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Le Club de Mediapart jeu. 29 sept. 2016 29/9/2016 Dernière édition

Le numérique: "une illusion technologique'' à condamner?

Dans un billet en date du 21 octobre qui lui a valu quelques ennuis tout à fait immérités, un professeur s'est inquiété de « l'illusion technologique ambiante » tout en dénonçant «l’inertie du système éducatif» et «l’échec de l’évangélisme digital » : «le numérique n’est que vernis ; là où on l’impose, c’est de la pédagogie qu’il faut prodiguer ».

Dans un billet en date du 21 octobre qui lui a valu quelques ennuis tout à fait immérités, un professeur s'est inquiété de « l'illusion technologique ambiante » tout en dénonçant «l’inertie du système éducatif» et «l’échec de l’évangélisme digital » : «le numérique n’est que vernis ; là où on l’impose, c’est de la pédagogie qu’il faut prodiguer ».

Comme ce professeur a demandé que l'on ''calme le jeu'' à son sujet (si j'en juge par quelques tweets que j'ai pu lire), je me contenterai de commenter sur le fond, en reprenant tout simplement la fin d'un chapitre que j'ai écrit dans un livre paru en 2008 : « Les politiques scolaires mises en examen » (éditions ESF).

« Loin d’être une évidence, l’utilisation de nouvelles technologies à l’Ecole pose généralement plus de questions qu’elle n’en résout initialement, et des questions difficiles et redoutables si l’on y songe

En ce qui concerne l’informatique à l’Ecole, faut-il donner une place effective aux apprentissages raisonnés de l’écriture-clavier, du traitement de texte, de l’informatique comme dispositif technique matériel et logiciel ? L’ordinateur doit-il être un objet de savoir et une occasion de savoir-faire ou doit-il être avant tout un outil au service des disciplines établies ? En ce cas, à quelles conditions cette nouvelle technologie peut-elle être pertinente et incontournable ?

L’Inspecteur général Guy Pouzard, très versé dans cette question, remarque que l’utilisation des nouvelles technologies dans une classe traditionnelle a une efficacité très faible. En revanche, affirme-t-il, l’utilisation par des enseignants avertis dans un contexte de classe adapté en conséquence donne des résultats positifs. « Dans un concept de classe non adapté, il est normal que les NTIC n’apportent pas grand-chose » (« Le Monde » , 8 décembre 1999).

A cet égard on se trouve sans doute dans une sorte de cercle vicieux : pour que l’utilisation de la nouvelle technologie porte vraiment ses fruits (et suscite donc une émulation et une extension généralisée), il faut une autre organisation de l’enseignement qui repose actuellement sur la formule dominante suivante : un enseignant dans une classe, les élèves recevant l’enseignement simultanément. Mais on attend aussi précisément de cette introduction des NTIC qu’elles imposent d’elles-mêmes cette révolution de l’organisation de l’enseignement…

Comme le met en évidence l’Inspecteur général Guy Pouzard, et ce devrait être une question centrale dans une politique raisonnée de l’introduction des NTIC et de leur utilisation optimale, « on a voulu faire croire pendant longtemps, et certains ministres ont essayé de le faire, qu’il suffisait de mettre des ordinateurs dans une classe pour susciter une bonne utilisation des nouvelles technologies. C’est une sottise » (« Internet et pédagogie », in « nouveaux Regards, printemps 2001)).

Cependant, ce n’est pas parce que l’histoire (somme toute récente) de l’introduction de nouvelles technologies montre qu’elles n’ont pas « révolutionné » l’Ecole, que l’on peut conclure qu’elles n’ont pas eu d’effet ou qu’elles ne peuvent pas en avoir de tangibles. La surestimation initiale se paye peut-être par une sous-estimation finale.

Comme le remarque à juste titre Samuel Johsua, « l’histoire nous montre aussi combien les formes pédagogiques peuvent être dépendantes de dispositifs matériels. Contrairement à une solide et increvable tradition de pensée, l’éducation en dépend au moins autant que des grands choix philosophiques. Ainsi, l’institution du ‘’ tableau noir ‘’ (il y a environ deux siècles qu’elle s’est généralisée) conditionne absolument la possibilité d’un ‘’ cours dialogué ‘’ où les techniques sont montrées ‘’ en train de se faire ‘’ à toute une classe, et adaptées aux réactions de celles-ci (ce que les NTIC sont incapables pour l’instant de réaliser, en 2001). Plus tard, la création des ardoises effaçables (remplacées depuis par des cahiers personnels avec l’augmentation du niveau de vie) conditionne la possibilité que les élèves s’engagent ‘’ pour leur compte ‘’ dans une activité ‘’ créative ‘’ (résoudre un problème, rédiger un texte, etc.). Les maîtres d’école ont lutté pendant dix bonnes années contre la substitution des stylos à bille aux plumes à encre. Ils y voyaient une décadence de la civilisation, craignant que cela rende caduc l’enseignement de la calligraphie. Pour cette discipline, c’est effectivement ce qui est arrivé. […]. Autre exemple, la démocratisation de l’accès aux calculettes de poche est en train de bouleverser la nature de certaines activités mathématiques scolaires […]. Autrement dit, la nature des techniques peut avoir une influence sérieuse à la fois sur celle des savoirs constitués en enjeux de l’enseignement et sur la manière dont l’enseignement est dispensé » (« Les nouvelles technologies éducatives ; mythes et réalité, in « Nouveaux Regards », printemps 2001)).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Histoire et politiques scolaires