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Billet de blog 30 nov. 2021

L'égalité des chances passe par une réforme profonde du lycée professionnel

C'est le titre donné à une tribune transpartisane de députés parue dans le NouvelObs d'hier. La mise au premier plan de la question du lycée professionnel est suffisamment rare pour retenir l'attention, d'autant plus qu'elle arrive en pleine ouverture de la campagne de l'élection présidentielle qui attise l'esprit partisan.

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Lorsqu'il s'agit des lycées ou des baccalauréats, l'attention et les passions de la sphère politico-médiatique sont presque toujours focalisées sur le lycée général et les baccalauréats généraux. Il est vrai que les enfants ou petits enfants des acteurs de cette sphère-là se retrouvent très rarement dans les lycées professionnels qui sont pour l'essentiel l'apanage des enfants des classes populaires.

La tribune est signée par Maïna Sage (députée Agir), Michèle Victory (députée PS), Yves Daniel (député LREM), Aurélien Taché (député non-inscrit), Emilie Cariou (députée non inscrit), Delphine Bagarry (députée non inscrit) et Michel Larive (député LFI)

Les signataires appellent à « l’ouverture d’une vraie et grande concertation pour une réforme du lycée professionnel, comme cela a été le cas pour l’enseignement général et technologique. Un nombre important de secteurs d’activité sont encore inexplorés dans l’actuelle offre de formation. C’est pourquoi un travail doit être fait sur le renouvellement des filières, qui doivent avant tout permettre un épanouissement des élèves, souvent orientés à défaut. Nous appelons à ce que les discriminations qui mènent trop souvent des élèves dans des parcours précaires soient réellement combattues et que, quel que soit le ou la candidat.e en 2022, des mesures soient réellement prises pour que les choses changent enfin ». « 

Et cela leur apparaît d'autant plus nécessaire, disent-ils, que « la dernière réforme portée par Jean-Michel Blanquer confirme la volonté de la majorité de créer une rupture d’égalité, qui s’explique par une concurrence installée entre l’enseignement professionnel et l’apprentissage, l’organisation de ce dernier étant pilotée par les forces patronales du secteur privé, écartant de ce fait les corps intermédiaires de l’éducation des instances de décision"  

Pour s'orienter vers une ''refondation'' réussie des lycées et baccalauréats professionnels, il convient sans doute de se rappeler pleinement les circonstances de leurs fondations afin d'avoir une chance de surmonter leur ''péché originel '' (qui était pourtant de ''tirer vers le haut'').

Le 28 mai 1985, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement déclare qu'il s’agit en premier lieu de répondre aux besoins de la modernisation du pays en formant des ouvriers de plus en plus qualifiés, « souvent au niveau du baccalauréat, quelquefois à un niveau supérieur encore ». Le ministre de l’Éducation nationale souhaite « effacer l’image de parent pauvre de l’Éducation nationale attachée à l’enseignement technique professionnel » pour « cette partie de la jeunesse qui a le plus besoin qu’on lui offre des perspectives » mais aussi pour ses professeurs, dont la carrière a été « trop souvent bornée par l’horizon du système même ».

La décision de mettre en place les baccalauréats professionnels a été prise dès janvier 1985, quatre mois plus tôt avant leur annonce (et non à la suite de l’enquête très sérieuse et approfondie du BIP dont les résultats n’ont été communiqués à la commission « éducation et économie » qu’en mai 1985, au moment de l’annonce d’une décision déjà prise).

Certes Laurent Fabius et Jean-Pierre Chevènement, à l’instar de leurs conseillers, étaient persuadés de la nécessité d’élever le niveau de formation de la population pour des raisons d’ordre économique. Mais il est clair, pour l'historien Antoine Prost qui s'est beaucoup intéressé à l'historique de cette création des baccalauréats professionnels, que cette décision n'a pas relevé d’une analyse économique approfondie : c’est une décision beaucoup plus politique, qui vise à désenclaver l’enseignement professionnel en lui donnant un prolongement de niveau IV, le baccalauréat. Le niveau IV correspond aux années terminales du second cycle long et aux sorties de l'enseignement supérieur sans diplôme.

On ne peut pas dire non plus que c’était une idée du patronat. Les secteurs industriels qui demandaient alors un diplôme de niveau IV se limitaient pour l’essentiel à la Fédération des industries électriques, électromécaniques ou électroniques. Le représentant de la puissante Union des industries métallurgiques et minières, par exemple, n’a donné son accord au baccalauréat professionnel qu’à titre personnel.

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