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Billet de blog 30 mai 2011

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Vous avez dit «compétence»?

A partir des résultats d’un récent sondage CSA, on peut soutenir que la notion de «compétence» est actuellement l’objet de rejets indéniables dans l’enseignement secondaire, mais aussi d’appréhensions différentes.

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A partir des résultats d’un récent sondage CSA, on peut soutenir que la notion de «compétence» est actuellement l’objet de rejets indéniables dans l’enseignement secondaire, mais aussi d’appréhensions différentes.
Dans ce dernier sondage CSA réalisé pour le SNES ( le principal syndicat de ce secteur du système éducatif ), il apparaît que devant la question ( ou plutôt l’affirmation ) suivante : « Depuis les années 90, les réformes éducatives consacrent la notion de compétence comme notion clé d’une nouvelle matrice pédagogique. L’évolution actuelle en est une forte injonction à privilégier l’approche par compétence qui conduit à l’effacement des exigences disciplinaires et à l’imposition du livret de compétences. Vous, personnellement, y êtes vous… ?» , 60% des professeurs sondés s’y déclarent ‘’défavorables’’, 36% ‘’favorables'' ( 4% ne se prononçant pas ).
Si l’on tient compte du libellé pour le moins quelque peu contourné ( et pas dans n’importe quel sens ) et du contexte dans lequel s’est déroulé le sondage ( l’obligation de remplir un livret de compétences foncièrement ‘’patchwork’’ , une sorte ‘’d’usine à cases’’ en l’état, comme l’ont surnommé dès le début même certains partisans de longue date de la notion de ‘’’compétence’’…), les avis sont nettement plus partagés que l’on aurait pu le penser, même dans ce secteur du système éducatif particulièrement sensible aux logiques ‘’disciplinaires’’ et à la question de la prise en compte des ‘’connaissances’’.

D'autant que si 20% des sondés se déclarent "tout à fait défavorables'' contre 4% ( ''tout à fait favorables'' ), les avis ne sont pas vraiment tranchés pour les trois quarts de professeurs interrogés ( 40% ''plutôt défavorables'', 32% ''plutôt favorables'', 4% ne se prononçant pas ).

Il faut dire aussi que la notion alternative mise en avant par le SNES ( à savoir « la culture commune » ), s’enracine dans une tradition ‘’classique’’ qui est beaucoup moins claire ( ou opposée ) que l’on ne croit ; en particulier quant à la question épineuse de la place que doivent tenir les ‘’connaissances’’ ( ‘’disciplinaires’’ ? ).
On se souvient de l’aphorisme prêté à Edouard Herriot, et indéfiniment reprise, à savoir que « la culture c’est ce qui reste quand on a tout oublié ». Et tout au long du XIX° siècle comme dans la première moitié du XX°, courait la formule qu’ « il ne s’ agissait pas de savoir le latin, mais de l’avoir appris », alors même que les heures consacrées au latin occupait environ la moitié du temps des élèves du secondaire classique ( la forme de l’enseignement secondaire considérée alors comme la plus achevée ).
La réforme de l’enseignement du latin, entreprise lorsque la troisième République s’est établie, est allée en effet tout à fait dans ce sens. Un sens qui devrait ‘’faire sens’’, y compris ( et peut-être surtout ) dans le débat actuel sur la notion de ‘’compétence’’.
« Notre intention n’est pas de faire des latinistes : le latin pour nous est un moyen […] . Qu’on oublie le latin au sortir du collège : le profit intellectuel n’en sera pas moins acquis […]. Le profit inestimable qui réside dans l’étude d’une langue morte, c’est qu’elle dépayse l’esprit et l’oblige à entrer dans une autre manière de penser et de parler […]. La tâche du maître n’est donc pas d’écarter les difficultés de la route, mais seulement de les disposer de façon méthodique et graduée. Il ne s’agit pas d’abréger le chemin, car c’est le chemin qui est en quelque sorte la fin qu’on se propose » ( Michel Bréal, grammairien et l’un des idéologues les plus en vue de l’institution de l’Ecole de la troisième République ).

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