Service national et/ou séjours d'au moins six mois en Europe?

Parmi les interrogations que peut susciter le projet de ''service national universel'' dévoilé à l'issue du Conseil des ministres de mercredi dernier, on a le plus souvent oublié qu'il y a ''en même temps'' un autre dispositif majeur envisagé : la perspective que la moitié d'une classe d'âge passe, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen.

Certes, ces perspectives macroniennes s'inscrivent selon des ''ligne de fuite'' (ou ''des montées en puissance'' , comme on dit) qui dépassent le quinquennat : ''l'horizon'' 2024 pour les séjours d' « au moins six mois dans un autre pays européen » ; ''l'horizon'' 2026 pour la « période obligatoire » (d'un mois au total) du « service national universel ».

A l'origine, ces deux perspectives risquaient de se télescoper, car la période envisagée initialement pour le ''service national universel'' était celle des trois années suivant l'accès à la majorité. Le « service national  obligatoire » (d'un mois) aurait-il finalement cédé le pas « au séjour d'au moins six mois dans un autre pays européen que la France » ? Toujours est-il que la période envisagée est désormais l'année des 16 ans pour les deux phases de quinze jours du « service national obligatoire »

L'annonce de la perspective qu'une « moitié d'une classe d'âge passe au moins six mois dans un autre pays européen » a été faite lors du discours du président de la République Emmanuel Macron à la Sorbonne intitulé «Initiative pour l'Europe » le 26 septembre 2017. Et cela mérite que l'on reproduise in extenso le passage ad hoc.

« Le ciment le plus fort de l’Union sera toujours la culture et le savoir. Car cette Europe où chaque Européen reconnaît son destin dans le profil d’un temple grec ou le sourire de Mona Lisa, qui a pu connaître des émotions à travers toute l’Europe en lisant MUSIL ou PROUST, cette Europe des cafés, dont parle STEINER, cette Europe dont SUARES disait qu’elle est « une loi, un esprit, une coutume », cette Europe des paysages et des folklores, cette Europe dont ERASME, dont on disait qu’il en était le précepteur, disait qu’il fallait demander à chaque jeune, déjà, de « parcourir le continent pour apprendre d’autres langues » et «se défaire de son naturel sauvage», cette Europe, parcourue par tant de guerres, de conflits : ce qui la tient, c’est sa culture.

Notre fragmentation n’est que superficielle. Elle est en fait notre meilleure chance. Et au lieu de déplorer le foisonnement de nos langues, nous devons en faire un atout ! L’Europe doit être cet espace où chaque étudiant devra parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Au lieu de regretter le morcellement de nos contrées, renforçons les échanges ! En 2024, la moitié d’une classe d’âge doit avoir passé, avant ses 25 ans, au moins six mois dans un autre pays européen. Qu’il soit étudiant ou apprenti. Et ici même où quelques pionniers, comme à Bologne, Montpellier, Oxford ou Salamanque ont cru dans le pouvoir de l’apprentissage, de l’esprit critique et de la culture, je veux que nous soyons à la hauteur de ce grand dessein ».

Eh bien, ce « grand dessein » ne paraît pas être (au moins pour le moment) passé aux oubliettes (bien au contraire) si l'on juge par une intervention récente du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer (que j'ai déjà d'ailleurs mentionnée dans l'un de mes billets sur Médiapart, celui du 22 mai dernier : « Blanquer : ancrer l'idée européenne chez les jeunes ») . En réponse à une question posée le 16 mai 2018 par la députée ''Modem'' Marguerite Deprez-Audebert sur la façon de «donner envie d'Europe à notre jeunesse», le ministre de l'Education nationale a répondu qu'il est « tout à fait primordial d'ancrer l'idée européenne chez les jeunes en leur faisant bien comprendre qu'il y va de leur avenir ». Jean-Michel Blanquer a indiqué qu'il a élaboré une « stratégie » avec le Chef de l'Etat dont l'axe central est qu' « à l'horizon 2024, chaque étudiant devra parler deux langues européennes en plus de la sienne » et que « la moitié d'une classe d'âge devra avoir passé au moins 6 mois dans un autre pays européen que le sien » . Et le ministre de l'Education nationale a précisé qu'il a fixé comme objectif pour l'année scolaire 2018-2019 que « 12% des élèves du second degré, soit 700000 élèves effectuent un séjour à l'étranger »

On le voit, Jean-Michel Blanquer est sur le devant de la scène pour ce qui concerne les deux ''perspectives'' envisagées, ''en même temps''. C'est en effet aussi le ministre de l'Education nationale qui a expliqué, à l'issue du Conseil des ministres de mercredi dernier, le dispositif ( au '' rabais'') retenu pour le « service national universel » 

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