Blanquer : un champion des affichages pour l'Ecole

Après la décision de principe dans la loi de février 2019 de l'affichage dans chaque classe des drapeaux tricolore et européen, de la devise de la République et des paroles de la Marseillaise, une autre campagne d'affichage doit s'ouvrir en cette rentrée dans les établissements scolaires : huit affiches censées promouvoir la laïcité à déployer.

Comme il est écrit dans « L'Humeur du jour » du 28 août de Télérama, « la campagne de communication sur la laïcité, lancée dès la rentrée par le ministre de l'Education nationale, témoigne d'une dangereuse confusion abondamment moquée sur les réseaux sociaux. Huit affiches, déployées dans les établissements scolaires et sur Internet montrent des élèves de tous âges dans diverses situations (piscine, salle de classe, récréation...) avec un slogan : ''c'est ça la laïcité'', repris et accolé à des prénoms soulignant la diversité des visages montrés- des enfants blancs avec d'autres qui ne le sont pas. D'abord on ne voit pas bien en quoi la laïcité ''permet'' à Milhan et Aliyah de ''rire des mêmes histoires'' ou à Inès, Lenny, Simon et Ava ''d'être ensemble''. Ensuite l'assignation de religions supposées à des prénoms (car la laïcité concerne bien la religion et non les origines!) pose un sérieux problème. Enfin cette campagne n'évoque pas explicitement la neutralité de l'Etat et de ses agents, la liberté de croyance et de pratique, le respect des convictions, pourtant principes fondamentaux de la laïcité »

En réalité, cette campagne d'affichage ne s'adresse pas  vraiment aux élèves (car ils ne pourront pas y comprendre grand chose)  mais aux adultes, plus précisément aux électeurs.
C'est une campagne foncièrement politicienne, à l'instar de celle qui a déjà eu lieu au moment du vote de la loi « Pour une école de la confiance »

Le 11 février 2019, le député ''LR'' Eric Ciotti défend un amendement qu'il a déposé avec quelques autres parlementaires lors de la discussion à l'Assemblée nationale du projet de loi: ''cet amendement tend à faire en sorte que le drapeau français soit installé dans chaque classe de  chaque école de la République. Nous avons déjà évoqué la Marseillaise

Le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer répond dans un premier temps de façon évasive : ''Que les enfants connaissent la Déclaration des droits de l’homme, qu’ils chantent La Marseillaise et que le drapeau soit présent dans l’école est un objectif fondamental. Comme vous le savez, le code de l’éducation prévoit déjà chacun de ces éléments à l’échelle de l’école. Vous proposez qu’ils soient dorénavant présents à l’échelle de la classe. Je ne dis pas que c’est une proposition absurde, mais je ne pense pas qu’il soit souhaitable de multiplier les affichages en classe pour des raisons pratiques assez évidentes »

Mais quelques heures après, il y a une suspension de séance au cours de laquelle est négocié un accord.  Finalement , la loi publiée au BO du 26 juillet indique en son article 4 que « l’emblème national de la République française, le drapeau tricolore bleu blanc rouge, le drapeau européen, la devise de la République et les paroles de l’hymne national sont affichés dans chacune des salles de classe des établissements du premier et du second degrés publics et privés sous contrat ».

Ces affiches ont-elles été installées dans la plupart des classes ? Ont-elles été simplement offertes au regard des élèves et censées agir en quelque sorte par magie ? Ou bien y a-t-il eu des explications sur le sens de leurs éléments (avec replacement dans leurs contextes) ? Sur quels aspects ? Dans quel ordre ? Décidé par qui (dans la succession des classes) aussi bien pour le secondaire que le primaire, et selon quelles responsabilités des différents professeurs au collège et au lycée ? 
On ne voit pas qui s'en est préoccupé, et surtout  pas ses deux promoteurs principaux : le député Eric Ciotti et le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. Cela peut se comprendre si – comme on peut s'en douter – il ne s'agissait là également que d'une opération foncièrement politicienne.

Le compère Eric Ciotti  (un soi-disant ''grand républicain laïque'' autoproclamé) vient de se distinguer en vue d'une primaire éventuelle pour les présidentielles en rappelant qu'il veut faire inscrire dans la Constitution « les racines chrétiennes de la France » . Dieu merci, il s'agit de LR mais pas de LREM. Ainsi va le monde....

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