études obligatoires?

Comme je l’ai suggéré dans  une interview sur le brevet pour le journal de 20 h de TF1, ne serait-ce pas le moment (dans le cadre de la «refondation de l’Ecole» qui s’annonce) d’aller résolument vers l’institution d’«un certificat de fin d’études obligatoires» (au lieu de s’en tenir aux aménagements d’un brevet devenu de plus en plus “énigmatique’’ prévus par l’ancien ministre Luc Chatel pour l’an prochain).

Comme je l’ai suggéré dans  une interview sur le brevet pour le journal de 20 h de TF1, ne serait-ce pas le moment (dans le cadre de la «refondation de l’Ecole» qui s’annonce) d’aller résolument vers l’institution d’«un certificat de fin d’études obligatoires» (au lieu de s’en tenir aux aménagements d’un brevet devenu de plus en plus “énigmatique’’ prévus par l’ancien ministre Luc Chatel pour l’an prochain).

Le « Diplôme national du brevet » actuel est le résultat d’une histoire foncièrement compliquée et embarrassée ( d’où les multiples appellations et formes du « brevet » qui se sont succédées au cours du temps ), une histoire qui s’est davantage encore ‘’emballée’’ ces dernières années au point que l’on a abouti à un montage tout à fait composite et intenable où différentes ‘’strates’’ se juxtaposent sans se conjuguer.

A u XIXème siècle, le « brevet » est d’abord et avant tout un « brevet de capacité » qui certifie que l’on est «  en capacité » de devenir maître ( ou maîtresse ) d’école, et plus généralement un examen qui est  parfois requis ( directement ou indirectement ) pour être « en capacité » d’exercer certains métiers appartenant à ce que l’on appellerait maintenant la sphère des cadres ‘’intermédiaires’’ ( mais non ‘’supérieurs’’ ) que l’on n’hésitait pas alors à désigner sous les fortes métaphores de « sous-officiers de l’armée du travail » ( les « officiers » devant posséder - si possible - le « baccalauréat »,  détenu alors par moins de 2% d’une classe d’âge ; et les « hommes de troupe » disposant – au mieux – du « certificat de fin d’études primaires » généralisé par Jules Ferry et  que l’on passait à l’âge de 12-13 ans, puis de 13-14 ans à partir du Front populaire ).

Au cours du temps, le lien du « brevet » avec l’accès à certaines professions s’est  nettement distendu. En 1947, dès le début de la forte augmentation du taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire qui commence sous la Quatrième République, le « brevet » est transformé en « brevet d’études du premier cycle du second degré » ( BEPC), son appellation nouvelle signant ce qu’il est devenu avant tout , à savoir un examen qui scande un cursus scolaire - celui du secondaire - désormais clairement constitué de deux ‘’’cycles’’. Mais ce n’est nullement une condition pour passer en classe de seconde. C’est tellement vrai que l’on peut avoir la disposition inverse : ainsi, il est décidé en 1978 que les élèves ayant fait l’objet d’une orientation vers le second cycle de l’enseignement secondaire n’ont pas besoin de passer les épreuves du brevet pour l’obtenir.
A partir de 1981, le diplôme - désormais intitulé « brevet des collèges » - est attribué sans examen, au vu des seuls résultats scolaires.
En 1986, un « examen écrit » ( en mathématiques, français, histoire-géographie-éducation civique ) est réintroduit par le ministre de l’Education Jean-Pierre Chevènement avec le triple objectif annoncé de « revaloriser le diplôme », de « motiver » davantage les élèves, et de les « préparer » à aborder des examens ultérieurement.. Lors de sa première mouture, le taux de reçus ne dépasse pas 49%.
En 1988, pour l’essentiel sur cette base, le « diplôme national du brevet » est créé avec trois séries ( collège, technologiques et professionnelles ). En 2001, prise en compte d’options facultatives. En 2006, s’ajoute l’option « découverte professionnelle ». En 2007, ajout de la "note de vie scolaire" ; le « contrôle continu » ne porte que sur les notes de troisième et le sujet du brevet devient national ( auparavant, il y avait des sujets différents par région ; ils sont désormais nationaux, mais les barèmes de correction restent définis localement ). En 2008, l’obtention du brevet est aussi conditionnée par celle du Brevet informatique et internet ( B2I ) et du niveau A2  ( du Cadre européen de références pour les langues ) dans une langue vivante. En 2010, une nouvelle option facultative est ajoutée :" l’histoire de l’art "( une épreuve orale devant un jury de 2 à 3 personnes, dont un professeur d’art plastique ou de musique ).
Depuis cette année, « l’attestation de maîtrise des connaissances et des compétences du socle commun au palier 3 » ( qui correspond à la fin de la classe de troisième ) est obligatoire. Cette attestation est renseignée dès la classe de quatrième par les professeurs principaux, après concertation avec les équipes pédagogiques lors d’un conseil de classe ou à tout moment approprié. En classe de troisième, lors du conseil de classe du troisième trimestre, le chef d’établissement valide ou non l’acquisition du socle commun. Fermez le ban !

Tout cela pour qui ? Pour quoi ? Le « diplôme national du brevet » ( dont le taux de reçus a été de 83,4% l’année dernière, toutes séries confondues  ) est un diplôme dont la valeur et le sens ( compte tenu des ajouts incessants accumulés sans être véritablement conjugués ou ‘’synthétisés’’ ) sont vraiment des plus problématiques.
Puisqu’il s’agit de « refonder l’Ecole républicaine », ne pourrait-on pas reprendre l’un de ses fondements, à savoir l’institution d’un « certificat de fin d’études » qui ait du sens ; non pas bien sûr comme sous Jules Ferry un « certificat de fin d’études primaires » ( passé à l’âge de 12-13 ans ), mais un « certificat de fin d’études obligatoires » qui certifierait que l’on a maîtrisé «  ce qu’il n’est pas permis d’ignorer » (  selon la règle de base instituante de l’Instruction obligatoire, de l’Ecole obligatoire dès Jules Ferry ) ; mais à hauteur du XXIème siècle, pour le XXIème siècle, dans le cadre d’une scolarité obligatoire qui n’est plus limitée à 13 ans ( comme sous Jules Ferry ) ou à 14 ans ( comme sous Jean Zay et le Front populaire ) mais qui s’est étendue jusqu’à 16 ans .
Un « certificat de fin d’études obligatoires » dont les modalités et les contenus devraient  bien sûr faire l’objet d’un questionnement approfondi ….

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